{"id":215210,"date":"2026-08-24T17:14:09","date_gmt":"2026-08-24T16:14:09","guid":{"rendered":"https:\/\/agadirtoday.com\/?p=215210"},"modified":"2026-08-24T17:14:09","modified_gmt":"2026-08-24T16:14:09","slug":"jamal-lhoussaine-le-rebelle-de-latlas-de-la-migration-a-laction-pour-le-developpement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/agadirtoday.com\/?p=215210&lang=fr","title":{"rendered":"Jamal Lhoussaine, le rebelle de l\u2019Atlas : de la migration \u00e0 l\u2019action pour le d\u00e9veloppement"},"content":{"rendered":"<ul>\n<li>Doc. Khalid Alayoud \/\/<\/li>\n<\/ul>\n<p>Jamal\u00a0 Lhoussaine est n\u00e9 en 1952 \u00e0 lmgoune, dans la commune de Tassoussfi, dans la r\u00e9gion de Taliouine. Ceux qui l\u2019ont connu le d\u00e9crivent comme un homme profond\u00e9ment r\u00e9fractaire \u00e0 l\u2019injustice et \u00e0 la violence, anim\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t par la conviction que l\u2019existence ne prend tout son sens que lorsqu\u2019elle est mise au service des autres.<\/p>\n<p>Son nom lui-m\u00eame poss\u00e8de une certaine singularit\u00e9. <strong>Jamal<\/strong> est son nom de famille, tandis que <strong>Lhoussaine<\/strong> est son pr\u00e9nom. Un nom qui, au fil des d\u00e9cennies, allait devenir indissociable d\u2019une exp\u00e9rience originale de l\u2019histoire de la migration marocaine et du d\u00e9veloppement rural.<\/p>\n<p>Comme beaucoup d\u2019enfants de sa g\u00e9n\u00e9ration, il commence son instruction au msid, avant de rejoindre l\u2019\u00e9cole primaire. En 1964, il obtient le certificat d\u2019\u00e9tudes primaires, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 rares \u00e9taient les enfants de son village \u00e0 parvenir \u00e0 ce niveau de scolarisation. Pour poursuivre ses \u00e9tudes, il doit quitter son village et rejoindre Ouarzazate, \u00e0 plusieurs dizaines de kilom\u00e8tres du domicile familial.<\/p>\n<p>Faute de place \u00e0 l\u2019internat, il est contraint de vivre dans une maison d\u2019\u00e9tudiants, commun\u00e9ment appel\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9poque la \u00ab khayriya \u00bb. Les conditions de vie ne lui convenant pas, il rejoint finalement une famille proche de la sienne, qui l\u2019accueille durant ses \u00e9tudes. Apr\u00e8s trois ann\u00e9es d\u2019enseignement secondaire, il obtient le brevet avec de bons r\u00e9sultats.<\/p>\n<p>Mais une nouvelle difficult\u00e9 se pr\u00e9sente : il n\u2019y a pas de place disponible pour lui au lyc\u00e9e. On lui demande d\u2019attendre une ann\u00e9e suppl\u00e9mentaire. Nous sommes alors au milieu des ann\u00e9es 1960, dans un Maroc marqu\u00e9 par de fortes tensions sociales et politiques, notamment apr\u00e8s les \u00e9v\u00e9nements de mars 1965.<\/p>\n<p>Jamal refuse d\u2019attendre.<\/p>\n<p>Il ne comprend pas pourquoi l\u2019avenir scolaire devrait \u00eatre r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 ceux qui ont la chance de trouver une place. Il quitte l\u2019\u00e9cole et se rend \u00e0 Casablanca, o\u00f9 il passe une ann\u00e9e.<\/p>\n<p>Ce fut sans doute son premier acte de r\u00e9volte : <strong>celle d\u2019un \u00e9l\u00e8ve refusant de se r\u00e9signer devant un syst\u00e8me \u00e9ducatif incapable de lui offrir la possibilit\u00e9 de poursuivre son parcours.<\/strong><\/p>\n<p>Puis vint la migration.<\/p>\n<p>Son fr\u00e8re a\u00een\u00e9 avait \u00e9migr\u00e9 en France en 1963. Son p\u00e8re, quant \u00e0 lui, avait d\u00e9j\u00e0 travaill\u00e9 dans les mines de charbon de Saint-\u00c9tienne dans les ann\u00e9es 1940, avant de regagner le Maroc \u00e0 la suite d\u2019un accident du travail. Comme cela \u00e9tait fr\u00e9quent \u00e0 cette \u00e9poque, les fili\u00e8res migratoires reposaient largement sur les r\u00e9seaux familiaux et villageois :<\/p>\n<p>Le travailleur install\u00e9 dans une entreprise ou une r\u00e9gion facilitait \u00e0 son tour l\u2019arriv\u00e9e de membres de sa famille ou de personnes originaires du m\u00eame village.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi que Jamal arrive en France et rejoint les \u00e9tablissements de P\u00e9chiney, dans les Hautes-Alpes. Il poss\u00e8de d\u00e9j\u00e0 un dipl\u00f4me scolaire, alors que nombre de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs marocains sont analphab\u00e8tes. Pourtant, il commence, lui aussi, comme simple ouvrier.<\/p>\n<p>Il ne lui faut pas longtemps pour d\u00e9couvrir une r\u00e9alit\u00e9 qui le r\u00e9volte : les travailleurs marocains per\u00e7oivent des salaires nettement inf\u00e9rieurs \u00e0 ceux des ouvriers fran\u00e7ais ou italiens effectuant pourtant le m\u00eame travail.<\/p>\n<p>Une fois encore, la r\u00e9volte ressurgit.<\/p>\n<p>Jamal pose une question simple : <strong>pourquoi l\u2019ouvrier marocain ne recevrait-il pas le m\u00eame salaire d\u00e8s lors qu\u2019il accomplit le m\u00eame travail ?<\/strong><\/p>\n<p>Ses compatriotes h\u00e9sitent. Ils craignent la gr\u00e8ve, le conflit avec la direction et l\u2019engagement syndical. Jamal, au contraire, consid\u00e8re que le silence ne peut rien changer. Il propose de rejoindre un syndicat fran\u00e7ais. Apr\u00e8s plusieurs refus, la Conf\u00e9d\u00e9ration fran\u00e7aise d\u00e9mocratique du travail (CFDT) accepte de soutenir son initiative, alors m\u00eame qu\u2019elle ne dispose pas encore de section au sein de l\u2019usine.<\/p>\n<p>En 1973, Jamal contribue ainsi \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019une section syndicale au sein de P\u00e9chiney.<\/p>\n<p>L\u2019initiative prend rapidement de l\u2019ampleur. Marocains, Alg\u00e9riens et Turcs rejoignent le mouvement, jusqu\u2019\u00e0 rassembler quelque 180 adh\u00e9rents.<\/p>\n<p>Jamal devient d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 syndical et d\u00e9couvre un univers nouveau : le droit du travail, les droits des salari\u00e9s, la n\u00e9gociation collective, la gr\u00e8ve, les avocats, les militants syndicaux et les m\u00e9canismes de l\u2019action collective.<\/p>\n<p>Il apprend par la pratique, mais aussi par la lecture et le dialogue avec ceux qui poss\u00e8dent d\u00e9j\u00e0 cette culture militante.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s plusieurs ann\u00e9es, il dirige une gr\u00e8ve exclusivement men\u00e9e par les travailleurs marocains, rest\u00e9e dans la m\u00e9moire locale sous le nom de <strong>\u00ab la gr\u00e8ve des Arabes \u00bb .<\/strong><\/p>\n<p>Jamal n\u2019est d\u00e9sormais plus seulement un travailleur immigr\u00e9. Il devient une figure syndicale reconnue, notamment dans les milieux syndicaux et politiques de gauche en France. Il rencontre des militants et des responsables qui deviendront, quelques ann\u00e9es plus tard, des acteurs importants de la vie politique fran\u00e7aise sous le gouvernement \u00a0Fran\u00e7ois Mitterrand.<\/p>\n<p>Cette mobilisation contribue \u00e0 un combat plus large pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits. La loi de 1981 marque ainsi une \u00e9tape importante dans la reconnaissance de l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre travailleurs fran\u00e7ais et travailleurs \u00e9trangers, notamment en mati\u00e8re de droits sociaux et de r\u00e9mun\u00e9ration.<\/p>\n<p>Mais une nouvelle \u00e9preuve se profile.<\/p>\n<p>En 1985, l\u2019usine ferme en raison de la baisse de sa rentabilit\u00e9 et de l\u2019intensification de la concurrence internationale. Les travailleurs se retrouvent confront\u00e9s \u00e0 un choix difficile : rentrer au Maroc ou tenter de reconstruire leur vie professionnelle en France.<\/p>\n<p>L\u2019entreprise envisage des aides financi\u00e8res au retour.<\/p>\n<p>Jamal refuse de r\u00e9duire le retour \u00e0 un simple billet de voyage accompagn\u00e9 d\u2019une indemnit\u00e9.<\/p>\n<p>Il pose une question fondamentale :<\/p>\n<p><strong>Comment demander \u00e0 ces travailleurs de retourner dans des villages d\u00e9pourvus des infrastructures essentielles, alors que leurs enfants sont n\u00e9s en France et connaissent \u00e0 peine ces territoires dont ils n\u2019ont entendu parler qu\u2019\u00e0 travers les r\u00e9cits familiaux ?<\/strong><\/p>\n<p>Il d\u00e9fend alors une autre conception du retour : la formation et la reconversion professionnelle des travailleurs afin de leur permettre de retrouver un emploi en France. Un grand nombre d\u2019entre eux en b\u00e9n\u00e9ficient.<\/p>\n<p>Pour ceux qui choisissent de rentrer au Maroc, il r\u00e9clame un accompagnement sp\u00e9cifique, fond\u00e9 sur l\u2019expertise et le soutien \u00e0 la cr\u00e9ation de projets dans les territoires d\u2019origine.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 ce moment que Jamal franchit une \u00e9tape d\u00e9cisive : il ne pense plus seulement \u00e0 la condition de l\u2019ouvrier immigr\u00e9 dans l\u2019usine. Il commence \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 une question plus vaste :<\/p>\n<p><strong>Comment transformer la migration elle-m\u00eame en une force capable de contribuer au d\u00e9veloppement des villages que l\u2019\u00e9migration a progressivement vid\u00e9s de leurs forces vives ?<\/strong><\/p>\n<p>Pour approfondir cette r\u00e9flexion, une partie de son indemnit\u00e9 lui permet de poursuivre des \u00e9tudes \u00e0 <strong>l&rsquo;\u00e9cole des hautes \u00e9tudes en sciences sociales (EHESS) paris<\/strong>, o\u00f9 il assiste notamment aux conf\u00e9rences de Pierre Bourdieu.<\/p>\n<p>Jamal ne se contente pas d\u2019\u00e9couter. Il engage avec le sociologue des discussions sur le rapport entre th\u00e9orie et pratique sociale.<\/p>\n<p>Son id\u00e9e est simple, mais profond\u00e9ment novatrice : la soci\u00e9t\u00e9 ne peut pas seulement \u00eatre observ\u00e9e et analys\u00e9e ; elle doit aussi \u00eatre transform\u00e9e. La sociologie, selon lui, ne devrait pas rester enferm\u00e9e dans les livres et les amphith\u00e9\u00e2tres. Elle doit se confronter au terrain et devenir une pratique sociale.<\/p>\n<p>Ces \u00e9changes \u00e9voluent progressivement vers une relation intellectuelle et humaine plus \u00e9troite. Ils nourrissent une r\u00e9flexion visant \u00e0 rapprocher les intellectuels, les syndicalistes et les acteurs de terrain, notamment autour de l\u2019exp\u00e9rience de <strong>Critique sociale<\/strong>, dans laquelle la connaissance du social se construit aussi \u00e0 partir de l\u2019action collective et de l\u2019exp\u00e9rience des travailleurs.<\/p>\n<p>Mais Jamal revient toujours \u00e0 la m\u00eame question :<\/p>\n<p><strong>Que faire des villages ?<\/strong><\/p>\n<p>Entre 1985 et 1986, la r\u00e9ponse commence \u00e0 prendre une forme concr\u00e8te. C\u2019est \u00e0 cette p\u00e9riode que na\u00eet l\u2019id\u00e9e de cr\u00e9er l\u2019association <strong>Retour et D\u00e9veloppement<\/strong>, qui deviendra par la suite <strong>Migrations &amp; D\u00e9veloppement<\/strong>.<\/p>\n<p>Et l\u2019exp\u00e9rience commence \u00e0 imgoune, son propre village.<\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9e para\u00eet simple, mais elle est alors profond\u00e9ment novatrice : mobiliser les travailleurs migrants pour contribuer au financement du d\u00e9veloppement de leurs villages et transformer les ressources, les comp\u00e9tences et les r\u00e9seaux acquis dans les pays d\u2019accueil en leviers de d\u00e9veloppement dans les territoires d\u2019origine.<\/p>\n<p>Le premier grand projet est l\u2019\u00e9lectrification du village.<\/p>\n<p>Au d\u00e9part, le projet suscite des r\u00e9serves, voire un refus de la part de certains responsables du secteur de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, tant l\u2019initiative para\u00eet nouvelle et inhabituelle. Jamal persiste.<\/p>\n<p>L\u2019exp\u00e9rience finit par d\u00e9montrer qu\u2019une implication directe des populations et des migrants dans le financement et la r\u00e9alisation des infrastructures de base peut constituer une r\u00e9ponse efficace \u00e0 l\u2019enclavement rural.<\/p>\n<p>\u00c0 partir d\u2019imgoune, l\u2019exp\u00e9rience s\u2019\u00e9tend \u00e0 d\u2019autres villages.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9lectricit\u00e9 n\u2019est cependant que le commencement. Viennent ensuite les routes, les pistes, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019eau potable, le d\u00e9senclavement, puis une r\u00e9flexion plus ambitieuse sur la mani\u00e8re de rendre les territoires ruraux capables de produire de la richesse plut\u00f4t que de d\u00e9pendre uniquement des transferts financiers des migrants.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi que <strong>Migrations &amp; D\u00e9veloppement<\/strong> passe progressivement d\u2019une logique d\u2019aide \u00e0 une v\u00e9ritable logique de d\u00e9veloppement territorial.<\/p>\n<p>Jamal exerce d\u2019abord la fonction de pr\u00e9sident de l\u2019association, avant d\u2019en devenir directeur. Au fil des ann\u00e9es, l\u2019organisation diversifie ses interventions : d\u00e9senclavement, \u00e9lectrification rurale, acc\u00e8s \u00e0 l\u2019eau potable, valorisation des produits du terroir, d\u00e9veloppement du tourisme rural et accompagnement des initiatives \u00e9conomiques locales.<\/p>\n<p>L\u2019histoire du safran de Taliouine constitue l\u2019une des illustrations les plus embl\u00e9matiques de cette d\u00e9marche.<\/p>\n<p>Produit traditionnel du terroir, le safran devient progressivement l\u2019objet d\u2019une strat\u00e9gie de valorisation, d\u2019organisation et de commercialisation. La r\u00e9gion de Taliouine acquiert ainsi une r\u00e9putation internationale, tandis que le produit devient une source de revenus et de fiert\u00e9 pour les populations locales.<\/p>\n<p>La migration ne repr\u00e9sente alors plus seulement une source de transferts financiers. Elle devient \u00e9galement un vecteur de comp\u00e9tences, de r\u00e9seaux, d\u2019exp\u00e9riences et d\u2019innovations capables de contribuer \u00e0 la transformation \u00e9conomique des territoires d\u2019origine.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/agadirtoday.com-2026-08-24_00-25-43_303763.jpg?ssl=1\"><img data-attachment-id=\"215133\" data-permalink=\"https:\/\/agadirtoday.com\/?attachment_id=215133\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/agadirtoday.com-2026-08-24_00-25-43_303763.jpg?fit=633%2C487&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"633,487\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;1&quot;}\" data-image-title=\"Jamal avec alayoud\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/agadirtoday.com-2026-08-24_00-25-43_303763.jpg?fit=300%2C231&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/agadirtoday.com-2026-08-24_00-25-43_303763.jpg?fit=633%2C487&amp;ssl=1\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"aligncenter size-full wp-image-215133\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/agadirtoday.com-2026-08-24_00-25-43_303763.jpg?resize=633%2C487&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"633\" height=\"487\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/agadirtoday.com-2026-08-24_00-25-43_303763.jpg?w=633&amp;ssl=1 633w, https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/agadirtoday.com-2026-08-24_00-25-43_303763.jpg?resize=300%2C231&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"(max-width: 633px) 100vw, 633px\" title=\"\" data-recalc-dims=\"1\"><\/a><\/p>\n<p>D\u2019autres projets suivent : d\u00e9veloppement du tourisme rural, infrastructures hydrauliques, accompagnement des collectivit\u00e9s locales et initiatives destin\u00e9es \u00e0 renforcer l\u2019autonomie des communaut\u00e9s rurales.<\/p>\n<p>L\u2019exp\u00e9rience acquiert progressivement une reconnaissance au Maroc et \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. <strong>Migrations &amp; D\u00e9veloppement<\/strong> devient une organisation structur\u00e9e, employant aujourd\u2019hui plusieurs dizaines de personnes, parmi lesquelles des collaborateurs \u00e9trangers et des ressortissants d\u2019Afrique subsaharienne.<\/p>\n<p>Forte de cette exp\u00e9rience, elle commence \u00e9galement \u00e0 transf\u00e9rer son savoir-faire vers d\u2019autres pays africains, notamment le S\u00e9n\u00e9gal, avec des perspectives d\u2019intervention dans d\u2019autres pays de la r\u00e9gion.<\/p>\n<p>Mais Jamal ne mesure pas la r\u00e9ussite de son parcours au seul nombre de projets r\u00e9alis\u00e9s.<\/p>\n<p>Parmi les moments qui demeurent les plus forts dans sa m\u00e9moire figure sa rencontre avec <strong>sa majest\u00e9 \u00a0le roi Mohammed VI<\/strong> dans la r\u00e9gion de Taliouine. Il ne vient pas pr\u00e9senter un projet individuel. Il \u00e9voque la situation des enfants des villages, contraints d\u2019abandonner leur scolarit\u00e9 faute de coll\u00e8ges suffisamment proches.<\/p>\n<p>La question fait \u00e9cho \u00e0 sa propre histoire.<\/p>\n<p>Lui-m\u00eame avait autrefois d\u00fb interrompre son parcours scolaire parce qu\u2019aucune place ne lui avait \u00e9t\u00e9 propos\u00e9e au lyc\u00e9e.<\/p>\n<p>Cette rencontre contribue \u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019une r\u00e9ponse concr\u00e8te : la cr\u00e9ation de sept coll\u00e8ges dans les territoires concern\u00e9s.<\/p>\n<p>Pour Jamal, cette r\u00e9alisation repr\u00e9sente bien davantage qu\u2019une infrastructure scolaire. Elle constitue une forme de r\u00e9paration symbolique : des enfants du m\u00eame monde rural pourront d\u00e9sormais poursuivre leur scolarit\u00e9 l\u00e0 o\u00f9 lui-m\u00eame avait \u00e9t\u00e9 contraint de s\u2019arr\u00eater.<\/p>\n<p>Des d\u00e9cennies plus tard, son parcours attire \u00e9galement l\u2019attention des \u00e9quipes charg\u00e9es de r\u00e9fl\u00e9chir au nouveau mod\u00e8le de d\u00e9veloppement du Maroc. Lorsque Chakib Benmoussa pr\u00e9pare le rapport consacr\u00e9 \u00e0 ce projet, une \u00e9quipe d\u2019experts conduite notamment par le regrett\u00e9 professeur Lakbir ouhajjou, sp\u00e9cialiste de la g\u00e9ographie des marges au Maroc, vient observer l\u2019exp\u00e9rience de Migrations &amp; D\u00e9veloppement dans les territoires montagneux de Taliouine.<\/p>\n<p>Ce qui avait commenc\u00e9 dans un village de l\u2019Atlas appara\u00eet alors comme une exp\u00e9rience susceptible d\u2019\u00e9clairer la politique de d\u00e9veloppement des espaces ruraux et montagneux \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale.<\/p>\n<p>C\u2019est sans doute l\u00e0 que r\u00e9side la singularit\u00e9 profonde du parcours de Jamal Lhoussaine.<\/p>\n<p>Il n\u2019a pas simplement \u00e9t\u00e9 un migrant qui a r\u00e9ussi. Il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 seulement un syndicaliste d\u00e9fendant les travailleurs marocains. Il n\u2019a pas davantage \u00e9t\u00e9 un intellectuel rest\u00e9 dans les universit\u00e9s pour observer la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Il a \u00e9t\u00e9 successivement \u2014 et parfois simultan\u00e9ment \u2014 <strong>ouvrier, migrant, syndicaliste, militant, \u00e9tudiant, acteur social et entrepreneur du d\u00e9veloppement collectif<\/strong>.<\/p>\n<p>Son parcours dessine une trajectoire singuli\u00e8re : il commence par se r\u00e9volter contre une injustice v\u00e9cue par un \u00e9l\u00e8ve ; il poursuit son combat face aux discriminations salariales subies par les travailleurs immigr\u00e9s ; il \u00e9largit ensuite cette lutte \u00e0 la question du retour des migrants et, enfin, au droit des populations rurales \u00e0 l\u2019\u00e9ducation, \u00e0 l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, \u00e0 l\u2019eau, aux routes et au d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>Autrement dit, son champ de bataille s\u2019est progressivement \u00e9largi.<\/p>\n<p>Au d\u00e9part, il d\u00e9fendait ses propres droits.<\/p>\n<p>Puis ceux de ses compagnons de travail.<\/p>\n<p>Ensuite ceux des migrants.<\/p>\n<p>Puis ceux des villages.<\/p>\n<p>Et finalement, ceux d\u2019une conception nouvelle du d\u00e9veloppement fond\u00e9e sur la participation des populations et sur la mobilisation de la diaspora.<\/p>\n<p>C\u2019est peut-\u00eatre l\u00e0 que r\u00e9side toute la force de son histoire.<\/p>\n<p><strong>Jamal n\u2019a pas consid\u00e9r\u00e9 la migration comme la fin du lien avec le village. Il en a fait le point de d\u00e9part d\u2019une nouvelle relation entre le migrant et son territoire d\u2019origine.<\/strong><\/p>\n<p>Il \u00e9tait parti de l\u2019Atlas \u00e0 la recherche d\u2019un avenir. Il y est revenu avec une autre question : comment faire de l\u2019exp\u00e9rience acquise dans la migration une ressource pour ceux qui sont rest\u00e9s ?<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse est n\u00e9e \u00e0 imgoune, puis s\u2019est propag\u00e9e \u00e0 travers les montagnes marocaines.<\/p>\n<p>Un village \u00e9lectrifi\u00e9, puis d\u2019autres.<\/p>\n<p>Une route ouverte, puis d\u2019autres.<\/p>\n<p>L\u2019eau arriv\u00e9e dans un village, puis dans d\u2019autres.<\/p>\n<p>Un produit traditionnel valoris\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 devenir une source de richesse et de reconnaissance.<\/p>\n<p>Des coll\u00e8ges construits pour que les enfants du monde rural ne connaissent pas le m\u00eame destin scolaire que celui qu\u2019il avait v\u00e9cu.<\/p>\n<p>Ainsi, une histoire individuelle s\u2019est progressivement transform\u00e9e en exp\u00e9rience collective.<\/p>\n<p>La migration, qui avait longtemps \u00e9t\u00e9 v\u00e9cue comme une histoire de d\u00e9part et de s\u00e9paration, est devenue aussi une <strong>histoire de retour, de transmission et de construction<\/strong>.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019histoire de <strong>Jamal Lhoussaine , le rebelle de l\u2019Atlas<\/strong> : un homme qui a commenc\u00e9 par refuser l\u2019injustice et qui a consacr\u00e9 une grande partie de sa vie \u00e0 construire, sur le terrain, des alternatives \u00e0 cette injustice.<\/p>\n<p>Son parcours pourrait finalement se r\u00e9sumer \u00e0 une question qu\u2019il semble avoir port\u00e9e depuis son adolescence :<\/p>\n<p><strong>Si la migration a emport\u00e9 les forces vives des montagnes, ne peut-elle pas, en retour, contribuer \u00e0 leur rendre une partie de leur force ?<\/strong><\/p>\n<p>Toute son \u0153uvre semble avoir \u00e9t\u00e9 une r\u00e9ponse \u00e0 cette question.<\/p>\n<p>Une r\u00e9ponse qui, depuis un petit village de l\u2019Atlas, a fini par prendre une dimension nationale et, d\u00e9sormais, africaine.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Doc. Khalid Alayoud \/\/ Jamal\u00a0 Lhoussaine est n\u00e9 en 1952 \u00e0 lmgoune, dans la commune de Tassoussfi, dans la r\u00e9gion de Taliouine. Ceux qui l\u2019ont connu le d\u00e9crivent comme un homme profond\u00e9ment r\u00e9fractaire \u00e0 l\u2019injustice et \u00e0 la violence, anim\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t par la conviction que l\u2019existence ne prend tout son sens que lorsqu\u2019elle est &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":8,"featured_media":215134,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"googlesitekit_rrm_CAowteS_DA:productID":"","footnotes":"","iawp_total_views":1,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[43],"tags":[],"jetpack_publicize_connections":[],"lang":"fr","translations":{"fr":215210},"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/agadirtoday.com-2026-08-24_00-25-45_551730.jpg?fit=660%2C454&ssl=1","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/peJLke-TZ8","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_likes_enabled":false,"jetpack-related-posts":[],"pll_sync_post":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/215210"}],"collection":[{"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/8"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=215210"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/215210\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":215211,"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/215210\/revisions\/215211"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/215134"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=215210"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=215210"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=215210"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}