{"id":215080,"date":"2026-08-23T14:21:27","date_gmt":"2026-08-23T13:21:27","guid":{"rendered":"https:\/\/agadirtoday.com\/?p=215080"},"modified":"2026-08-23T14:21:27","modified_gmt":"2026-08-23T13:21:27","slug":"migration-et-frontieres-les-nouvelles-geographies-de-lexil-et-la-crise-du-lien-social","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/agadirtoday.com\/?p=215080&lang=fr","title":{"rendered":"Migration et fronti\u00e8res : les nouvelles g\u00e9ographies de l\u2019exil et la crise du lien social"},"content":{"rendered":"<ul>\n<li>Doc. Khalid Alayoud\u00a0 \/\/<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les \u00e9v\u00e9nements r\u00e9cents survenus autour des fronti\u00e8res marocaines invitent \u00e0 d\u00e9passer la lecture strictement s\u00e9curitaire de la migration. Ils renvoient \u00e0 une probl\u00e9matique plus vaste, o\u00f9 se croisent histoire des mobilit\u00e9s, transformation des routes migratoires, politiques europ\u00e9ennes de contr\u00f4le, recomposition des rapports g\u00e9opolitiques et, surtout, relation entre la jeunesse et son pays.<\/p>\n<p>L\u2019enjeu n\u2019est donc pas uniquement de savoir <strong>comment emp\u00eacher le franchissement d\u2019une fronti\u00e8re<\/strong>, mais de comprendre pourquoi cette fronti\u00e8re continue d\u2019exercer une telle attraction sur une partie de la jeunesse.<\/p>\n<p><strong>Une histoire de migrations fa\u00e7onn\u00e9e par les fronti\u00e8res<\/strong><\/p>\n<p>La migration marocaine s\u2019inscrit dans une histoire plus que centenaire. Ses itin\u00e9raires n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 fixes : ils ont \u00e9volu\u00e9 en fonction des besoins \u00e9conomiques des pays d\u2019accueil, des politiques migratoires et des transformations g\u00e9opolitiques.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, puis particuli\u00e8rement durant les p\u00e9riodes de forte demande de main-d\u2019\u0153uvre, la France a activement recherch\u00e9 des travailleurs marocains. Les espaces ruraux et montagneux furent ainsi int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 des circuits de recrutement qui conduisaient les travailleurs vers les ports, notamment celui de Casablanca.<\/p>\n<p>Les transformations politiques de l\u2019apr\u00e8s-guerre ont ensuite modifi\u00e9 les itin\u00e9raires. La fronti\u00e8re orientale et la ville d\u2019Oran ont occup\u00e9 une place importante dans la m\u00e9moire migratoire marocaine. L\u2019expression populaire des \u00ab oiseaux d\u2019Oran \u00bb t\u00e9moigne de l\u2019inscription de cette route dans l\u2019imaginaire collectif.<\/p>\n<p>Puis la M\u00e9diterran\u00e9e est devenue une voie majeure de passage.<\/p>\n<p>L\u2019histoire migratoire montre ainsi une constante : <strong>lorsqu\u2019un itin\u00e9raire est ferm\u00e9, les mobilit\u00e9s se d\u00e9placent vers un autre espace<\/strong>.<\/p>\n<p>Cette dynamique permet de comprendre les transformations contemporaines des routes migratoires.<\/p>\n<p><strong>La fermeture des fronti\u00e8res et la g\u00e9ographie du d\u00e9placement<\/strong><\/p>\n<p>Depuis plusieurs d\u00e9cennies, l\u2019Union europ\u00e9enne a renforc\u00e9 le contr\u00f4le de ses fronti\u00e8res ext\u00e9rieures. La coop\u00e9ration avec les pays de transit, notamment le Maroc, s\u2019est progressivement impos\u00e9e comme l\u2019un des instruments centraux de cette politique.<\/p>\n<p>Cette externalisation du contr\u00f4le produit cependant un effet paradoxal : elle ne supprime pas la mobilit\u00e9, mais contribue \u00e0 modifier ses itin\u00e9raires.<\/p>\n<p>Les routes m\u00e9diterran\u00e9ennes ont progressivement \u00e9t\u00e9 compl\u00e9t\u00e9es ou contourn\u00e9es par des routes atlantiques plus m\u00e9ridionales. Les d\u00e9parts depuis les c\u00f4tes du Sahara et, plus r\u00e9cemment, depuis diff\u00e9rentes zones du littoral atlantique marocain illustrent cette capacit\u00e9 d\u2019adaptation des r\u00e9seaux migratoires.<\/p>\n<p>Le d\u00e9placement g\u00e9ographique de la fronti\u00e8re ne signifie donc pas la disparition de la migration. Il signifie plut\u00f4t <strong>la transformation du risque<\/strong>.<\/p>\n<p>Plus la surveillance se renforce sur certaines routes, plus les migrants sont pouss\u00e9s vers des itin\u00e9raires longs, co\u00fbteux et dangereux.<\/p>\n<p>La fronti\u00e8re devient alors un m\u00e9canisme de s\u00e9lection qui ne supprime pas le d\u00e9sir de mobilit\u00e9, mais augmente son prix humain.<\/p>\n<p><strong>Le Maroc au centre d\u2019une \u00e9quation g\u00e9opolitique complexe<\/strong><\/p>\n<p>La position g\u00e9ographique du Maroc lui conf\u00e8re une fonction particuli\u00e8re dans la gestion des migrations africaines vers l\u2019Europe.<\/p>\n<p>Le pays est \u00e0 la fois territoire d\u2019origine, territoire de transit et, pour certains migrants, territoire d\u2019installation.<\/p>\n<p>Cette triple position produit des responsabilit\u00e9s consid\u00e9rables.<\/p>\n<p>Le Maroc se trouve ainsi au c\u0153ur d\u2019un syst\u00e8me dans lequel les politiques europ\u00e9ennes de contr\u00f4le ont des cons\u00e9quences directes sur son territoire. La coop\u00e9ration migratoire avec l\u2019Europe apporte des ressources et des m\u00e9canismes de soutien, mais elle fait \u00e9galement peser sur le Maroc une part importante du co\u00fbt humain, social et s\u00e9curitaire de la gestion des fronti\u00e8res.<\/p>\n<p>Il convient d\u00e8s lors de poser une question essentielle : <strong>jusqu\u2019o\u00f9 peut aller l\u2019externalisation de la fronti\u00e8re europ\u00e9enne ?<\/strong><\/p>\n<p>La fronti\u00e8re de l\u2019Europe ne commence plus n\u00e9cessairement sur son territoire. Elle se projette de plus en plus loin, dans les pays de transit, transformant ces derniers en espaces avanc\u00e9s de contr\u00f4le.<\/p>\n<p><strong>La contradiction europ\u00e9enne : fermer certaines portes, ouvrir les autres<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019analyse de la migration contemporaine r\u00e9v\u00e8le \u00e9galement une autre contradiction.<\/p>\n<p>Les politiques europ\u00e9ennes cherchent \u00e0 limiter les migrations irr\u00e9guli\u00e8res tout en organisant, de mani\u00e8re plus ou moins s\u00e9lective, l\u2019arriv\u00e9e de travailleurs qualifi\u00e9s.<\/p>\n<p>Cette distinction entre une migration consid\u00e9r\u00e9e comme ind\u00e9sirable et une migration r\u00e9pondant aux besoins \u00e9conomiques europ\u00e9ens est fondamentale.<\/p>\n<p>Un m\u00e9decin, un ing\u00e9nieur, un informaticien ou un sp\u00e9cialiste de l\u2019\u00e9nergie peut ainsi \u00eatre recherch\u00e9 sur un march\u00e9 du travail international, alors que le jeune sans qualification qui tente de franchir clandestinement la fronti\u00e8re est consid\u00e9r\u00e9 principalement sous l\u2019angle s\u00e9curitaire.<\/p>\n<p>Cette situation pose la question de la <strong>migration des comp\u00e9tences<\/strong>.<\/p>\n<p>Pour les pays d\u2019origine, la perte d\u2019un professionnel hautement qualifi\u00e9 repr\u00e9sente souvent un double d\u00e9ficit : le pays perd une ressource humaine indispensable et une partie de l\u2019investissement public consacr\u00e9 \u00e0 sa formation.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me ne r\u00e9side donc pas dans la mobilit\u00e9 des comp\u00e9tences en elle-m\u00eame, qui peut \u00eatre b\u00e9n\u00e9fique lorsqu\u2019elle est choisie et \u00e9quilibr\u00e9e, mais dans les d\u00e9s\u00e9quilibres structurels qui permettent aux pays les plus riches de capter durablement les ressources humaines form\u00e9es par les pays moins favoris\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Derri\u00e8re la fronti\u00e8re, la question de la confiance<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est ici que l\u2019analyse doit revenir \u00e0 la jeunesse.<\/p>\n<p>Les tentatives collectives de d\u00e9part ne peuvent \u00eatre comprises uniquement comme le r\u00e9sultat de manipulations ext\u00e9rieures ou de campagnes organis\u00e9es sur les r\u00e9seaux sociaux.<\/p>\n<p>De telles influences peuvent exister et doivent \u00eatre \u00e9tudi\u00e9es par les institutions comp\u00e9tentes. Mais elles ne peuvent devenir une explication unique.<\/p>\n<p>Une mobilisation n\u2019acquiert une telle capacit\u00e9 d\u2019attraction que lorsqu\u2019elle rencontre d\u00e9j\u00e0 un terrain social marqu\u00e9 par la frustration, l\u2019incertitude ou la perte de confiance.<\/p>\n<p>La v\u00e9ritable question est donc moins :<\/p>\n<p><strong>\u00ab Qui a appel\u00e9 les jeunes \u00e0 partir ? \u00bb<\/strong><\/p>\n<p>que :<\/p>\n<p><strong>\u00ab Pourquoi cet appel a-t-il trouv\u00e9 une telle r\u00e9sonance ? \u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Cette distinction est fondamentale.<\/p>\n<p>Elle permet de d\u00e9placer le d\u00e9bat de la seule s\u00e9curit\u00e9 vers les politiques publiques, l&#8217;emploi, l&rsquo;\u00e9ducation, les in\u00e9galit\u00e9s territoriales et la relation entre les institutions et la jeunesse.<\/p>\n<p><strong>La fronti\u00e8re commence \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur<\/strong><\/p>\n<p>Une politique migratoire efficace ne peut \u00eatre fond\u00e9e exclusivement sur le contr\u00f4le des fronti\u00e8res.<\/p>\n<p>Elle doit \u00e9galement agir sur les facteurs qui rendent le d\u00e9part d\u00e9sirable.<\/p>\n<p>Cela signifie investir dans l\u2019\u00e9ducation, am\u00e9liorer l\u2019insertion professionnelle, renforcer la formation, d\u00e9velopper les territoires marginalis\u00e9s et garantir des conditions de travail dignes.<\/p>\n<p>Le rapport entre employeurs et jeunes travailleurs m\u00e9rite \u00e9galement une profonde r\u00e9flexion.<\/p>\n<p>Lorsque le march\u00e9 du travail offre des r\u00e9mun\u00e9rations faibles, une pr\u00e9carit\u00e9 persistante ou des perspectives limit\u00e9es d\u2019\u00e9volution, le discours sur l\u2019attachement \u00e0 la patrie perd une partie de sa port\u00e9e.<\/p>\n<p>La citoyennet\u00e9 ne se construit pas uniquement autour de valeurs symboliques. Elle se construit aussi autour d\u2019exp\u00e9riences concr\u00e8tes de justice et de reconnaissance.<\/p>\n<p><strong>De la gestion s\u00e9curitaire \u00e0 une politique globale<\/strong><\/p>\n<p>Les \u00e9v\u00e9nements r\u00e9cents montrent ainsi les limites d\u2019une approche exclusivement s\u00e9curitaire.<\/p>\n<p>La s\u00e9curit\u00e9 des fronti\u00e8res demeure une fonction r\u00e9galienne essentielle. Aucun \u00c9tat ne peut renoncer au contr\u00f4le de son territoire.<\/p>\n<p>Mais la s\u00e9curit\u00e9 ne peut constituer l\u2019unique r\u00e9ponse \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne aussi complexe.<\/p>\n<p>Il faut articuler quatre dimensions :<\/p>\n<p><strong>la s\u00e9curit\u00e9<\/strong>, pour lutter contre les r\u00e9seaux criminels et prot\u00e9ger les personnes ;<\/p>\n<p><strong>la diplomatie<\/strong>, pour organiser une coop\u00e9ration \u00e9quilibr\u00e9e avec les pays europ\u00e9ens et africains ;<\/p>\n<p><strong>le d\u00e9veloppement<\/strong>, pour r\u00e9duire les facteurs structurels de l\u2019exil ;<\/p>\n<p><strong>et la politique de jeunesse<\/strong>, pour restaurer la confiance et cr\u00e9er des perspectives.<\/p>\n<p>C\u2019est cette articulation qui peut transformer une politique de contr\u00f4le des flux en v\u00e9ritable politique migratoire.<\/p>\n<p><strong>Pour une nouvelle relation entre la jeunesse et la nation<\/strong><\/p>\n<p>La question fondamentale est finalement celle du contrat social.<\/p>\n<p>Un jeune ne devrait pas \u00eatre oblig\u00e9 de choisir entre rester dans son pays sans perspectives et risquer sa vie pour atteindre une autre rive.<\/p>\n<p>La libert\u00e9 de circuler et de d\u00e9couvrir le monde doit \u00eatre un choix, non une fuite.<\/p>\n<p>La migration peut \u00eatre une richesse lorsqu\u2019elle repose sur la mobilit\u00e9, la formation, l\u2019\u00e9change et le retour des comp\u00e9tences. Elle devient une trag\u00e9die lorsqu\u2019elle r\u00e9sulte du d\u00e9sespoir.<\/p>\n<p>Il faut donc reconstruire une relation de confiance entre l&rsquo;\u00c9tat et la jeunesse.<\/p>\n<p>Cela suppose moins de discours et davantage de r\u00e9sultats ; moins de slogans et davantage de politiques publiques ; moins de distance institutionnelle et davantage d&rsquo;\u00e9coute.<\/p>\n<p>La v\u00e9ritable ma\u00eetrise des fronti\u00e8res ne commence finalement pas aux postes de contr\u00f4le.<\/p>\n<p><strong>Elle commence dans la capacit\u00e9 d\u2019un pays \u00e0 donner \u00e0 sa jeunesse des raisons de croire en son propre avenir.<\/strong><\/p>\n<p>Un \u00c9tat qui prot\u00e8ge ses fronti\u00e8res prot\u00e8ge son territoire.<\/p>\n<p>Un \u00c9tat qui prot\u00e8ge l\u2019avenir de sa jeunesse prot\u00e8ge sa nation.<\/p>\n<p>Et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 l\u2019intersection de ces deux exigences \u2014 <strong>la ma\u00eetrise des fronti\u00e8res et la restauration de la confiance<\/strong> \u2014 que devrait d\u00e9sormais se situer le d\u00e9bat national sur la migration.<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Docteur khalid alayoud directeur centre des etudes et des recherches &#8211; ait mimoun &#8211; chtouka ait baha\u00a0<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Doc. Khalid Alayoud\u00a0 \/\/ Les \u00e9v\u00e9nements r\u00e9cents survenus autour des fronti\u00e8res marocaines invitent \u00e0 d\u00e9passer la lecture strictement s\u00e9curitaire de la migration. 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