{"id":218770,"date":"2026-10-07T14:55:42","date_gmt":"2026-10-07T14:55:42","guid":{"rendered":"https:\/\/agadirtoday.com\/?p=218770"},"modified":"2026-10-07T14:57:02","modified_gmt":"2026-10-07T14:57:02","slug":"la-frontiere-patrimoniale-expulsions-surveillance-fiscale-et-gouvernance-des-corps-marocains-en-belgique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/agadirtoday.com\/?p=218770&lang=fr","title":{"rendered":"La fronti\u00e8re patrimoniale.. Expulsions, surveillance fiscale et gouvernance des corps marocains en Belgique"},"content":{"rendered":"<ul>\n<li style=\"text-align: left;\"><strong>L&rsquo;analytique du Centre MigraPress \u2014 Septembre 2026 \/\/<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>R\u00e9sum\u00e9:<\/strong><br \/>\n<strong>Deux dispositifs belges, apparemment distincts, dessinent en 2026 les contours d&rsquo;une m\u00eame architecture de gouvernance des populations marocaines en Belgique : d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, le record d&rsquo;expulsions \u2014 1 239 \u00e9loignements en huit mois, dont 233 vers le Maroc \u2014 qui transforme la justice p\u00e9nale en instrument de politique migratoire ; de l&rsquo;autre, la surveillance fiscale des biens immobiliers au Maroc appartenant aux b\u00e9n\u00e9ficiaires du logement social en Flandre \u2014 928 enqu\u00eates, 368 dossiers li\u00e9s au Maroc, 1,39 million d&rsquo;euros investis en investigations immobili\u00e8res transnationales. Pris ensemble, ces deux dispositifs r\u00e9v\u00e8lent quelque chose que leur analyse s\u00e9par\u00e9e ne permet pas de saisir : la construction, par l&rsquo;\u00c9tat belge, d&rsquo;une fronti\u00e8re patrimoniale qui prolonge la fronti\u00e8re g\u00e9ographique traditionnelle. La fronti\u00e8re ne contr\u00f4le plus seulement les corps \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e du territoire \u2014 elle surveille simultan\u00e9ment les biens \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger, les condamnations judiciaires, la situation au regard du logement social et les droits de r\u00e9sidence, produisant une architecture de gouvernance \u00e0 plusieurs niveaux dont les effets cumul\u00e9s atteignent une profondeur in\u00e9dite.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>Introduction:<\/strong><br \/>\n<strong>En 2026, la Belgique a expuls\u00e9 233 ressortissants marocains en huit mois \u2014 un record \u2014 et a simultan\u00e9ment men\u00e9 368 enqu\u00eates sur les biens immobiliers que des b\u00e9n\u00e9ficiaires du logement social flamand pourraient poss\u00e9der au Maroc. Ces deux dispositifs, trait\u00e9s s\u00e9par\u00e9ment dans les m\u00e9dias et les d\u00e9bats institutionnels, participent en r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;une m\u00eame logique : la construction d&rsquo;une fronti\u00e8re patrimoniale qui prolonge et approfondit la fronti\u00e8re g\u00e9ographique traditionnelle.<\/strong><br \/>\n<strong>La fronti\u00e8re europ\u00e9enne ne se limite plus \u00e0 contr\u00f4ler qui entre et qui sort \u2014 elle surveille ce que poss\u00e8dent ceux qui sont d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, mobilise la justice p\u00e9nale comme instrument migratoire, traque les h\u00e9ritages familiaux \u00e0 des milliers de kilom\u00e8tres et utilise le logement social comme levier de contr\u00f4le des statuts. Pour la diaspora marocaine en Belgique, la pr\u00e9sence n&rsquo;est jamais d\u00e9finitivement acquise : elle est conditionnelle, surveill\u00e9e et r\u00e9vocable selon des crit\u00e8res qui s&rsquo;appliquent simultan\u00e9ment au corps, au casier judiciaire et au patrimoine. C&rsquo;est cette architecture d&rsquo;ensemble \u2014 que nous d\u00e9signons comme une externalisation en profondeur \u2014 que cette note analytique d\u00e9construit.<\/strong><br \/>\n<strong>Insights<\/strong><br \/>\n<strong>1. La fronti\u00e8re n&rsquo;est plus g\u00e9ographique \u2014 elle est patrimoniale.<\/strong><br \/>\n<strong>Poss\u00e9der une maison h\u00e9rit\u00e9e \u00e0 Agadir peut mettre en danger un logement social \u00e0 Anvers. La fronti\u00e8re euro-marocaine s&rsquo;est \u00e9tendue des corps aux biens, des postes de contr\u00f4le aux registres fonciers, des gardes-c\u00f4tes aux enqu\u00eateurs priv\u00e9s mandat\u00e9s par des communes flamandes.<\/strong><br \/>\n<strong>2. 928 enqu\u00eates immobili\u00e8res, 1,39 million d&rsquo;euros \u2014 un march\u00e9 de la surveillance transnationale.<\/strong><br \/>\n<strong>La Flandre a externalis\u00e9 ses investigations patrimoniales \u00e0 des entreprises priv\u00e9es sp\u00e9cialis\u00e9es. C&rsquo;est un march\u00e9 : des soci\u00e9t\u00e9s dont le mod\u00e8le \u00e9conomique repose sur la v\u00e9rification des biens des immigr\u00e9s dans leurs pays d&rsquo;origine, sur contrat avec des autorit\u00e9s publiques europ\u00e9ennes. L&rsquo;industrie de la fronti\u00e8re ne s&rsquo;arr\u00eate pas aux barbel\u00e9s.<\/strong><br \/>\n<strong>3. L&rsquo;h\u00e9ritage familial comme pi\u00e8ge institutionnel.<\/strong><br \/>\n<strong>L&rsquo;obligation de d\u00e9claration couvre les biens transmis par succession. Un Marocain ayant h\u00e9rit\u00e9 d&rsquo;une fraction d&rsquo;une maison familiale \u00e0 Taroudant \u2014 bien indivis, partag\u00e9 entre plusieurs h\u00e9ritiers, sans valeur marchande significative en termes belges \u2014 peut se retrouver en infraction aux conditions du logement social. Le cadre fiscal belge est pens\u00e9 pour des trajectoires patrimoniales dans un seul march\u00e9. Il ne conna\u00eet pas les familles transnationales.<\/strong><br \/>\n<strong>4. 233 expulsions marocaines \u2014 pour des raisons architecturales, pas criminologiques.<\/strong><br \/>\n<strong>Le Maroc arrive en t\u00eate des retours belges non parce que ses ressortissants sont plus d\u00e9linquants, mais parce que le cadre bilat\u00e9ral belgo-marocain est le plus dense, le plus ancien et le plus op\u00e9rationnel \u2014 notamment le protocole de 2007 autorisant le transfert sans consentement. La premi\u00e8re place r\u00e9v\u00e8le la solidit\u00e9 d&rsquo;un partenariat, pas un profil criminel.<\/strong><br \/>\n<strong>5. La s\u00e9curitisation du social : le logement devient fronti\u00e8re.<\/strong><br \/>\n<strong>Quand l&rsquo;acc\u00e8s au logement social est conditionn\u00e9 \u00e0 la v\u00e9rification du patrimoine \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger, la politique sociale devient un instrument de contr\u00f4le migratoire. Ce glissement \u2014 document\u00e9 aussi aux Pays-Bas, au Danemark, au Royaume-Uni \u2014 transforme les droits sociaux en droits conditionnels r\u00e9vocables pour les seules populations immigr\u00e9es.<\/strong><br \/>\n<strong>6. Le m\u00eame patrimoine, deux valeurs oppos\u00e9es selon qui regarde.<\/strong><br \/>\n<strong>Les transferts de fonds et investissements immobiliers des Marocains de Belgique au Maroc sont valoris\u00e9s par les deux \u00c9tats : par le Maroc comme contribution au d\u00e9veloppement, par la Belgique comme preuve d&rsquo;int\u00e9gration \u00e9conomique active. Ces m\u00eames biens deviennent, dans le cadre des enqu\u00eates flamandes, la preuve d&rsquo;une fraude au logement social. Le m\u00eame acte patrimonial change de sens selon le guichet institutionnel qui l&rsquo;\u00e9value.<\/strong><br \/>\n<strong>7. La bureaucratie de l&rsquo;exclusion co\u00fbte plus cher que l&rsquo;inclusion.<\/strong><br \/>\n<strong>2 920 euros par cas confirm\u00e9 dans les enqu\u00eates immobili\u00e8res flamandes. Des dizaines de milliers d&rsquo;euros par expulsion \u2014 proc\u00e9dures judiciaires, d\u00e9tention administrative, transport, coordination consulaire. Le co\u00fbt institutionnel de l&rsquo;exclusion n&rsquo;est jamais comptabilis\u00e9 globalement. Si il l&rsquo;\u00e9tait, il produirait des questions politiques embarrassantes sur le rapport co\u00fbt-b\u00e9n\u00e9fice de ces dispositifs.<\/strong><br \/>\n<strong>8. Les familles au Maroc : les oubli\u00e9s des deux r\u00e9cits.<\/strong><br \/>\n<strong>Une famille qui re\u00e7oit un membre expuls\u00e9 apr\u00e8s vingt ans en Belgique \u2014 sans liens actifs au Maroc, parfois sans ma\u00eetrise des langues locales, parfois marqu\u00e9 par des ann\u00e9es d&rsquo;incarc\u00e9ration \u2014 assume un co\u00fbt de r\u00e9int\u00e9gration que personne ne comptabilise. Une famille dont la maison ancestrale fait l&rsquo;objet d&rsquo;une enqu\u00eate fiscale belge vit une intrusion administrative \u00e9trang\u00e8re qu&rsquo;aucune loi marocaine ne l&rsquo;a pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 affronter. Ces familles sont les externalit\u00e9s invisibles d&rsquo;un partenariat pr\u00e9sent\u00e9 comme mutuellement b\u00e9n\u00e9fique.<\/strong><br \/>\n<strong>9. Le Maroc comme acteur silencieux \u2014 un silence qui a un prix.<\/strong><br \/>\n<strong>Le gouvernement marocain ne s&rsquo;est pas exprim\u00e9 sur les expulsions ni sur les enqu\u00eates immobili\u00e8res flamandes. Ce silence est un choix diplomatique calcul\u00e9 : contester ces dispositifs risquerait de fragiliser une relation dont les retomb\u00e9es financi\u00e8res \u2014 aide au d\u00e9veloppement, investissements, capital diplomatique \u2014 d\u00e9passent les co\u00fbts symboliques. Ce calcul a un prix que les ressortissants marocains assument seuls.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>I. Deux dispositifs en apparence distincts \u2014 un seul r\u00e9gime de gouvernance<\/strong><br \/>\n<strong>1.1 La tentation de lire s\u00e9par\u00e9ment ce qui fonctionne ensemble<\/strong><br \/>\n<strong>L&rsquo;expulsion de 233 ressortissants marocains de Belgique et la surveillance fiscale de leurs compatriotes b\u00e9n\u00e9ficiaires du logement social sont g\u00e9n\u00e9ralement trait\u00e9es dans des registres administratifs et m\u00e9diatiques distincts. La premi\u00e8re rel\u00e8ve de la politique migratoire et de la s\u00e9curit\u00e9 publique \u2014 comp\u00e9tence f\u00e9d\u00e9rale. La seconde rel\u00e8ve de la politique du logement et de la transparence fiscale \u2014 comp\u00e9tence r\u00e9gionale flamande en Belgique. Ces cloisonnements institutionnels tendent \u00e0 produire une perception de deux ph\u00e9nom\u00e8nes ind\u00e9pendants.<\/strong><br \/>\n<strong>L&rsquo;analyse sociologique impose un d\u00e9cloisonnement analytique. Ce qui unit ces deux dispositifs est plus fondamental que ce qui les distingue : ils participent tous deux d&rsquo;une m\u00eame logique de gouvernance diff\u00e9rentielle des populations immigr\u00e9es \u2014 une logique dans laquelle la pr\u00e9sence en Belgique est conditionnelle, surveill\u00e9e et r\u00e9vocable selon des crit\u00e8res qui ne s&rsquo;appliquent pas avec la m\u00eame intensit\u00e9 aux ressortissants belges d&rsquo;origine.<\/strong><br \/>\n<strong>Cette gouvernance diff\u00e9rentielle ne se r\u00e9duit pas \u00e0 une discrimination explicite \u2014 elle s&rsquo;exprime \u00e0 travers des r\u00e8gles formellement neutres (tout b\u00e9n\u00e9ficiaire du logement social doit d\u00e9clarer ses biens \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger, toute personne condamn\u00e9e sans titre de s\u00e9jour peut \u00eatre expuls\u00e9e) dont les effets concrets sont massivement concentr\u00e9s sur des populations sp\u00e9cifiques, notamment les Marocains qui constituent la premi\u00e8re communaut\u00e9 de pays tiers en Belgique.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>1.2 Le concept de fronti\u00e8re patrimoniale<\/strong><br \/>\n<strong>La combinaison de ces deux dispositifs permet d&rsquo;introduire un concept analytique nouveau : la fronti\u00e8re patrimoniale. Ce concept d\u00e9signe l&rsquo;extension de la logique frontali\u00e8re \u2014 traditionnellement g\u00e9ographique et migratoire \u2014 au domaine des biens, du patrimoine et des ressources \u00e9conomiques transfrontali\u00e8res.<\/strong><br \/>\n<strong>La fronti\u00e8re g\u00e9ographique classique contr\u00f4le qui peut entrer et qui doit partir. La fronti\u00e8re patrimoniale contr\u00f4le ce que poss\u00e8dent ceux qui sont d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, et utilise cette possession comme crit\u00e8re de l\u00e9gitimit\u00e9 de la pr\u00e9sence. Poss\u00e9der une maison au Maroc peut devenir \u2014 dans le cadre des enqu\u00eates sur le logement social flamand \u2014 un motif de remise en cause du droit au logement social en Belgique. La possession d&rsquo;un bien dans le pays d&rsquo;origine devient ainsi une variable dans l&rsquo;\u00e9quation de la l\u00e9gitimit\u00e9 de la pr\u00e9sence dans le pays d&rsquo;accueil.<\/strong><br \/>\n<strong>Cette logique produit une situation in\u00e9dite: la diaspora marocaine en Belgique est surveill\u00e9e simultan\u00e9ment aux deux extr\u00e9mit\u00e9s de sa double appartenance g\u00e9ographique \u2014 en Belgique pour sa pr\u00e9sence, ses condamnations, son statut au regard du logement ; au Maroc pour ses biens, ses propri\u00e9t\u00e9s, son patrimoine. La personne migrante n&rsquo;est plus simplement un corps \u00e0 la fronti\u00e8re \u2014 elle est un ensemble de relations patrimoniales et juridiques dont la coh\u00e9rence est v\u00e9rifi\u00e9e de part et d&rsquo;autre de la M\u00e9diterran\u00e9e.<\/strong><br \/>\n<strong>II. L&rsquo;expulsion comme dispositif : 233 retours marocains d\u00e9construits<\/strong><br \/>\n<strong>2.1 Le record comme performance politique et ses limites analytiques<\/strong><br \/>\n<strong>Les 1 239 \u00e9loignements r\u00e9alis\u00e9s en huit mois \u2014 d\u00e9passant le record annuel pr\u00e9c\u00e9dent de 1 112 pour l&rsquo;ensemble de 2017 \u2014 sont pr\u00e9sent\u00e9s par la secr\u00e9taire d&rsquo;\u00c9tat Anneleen Van Bossuyt comme le r\u00e9sultat d&rsquo;une priorit\u00e9 politique d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e : coop\u00e9ration renforc\u00e9e avec la Justice, augmentation des capacit\u00e9s op\u00e9rationnelles, personnel suppl\u00e9mentaire.<\/strong><br \/>\n<strong>Cette pr\u00e9sentation appelle une d\u00e9construction rigoureuse. Un record d&rsquo;expulsions peut r\u00e9sulter de dynamiques distinctes dont seule leur combinaison produirait une explication compl\u00e8te : augmentation du nombre de personnes sans titre de s\u00e9jour condamn\u00e9es, am\u00e9lioration des proc\u00e9dures d&rsquo;identification, renforcement des accords diplomatiques de r\u00e9admission, ou priorit\u00e9 politique dans l&rsquo;allocation des ressources administratives. Attribuer le record \u00e0 la seule volont\u00e9 politique est une simplification institutionnelle commode qui masque la complexit\u00e9 des facteurs structurels.<\/strong><br \/>\n<strong>Le probl\u00e8me du d\u00e9nominateur est ici fondamental. Le bourgmestre faisant fonction de Schaerbeek cite un taux de 8 % d&rsquo;expulsions effectives parmi les personnes sans titre de s\u00e9jour arr\u00eat\u00e9es dans sa commune. Ce chiffre r\u00e9v\u00e8le l&rsquo;\u00e9cart consid\u00e9rable qui s\u00e9pare les d\u00e9cisions d&rsquo;\u00e9loignement des \u00e9loignements effectifs \u2014 un \u00e9cart que les \u00c9tats europ\u00e9ens ne produisent jamais comme statistique publique, parce qu&rsquo;il contredirait frontalement la narrative de la ma\u00eetrise des flux.<\/strong><br \/>\n<strong>2.2 La premi\u00e8re place marocaine : architecture bilat\u00e9rale, pas profil criminel<\/strong><br \/>\n<strong>Avec 233 \u00e9loignements, le Maroc devance l&rsquo;Albanie (195) et l&rsquo;Alg\u00e9rie (138). Cette premi\u00e8re place ne refl\u00e8te pas une d\u00e9linquance particuli\u00e8rement \u00e9lev\u00e9e des ressortissants marocains. Elle refl\u00e8te l&rsquo;anciennet\u00e9, la densit\u00e9 et l&rsquo;efficacit\u00e9 op\u00e9rationnelle du cadre bilat\u00e9ral belgo-marocain en mati\u00e8re p\u00e9nale et migratoire.<\/strong><br \/>\n<strong>Le protocole additionnel de 2007 \u00e0 la convention de transf\u00e8rement des personnes condamn\u00e9es est le dispositif analytiquement le plus significatif : il autorise le transfert d&rsquo;une personne vers l&rsquo;\u00c9tat d&rsquo;ex\u00e9cution de la peine sans son consentement, dans certaines configurations incluant une mesure d&rsquo;expulsion. Cette disposition \u2014 qui constitue une exception au principe g\u00e9n\u00e9ral de consentement dans les conventions de transf\u00e8rement \u2014 r\u00e9v\u00e8le jusqu&rsquo;o\u00f9 la coop\u00e9ration bilat\u00e9rale peut aller dans la restriction des garanties individuelles au nom de l&rsquo;efficacit\u00e9 des retours.<\/strong><br \/>\n<strong>La visite de la ministre de la Justice Annelies Verlinden \u00e0 Rabat en juin 2026 s&rsquo;inscrit dans ce continuum : elle signale un renforcement d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 d&rsquo;une coop\u00e9ration qui articule s\u00e9curit\u00e9, justice et migration en un syst\u00e8me int\u00e9gr\u00e9 dont les fronti\u00e8res institutionnelles deviennent de plus en plus poreuses.<\/strong><br \/>\n<strong>2.3 La statistique p\u00e9nitentiaire comme outil de l\u00e9gitimation<\/strong><br \/>\n<strong>La donn\u00e9e selon laquelle environ un d\u00e9tenu sur dix en Belgique serait de nationalit\u00e9 marocaine mobilise un registre de justification qui m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre d\u00e9construit avec soin. Elle produit une association implicite entre nationalit\u00e9 marocaine et d\u00e9linquance que la pr\u00e9sentation contextuelle ne d\u00e9samorce pas.<\/strong><br \/>\n<strong>Cette statistique doit \u00eatre lue \u00e0 la lumi\u00e8re des donn\u00e9es d\u00e9mographiques : les Marocains constituent la premi\u00e8re communaut\u00e9 de ressortissants de pays tiers en Belgique, avec 359 491 personnes dont 75 % naturalis\u00e9es. Leur pr\u00e9sence dans les statistiques p\u00e9nitentiaires n&rsquo;est pas dissociable de cette r\u00e9alit\u00e9 num\u00e9rique \u2014 ni des biais syst\u00e9miques document\u00e9s dans les contr\u00f4les de police, les mises en examen et les d\u00e9cisions de d\u00e9tention provisoire, qui affectent structurellement et disproportionnellement les populations racis\u00e9es et pr\u00e9caires dans les syst\u00e8mes judiciaires europ\u00e9ens.<\/strong><br \/>\n<strong>Mobiliser la surrepr\u00e9sentation p\u00e9nitentiaire comme argument pour renforcer les expulsions sans interroger ces biais syst\u00e9miques revient \u00e0 l\u00e9gitimer les effets d&rsquo;un syst\u00e8me discriminatoire plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 le corriger.<\/strong><br \/>\n<strong>III. La surveillance patrimoniale : 928 enqu\u00eates et la fronti\u00e8re immobili\u00e8re<\/strong><br \/>\n<strong>3.1 Le m\u00e9canisme : comment les biens au Maroc deviennent un probl\u00e8me en Belgique<\/strong><br \/>\n<strong>Le deuxi\u00e8me dispositif analys\u00e9 est moins m\u00e9diatis\u00e9 mais analytiquement tout aussi significatif. Entre juin 2021 et fin 2023, les autorit\u00e9s flamandes ont financ\u00e9 928 enqu\u00eates portant sur la possession de biens immobiliers \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger par des b\u00e9n\u00e9ficiaires du logement social \u2014 pour un co\u00fbt total de 1,39 million d&rsquo;euros. Sur ces 928 enqu\u00eates, 476 ont abouti positivement (51,3 %). Parmi les dossiers cibl\u00e9s, 368 concernaient des biens potentiellement localis\u00e9s au Maroc \u2014 le pays le plus cibl\u00e9.<\/strong><br \/>\n<strong>Le m\u00e9canisme est le suivant : les organismes gestionnaires du logement social soup\u00e7onnent qu&rsquo;un b\u00e9n\u00e9ficiaire poss\u00e8de un bien immobilier \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger, ce qui serait contraire aux conditions d&rsquo;acc\u00e8s au logement subventionn\u00e9. Ils d\u00e9clenchent alors une enqu\u00eate \u2014 externalis\u00e9e \u00e0 des entreprises priv\u00e9es sp\u00e9cialis\u00e9es dans les v\u00e9rifications transnationales \u2014 dont l&rsquo;objectif est de v\u00e9rifier, dans les registres fonciers du pays concern\u00e9, si le nom de la personne appara\u00eet comme propri\u00e9taire d&rsquo;un bien.<\/strong><br \/>\n<strong>Ce m\u00e9canisme est formellement neutre : il s&rsquo;applique \u00e0 tous les b\u00e9n\u00e9ficiaires du logement social, quelle que soit leur origine. Mais ses effets sont massivement concentr\u00e9s sur des populations immigr\u00e9es dont les pays d&rsquo;origine pr\u00e9sentent des march\u00e9s immobiliers diff\u00e9rents du march\u00e9 belge \u2014 notamment le Maroc, o\u00f9 poss\u00e9der une maison familiale h\u00e9rit\u00e9e de ses parents constitue une pratique culturelle et \u00e9conomique courante dans les classes populaires et moyennes, sans que cette possession corresponde \u00e0 une richesse effective incompatible avec les conditions de ressources du logement social belge.<\/strong><br \/>\n<strong>3.2 Le patrimoine h\u00e9rit\u00e9 comme pi\u00e8ge institutionnel<\/strong><br \/>\n<strong>L&rsquo;un des aspects les plus analytiquement pr\u00e9occupants du dispositif est que l&rsquo;obligation de d\u00e9claration couvre explicitement les biens transmis par voie de succession ou de donation. Un ressortissant marocain ayant h\u00e9rit\u00e9 de la maison familiale de ses parents \u00e0 Agadir ou \u00e0 Taroudant \u2014 un bien souvent indivis, partag\u00e9 entre plusieurs h\u00e9ritiers, dont la valeur marchande locale est sans commune mesure avec les crit\u00e8res de ressources belges \u2014 peut se retrouver en situation d&rsquo;infraction aux conditions du logement social belge.<\/strong><br \/>\n<strong>Cette situation r\u00e9v\u00e8le une inad\u00e9quation analytiquement profonde entre le cadre juridique belge \u2014 con\u00e7u pour des trajectoires patrimoniales dans un march\u00e9 immobilier unique et homog\u00e8ne \u2014 et les r\u00e9alit\u00e9s des familles transnationales qui g\u00e8rent simultan\u00e9ment un patrimoine dans plusieurs espaces juridiques et \u00e9conomiques. L&rsquo;h\u00e9ritier involontaire d&rsquo;une fraction d&rsquo;une maison marocaine n&rsquo;est pas, au sens \u00e9conomique, propri\u00e9taire d&rsquo;un bien qui lui conf\u00e8re un avantage comparatif dans l&rsquo;acc\u00e8s au logement en Belgique. Mais le cadre fiscal le traite comme tel.<\/strong><br \/>\n<strong>3.3 L&rsquo;externalisation de la surveillance : des enqu\u00eates priv\u00e9es transnationales<\/strong><br \/>\n<strong>L&rsquo;un des aspects les moins comment\u00e9s du dispositif est que les 928 enqu\u00eates n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9es par des agents de l&rsquo;\u00c9tat belge mais par des entreprises priv\u00e9es sp\u00e9cialis\u00e9es dans les v\u00e9rifications immobili\u00e8res transnationales. Le co\u00fbt de 1,39 million d&rsquo;euros entre 2021 et 2023 repr\u00e9sente une d\u00e9pense publique consacr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;investigation patrimoniale de b\u00e9n\u00e9ficiaires du logement social \u2014 une somme qui, rapport\u00e9e aux 476 r\u00e9sultats positifs, repr\u00e9sente environ 2 920 euros par cas confirm\u00e9.<\/strong><br \/>\n<strong>Ce choix de l&rsquo;externalisation priv\u00e9e n&rsquo;est pas anodin. Il produit un march\u00e9 de la surveillance migratoire transfrontali\u00e8re \u2014 des entreprises dont le mod\u00e8le \u00e9conomique repose sur la v\u00e9rification des biens des immigr\u00e9s dans leurs pays d&rsquo;origine, sur contrat avec des autorit\u00e9s publiques europ\u00e9ennes. Cette \u00e9conomie de la surveillance patrimoniale constitue un prolongement lucratif de l&rsquo;\u00e9conomie plus large de la fronti\u00e8re \u2014 les entreprises de surveillance, de d\u00e9tention, de transport des expuls\u00e9s \u2014 que la recherche critique sur les migrations a document\u00e9e sous le terme d&rsquo;industrie de la migration.<\/strong><br \/>\n<strong>IV. La convergence des deux dispositifs : vers une gouvernance totale de la diaspora<\/strong><br \/>\n<strong>4.1 Le profil-type de la personne doublement expos\u00e9e<\/strong><br \/>\n<strong>La combinaison des deux dispositifs produit un profil-type de la personne marocaine en Belgique la plus expos\u00e9e \u00e0 leurs effets cumul\u00e9s : une personne r\u00e9sidant en logement social flamand, ayant h\u00e9rit\u00e9 d&rsquo;un bien immobilier au Maroc qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas d\u00e9clar\u00e9, et ayant fait l&rsquo;objet d&rsquo;une condamnation p\u00e9nale \u2014 m\u00eame pour un d\u00e9lit mineur \u2014 qui la place dans le p\u00e9rim\u00e8tre des politiques d&rsquo;expulsion.<\/strong><br \/>\n<strong>Pour cette personne, la gouvernance belge produit une pression \u00e0 plusieurs niveaux simultan\u00e9ment : la menace d&rsquo;expulsion du logement social au titre de la possession d&rsquo;un bien \u00e9tranger non d\u00e9clar\u00e9, la menace d&rsquo;expulsion du territoire au titre de la condamnation p\u00e9nale, et la surveillance de son patrimoine dans son pays d&rsquo;origine par des entreprises priv\u00e9es mandat\u00e9es par l&rsquo;\u00c9tat.<\/strong><br \/>\n<strong>Aucun de ces dispositifs pris isol\u00e9ment ne suffit \u00e0 d\u00e9crire l&rsquo;exp\u00e9rience concr\u00e8te de cette personne. C&rsquo;est leur articulation \u2014 leur fonctionnement en syst\u00e8me \u2014 qui produit une pression gouvernementale d&rsquo;une intensit\u00e9 nouvelle.<\/strong><br \/>\n<strong>4.2 Ce que le patrimoine r\u00e9v\u00e8le sur le statut de la diaspora<\/strong><br \/>\n<strong>La surveillance des biens marocains par les autorit\u00e9s flamandes r\u00e9v\u00e8le une tension fondamentale dans le statut de la diaspora marocaine en Belgique. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, les transferts de fonds et les investissements des Marocains r\u00e9sidant en Belgique au Maroc sont valoris\u00e9s \u2014 par le Maroc comme contribution au d\u00e9veloppement national, par la Belgique comme preuve d&rsquo;une int\u00e9gration \u00e9conomique active. De l&rsquo;autre, ces m\u00eames investissements et ces m\u00eames h\u00e9ritages deviennent, dans le cadre des enqu\u00eates sur le logement social, la preuve d&rsquo;une dissimulation, d&rsquo;une fraude au syst\u00e8me social belge.<\/strong><br \/>\n<strong>Cette inversion de la valeur des m\u00eames actes patrimoniaux selon le cadre institutionnel qui les \u00e9value r\u00e9v\u00e8le l&rsquo;ambivalence structurelle dans laquelle se trouve la diaspora marocaine : valoris\u00e9e comme ressource \u00e9conomique transnationale dans un registre, suspect\u00e9e comme fraudeuse dans un a \u00bbutre.<\/strong><br \/>\n<strong>4.3 La s\u00e9curitisation du social : quand le logement devient fronti\u00e8re<\/strong><br \/>\n<strong>Le dispositif flamand de surveillance immobili\u00e8re introduit une dynamique analytiquement nouvelle : la s\u00e9curitisation du social \u2014 le glissement par lequel des prestations sociales (logement, aides sociales, acc\u00e8s aux services publics) deviennent des instruments de contr\u00f4le migratoire.<\/strong><br \/>\n<strong>Ce glissement n&rsquo;est pas propre \u00e0 la Belgique. Il s&rsquo;inscrit dans une tendance document\u00e9e dans toute l&rsquo;Europe \u2014 les Pays-Bas, le Danemark, la Su\u00e8de, le Royaume-Uni \u2014 o\u00f9 les droits sociaux sont progressivement conditionn\u00e9s \u00e0 la conformit\u00e9 avec des exigences qui touchent sp\u00e9cifiquement les populations immigr\u00e9es : s\u00e9jour l\u00e9gal continu, d\u00e9claration des biens \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger, absence de condamnations, ma\u00eetrise de la langue nationale.<\/strong><br \/>\n<strong>La s\u00e9curitisation du social produit une fronti\u00e8re secondaire \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du territoire : une fronti\u00e8re non g\u00e9ographique qui s\u00e9pare ceux dont les droits sociaux sont inconditionnels de ceux dont les droits sociaux sont conditionnels et r\u00e9vocables. Cette fronti\u00e8re int\u00e9rieure recoupe tr\u00e8s largement \u2014 sans s&rsquo;y identifier parfaitement \u2014 les fronti\u00e8res d&rsquo;origine nationale, de statut migratoire et de classe sociale.<\/strong><br \/>\n<strong>V. L&rsquo;asym\u00e9trie Maroc-Belgique : ce que l&rsquo;\u00c9tat marocain ne dit pas<\/strong><br \/>\n<strong>5.1 Le Maroc comme acteur silencieux<\/strong><br \/>\n<strong>Dans les deux dispositifs analys\u00e9s, le Maroc est pr\u00e9sent comme territoire \u2014 comme espace g\u00e9ographique vers lequel les corps sont renvoy\u00e9s ou dont les propri\u00e9t\u00e9s sont surveill\u00e9es \u2014 mais absent comme acteur politique. Le gouvernement marocain ne s&rsquo;est pas exprim\u00e9 publiquement sur le record d&rsquo;expulsions belges, ni sur le dispositif d&rsquo;enqu\u00eates immobili\u00e8res en Flandre.<\/strong><br \/>\n<strong>Ce silence n&rsquo;est pas une indiff\u00e9rence \u2014 c&rsquo;est un choix diplomatique qui m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre analys\u00e9. Le Maroc a un int\u00e9r\u00eat structurel \u00e0 maintenir des relations cordiales avec la Belgique, qui h\u00e9berge une diaspora marocaine importante dont les transferts de fonds repr\u00e9sentent une ressource \u00e9conomique nationale significative. Contester publiquement les expulsions ou les enqu\u00eates patrimoniales risquerait de fragiliser une relation diplomatique dont les retomb\u00e9es \u00e9conomiques \u2014 aides au d\u00e9veloppement, investissements, transferts de fonds \u2014 d\u00e9passent les co\u00fbts symboliques et sociaux des dispositifs en question.<\/strong><br \/>\n<strong>Cette \u00e9quation diplomatique est pr\u00e9cis\u00e9ment celle que les \u00e9tudes pr\u00e9c\u00e9dentes du programme MigraPress sur les TdR Maroc-UE ont document\u00e9e : le Maroc monnaye sa coop\u00e9ration migratoire (contr\u00f4le des d\u00e9parts, r\u00e9admission des expuls\u00e9s) en \u00e9change d&rsquo;un capital diplomatique et financier dont il ne peut pas se priver.<\/strong><br \/>\n<strong>5.2 Les familles au Maroc : les oubli\u00e9s des deux r\u00e9cits<\/strong><br \/>\n<strong>Les deux dispositifs belges produisent des effets sur des personnes en Belgique \u2014 les expuls\u00e9s, les b\u00e9n\u00e9ficiaires du logement social surveill\u00e9s. Mais ils produisent aussi des effets sur des familles au Maroc que les r\u00e9cits institutionnels et m\u00e9diatiques rendent enti\u00e8rement invisibles.<\/strong><br \/>\n<strong>Une famille qui re\u00e7oit un membre expuls\u00e9 apr\u00e8s des ann\u00e9es en Belgique \u2014 parfois sans liens actifs avec le Maroc, parfois marqu\u00e9 par des ann\u00e9es d&rsquo;incarc\u00e9ration, parfois sans ma\u00eetrise des langues locales \u2014 assume un co\u00fbt de r\u00e9int\u00e9gration sociale, \u00e9conomique et psychologique que ni la Belgique ni le Maroc ne comptabilisent. Une famille dont la maison h\u00e9rit\u00e9e devient l&rsquo;objet d&rsquo;une enqu\u00eate fiscale belge vit une intrusion dans son espace patrimonial par une administration \u00e9trang\u00e8re que son rapport ordinaire \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat \u2014 marocain ou belge \u2014 ne lui permettait pas d&rsquo;anticiper.<\/strong><br \/>\n<strong>Ces familles sont les externalit\u00e9s invisibles d&rsquo;une gouvernance migratoire bilat\u00e9rale qui calcule ses co\u00fbts et ses b\u00e9n\u00e9fices exclusivement \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle des \u00c9tats.<\/strong><br \/>\n<strong>VI. Implications pour le programme de recherche MigraPress<\/strong><br \/>\n<strong>6.1 L&rsquo;externalisation en profondeur : un concept op\u00e9rationnel<\/strong><br \/>\n<strong>Les deux dispositifs analys\u00e9s confirment et enrichissent le concept d&rsquo;externalisation en profondeur d\u00e9velopp\u00e9 dans les travaux ant\u00e9rieurs du programme MigraPress. Ce concept d\u00e9signe l&rsquo;extension de la logique frontali\u00e8re \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des territoires (surveillance des d\u00e9tenus, des logements sociaux, des patrimoines) et \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur (surveillance des biens au Maroc, m\u00e9canismes de r\u00e9admission). La fronti\u00e8re n&rsquo;est plus un point \u2014 c&rsquo;est une infrastructure distribu\u00e9e dans l&rsquo;espace et dans le temps.<\/strong><br \/>\n<strong>L&rsquo;ajout du dispositif patrimonial flamand enrichit ce concept d&rsquo;une dimension nouvelle : l&rsquo;externalisation en profondeur ne s&rsquo;arr\u00eate pas aux corps (qui peut rester, qui doit partir) \u2014 elle s&rsquo;\u00e9tend aux biens (ce que l&rsquo;on poss\u00e8de ici et l\u00e0-bas, et comment ces possessions interagissent avec les droits de pr\u00e9sence et d&rsquo;acc\u00e8s aux services). La fronti\u00e8re patrimoniale est une forme d&rsquo;externalisation en profondeur dans sa version la plus subtile et la moins document\u00e9e.<\/strong><br \/>\n<strong>6.2 Trois angles de recherche \u00e0 d\u00e9velopper<\/strong><br \/>\n<strong>L&rsquo;analyse combin\u00e9e de ces deux dispositifs ouvre trois angles de recherche que le programme MigraPress devrait d\u00e9velopper dans ses prochains travaux.<\/strong><br \/>\n<strong>Premier angle \u2014 La cartographie des dispositifs de surveillance patrimoniale en Europe. La Belgique flamande n&rsquo;est pas seule \u00e0 mettre en place ce type d&rsquo;enqu\u00eates. Plusieurs \u00c9tats europ\u00e9ens ont d\u00e9velopp\u00e9 des m\u00e9canismes similaires, \u00e0 des stades diff\u00e9rents de d\u00e9veloppement. Une cartographie comparative permettrait de mesurer l&rsquo;ampleur du ph\u00e9nom\u00e8ne et d&rsquo;identifier les configurations nationales les plus restrictives.<\/strong><br \/>\n<strong>Deuxi\u00e8me angle \u2014 Les effets des expulsions sur les familles au Maroc. Les 233 retours belges vers le Maroc en huit mois, additionn\u00e9s aux retours depuis la France, l&rsquo;Espagne, les Pays-Bas et l&rsquo;Allemagne, repr\u00e9sentent des centaines de personnes dont la r\u00e9int\u00e9gration au Maroc m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre document\u00e9e. Quelles sont les trajectoires de ces personnes apr\u00e8s leur retour ? Quels soutiens institutionnels existent ? Quels discours les familles et les communaut\u00e9s produisent-ils sur eux ?<\/strong><br \/>\n<strong>Troisi\u00e8me angle \u2014 Le croisement entre discours num\u00e9riques et gouvernance administrative. Le Barom\u00e8tre MigraPress a document\u00e9 la production de discours hostiles aux migrants dans l&rsquo;espace num\u00e9rique marocain. Il reste \u00e0 analyser si et comment ces discours entretiennent un rapport avec les politiques administratives belges \u2014 si la s\u00e9curitisation institutionnelle nourrit la s\u00e9curitisation num\u00e9rique, ou si les deux dynamiques sont relativement autonomes l&rsquo;une de l&rsquo;autre.<\/strong><br \/>\n<strong>Conclusion : la fronti\u00e8re comme infrastructure totale<\/strong><br \/>\n<strong>Les 233 expulsions marocaines et les 368 dossiers d&rsquo;enqu\u00eates immobili\u00e8res concernant des biens au Maroc ne sont pas deux ph\u00e9nom\u00e8nes parall\u00e8les. Ils sont deux manifestations d&rsquo;une m\u00eame architecture de gouvernance des populations marocaines en Belgique \u2014 une architecture dans laquelle la pr\u00e9sence est conditionnelle, le patrimoine est surveill\u00e9, et la fronti\u00e8re n&rsquo;est plus un seuil \u00e0 franchir mais une infrastructure qui enveloppe l&rsquo;ensemble de l&rsquo;existence transnationale de la diaspora.<\/strong><br \/>\n<strong>Cette infrastructure n&rsquo;est ni malveillante ni d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment x\u00e9nophobe dans ses textes fondateurs \u2014 elle est le produit de r\u00e8gles formellement neutres appliqu\u00e9es dans un contexte d\u00e9mographique et institutionnel qui en concentre les effets sur des populations sp\u00e9cifiques. C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment pour cela que son analyse sociologique est n\u00e9cessaire : parce que les effets discriminatoires des politiques neutres ne sont visibles que lorsqu&rsquo;on les agr\u00e8ge, qu&rsquo;on les met en relation et qu&rsquo;on les situe dans leur contexte d\u00e9mographique, historique et g\u00e9opolitique.<\/strong><br \/>\n<strong>Ce que ces deux dispositifs r\u00e9v\u00e8lent, en derni\u00e8re analyse, c&rsquo;est que la fronti\u00e8re euro-africaine n&rsquo;est plus une ligne entre deux territoires. C&rsquo;est une infrastructure qui traverse les corps, les biens, les dossiers judiciaires, les registres fonciers et les accords diplomatiques \u2014 une infrastructure dont la logique est celle du contr\u00f4le permanent d&rsquo;une pr\u00e9sence qui reste, quelle que soit sa dur\u00e9e, structurellement conditionnelle.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;analytique du Centre MigraPress \u2014 Septembre 2026 \/\/ R\u00e9sum\u00e9: Deux dispositifs belges, apparemment distincts, dessinent en 2026 les contours d&rsquo;une m\u00eame architecture de gouvernance des populations marocaines en Belgique : d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, le record d&rsquo;expulsions \u2014 1 239 \u00e9loignements en huit mois, dont 233 vers le Maroc \u2014 qui transforme la justice p\u00e9nale en instrument [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":8,"featured_media":218771,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"googlesitekit_rrm_CAowteS_DA:productID":"","footnotes":"","iawp_total_views":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[43],"tags":[],"jetpack_publicize_connections":[],"lang":"fr","translations":{"fr":218770},"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/agadirtoday.com-2026-10-07_14-55-36_104601.jpg?fit=548%2C736&ssl=1","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/peJLke-UUy","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_likes_enabled":false,"jetpack-related-posts":[],"pll_sync_post":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/218770"}],"collection":[{"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/8"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=218770"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/218770\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":218773,"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/218770\/revisions\/218773"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/218771"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=218770"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=218770"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=218770"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}