{"id":213040,"date":"2026-07-31T12:16:21","date_gmt":"2026-07-31T11:16:21","guid":{"rendered":"https:\/\/agadirtoday.com\/?p=213040"},"modified":"2026-07-31T12:16:21","modified_gmt":"2026-07-31T11:16:21","slug":"lemigration-un-destin-du-maroc-ou-le-produit-dune-construction-historique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/agadirtoday.com\/?p=213040&lang=fr","title":{"rendered":"L&rsquo;\u00e9migration : Un destin du Maroc ou le produit d&rsquo;une construction historique ?"},"content":{"rendered":"<ul>\n<li><b>Khalid Alaayoud \/\/<\/b><\/li>\n<\/ul>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">L&rsquo;\u00e9migration constitue-t-elle une fatalit\u00e9 pour le Maroc ou le r\u00e9sultat d&rsquo;une trajectoire historique fa\u00e7onn\u00e9e par des choix politiques, \u00e9conomiques et sociaux ? Cette interrogation s&rsquo;impose avec force lorsque l&rsquo;on retrace l&rsquo;histoire des migrations marocaines depuis le d\u00e9but du XX\u1d49 si\u00e8cle jusqu&rsquo;aux d\u00e9parts clandestins contemporains qui continuent de marquer la soci\u00e9t\u00e9 marocaine.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">L&rsquo;\u00e9migration des populations du Souss vers la France ne fut jamais un simple ph\u00e9nom\u00e8ne spontan\u00e9. D\u00e8s les premi\u00e8res d\u00e9cennies du protectorat, elle s&rsquo;inscrivit dans une strat\u00e9gie coloniale visant \u00e0 r\u00e9pondre aux besoins de l&rsquo;\u00e9conomie fran\u00e7aise tout en affaiblissant les territoires r\u00e9put\u00e9s pour leur r\u00e9sistance \u00e0 la domination coloniale. La c\u00e9l\u00e8bre formule attribu\u00e9e au mar\u00e9chal Lyautey \u2013 selon laquelle \u00ab chaque jeune qui \u00e9migre repr\u00e9sente un fusil de moins face \u00e0 la France \u00bb \u2013 illustre cette logique politique. En parall\u00e8le, les transferts financiers des migrants contribu\u00e8rent \u00e0 int\u00e9grer progressivement les campagnes marocaines dans l&rsquo;\u00e9conomie coloniale, au d\u00e9triment d&rsquo;un mod\u00e8le agricole fond\u00e9 sur l&rsquo;autosuffisance.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Les travaux de John Ray, consacr\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9migration marocaine vers la France, rappellent notamment la note \u00e9mise par Lyautey en 1918 encourageant le recrutement de travailleurs marocains. De son c\u00f4t\u00e9, Justinard, dans ses \u00e9crits sur les Soussis install\u00e9s dans la r\u00e9gion parisienne, montre que cette mobilit\u00e9 \u00e9tait pens\u00e9e et organis\u00e9e bien avant de devenir un ph\u00e9nom\u00e8ne de masse.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Cette politique de recrutement atteignit son apog\u00e9e avec la figure embl\u00e9matique de <\/span><b>Mouga<\/b><span style=\"font-weight: 400;\">, recruteur charg\u00e9 de parcourir les march\u00e9s du sud marocain afin de s\u00e9lectionner les jeunes les plus robustes destin\u00e9s aux mines de charbon fran\u00e7aises. Derri\u00e8re la promesse d&rsquo;un Eldorado europ\u00e9en se cachait une r\u00e9alit\u00e9 faite de p\u00e9nibilit\u00e9, d&rsquo;humiliations et d&rsquo;exploitation. Les t\u00e9moignages recueillis aupr\u00e8s des anciens mineurs r\u00e9v\u00e8lent que beaucoup partirent dans l&rsquo;espoir d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 la pauvret\u00e9, mais d\u00e9couvrirent une existence marqu\u00e9e par la souffrance au fond des galeries mini\u00e8res.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Les recherches sociologiques consacr\u00e9es \u00e0 cette m\u00e9moire, notamment celles men\u00e9es aupr\u00e8s de l&rsquo;Association des anciens mineurs marocains du Nord de la France pr\u00e9sid\u00e9e par Abdellah Semmat, montrent que cette migration fut souvent v\u00e9cue comme une <\/span><b>\u00ab trahison du r\u00eave \u00bb<\/b><span style=\"font-weight: 400;\"> : le passage du village aux mines de charbon symbolisait moins l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 que l&rsquo;entr\u00e9e dans un univers de travail extr\u00eamement \u00e9prouvant.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Tous ceux qui partirent, qu&rsquo;ils aient choisi l&rsquo;\u00e9migration ou qu&rsquo;ils y aient \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9s par les circonstances, partagent un constat commun : la pauvret\u00e9 fut le principal moteur de leur d\u00e9part et la principale raison qui les conduisit \u00e0 accepter des formes de s\u00e9lection et de traitement portant atteinte \u00e0 leur dignit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">\u00c0 partir des ann\u00e9es 1980, le contexte migratoire change profond\u00e9ment. L&rsquo;Europe renforce progressivement ses fronti\u00e8res avec l&rsquo;espace Schengen. Le recrutement massif de main-d&rsquo;\u0153uvre laisse place \u00e0 une immigration s\u00e9lective privil\u00e9giant d\u00e9sormais les comp\u00e9tences, les qualifications et les profils hautement form\u00e9s. En d&rsquo;autres termes, si Mouga s\u00e9lectionnait autrefois les corps les plus solides, les politiques migratoires contemporaines privil\u00e9gient d\u00e9sormais les cerveaux les plus qualifi\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Parall\u00e8lement, la M\u00e9diterran\u00e9e devient le th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;une trag\u00e9die humaine sans pr\u00e9c\u00e9dent. Des milliers de jeunes Marocains disparaissent dans leur tentative de rejoindre l&rsquo;Europe. Cette transformation est remarquablement illustr\u00e9e par le titre de l&rsquo;ouvrage de l&rsquo;ancienne ministre et sociologue A\u00efcha Belarbi, <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Mer ou mar\u00e2tre<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, o\u00f9 la mer, autrefois symbole d&rsquo;espoir, devient une force destructrice qui engloutit les r\u00eaves et les vies.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Le paradoxe est aujourd&rsquo;hui saisissant. Alors que les exploitations agricoles marocaines recrutent une main-d&rsquo;\u0153uvre venue d&rsquo;Afrique subsaharienne puis du Bangladesh afin de r\u00e9pondre \u00e0 leurs besoins, des milliers de jeunes Marocains continuent de quitter leur pays pour travailler dans les exploitations agricoles d&rsquo;Andalousie, souvent dans des conditions pr\u00e9caires, marqu\u00e9es par la vuln\u00e9rabilit\u00e9 sociale, les atteintes \u00e0 la dignit\u00e9 et diverses formes de harc\u00e8lement.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Cette situation soul\u00e8ve une interrogation fondamentale : pourquoi les politiques publiques, le syst\u00e8me \u00e9ducatif, les partis politiques et les strat\u00e9gies de d\u00e9veloppement ne parviennent-ils plus \u00e0 convaincre une partie de la jeunesse que son avenir peut se construire au Maroc ? Pourquoi le projet migratoire appara\u00eet-il d\u00e9sormais plus cr\u00e9dible que le projet national ?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">R\u00e9pondre \u00e0 cette question suppose d&rsquo;aller au-del\u00e0 des seules explications \u00e9conomiques. Il devient indispensable de reconstruire un pacte de confiance entre l&rsquo;\u00c9tat et sa jeunesse, fond\u00e9 sur une \u00e9ducation de qualit\u00e9, la cr\u00e9ation d&#8217;emplois, la justice territoriale, la bonne gouvernance et une v\u00e9ritable participation citoyenne. Comme l&rsquo;a rappel\u00e9 Sa Majest\u00e9 le Roi Mohammed VI dans plusieurs de ses discours, le d\u00e9veloppement durable d&rsquo;une nation repose sur la d\u00e9mocratie, la responsabilit\u00e9 et la valorisation du capital humain.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Le Maroc dispose d&rsquo;immenses ressources humaines et d&rsquo;une jeunesse porteuse d&rsquo;espoir. Toutefois, restaurer la confiance exige des r\u00e9formes profondes capables de faire de l&rsquo;\u00e9migration un choix libre et non une n\u00e9cessit\u00e9 impos\u00e9e par le d\u00e9sespoir, la pr\u00e9carit\u00e9 ou l&rsquo;absence de perspectives. L&rsquo;avenir du pays d\u00e9pendra de sa capacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9concilier sa jeunesse avec son propre territoire et \u00e0 faire du Maroc un espace o\u00f9 le r\u00eave d&rsquo;avenir pourra enfin se construire sans qu&rsquo;il soit n\u00e9cessaire de prendre le chemin de l&rsquo;exil.<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Khalid Alaayoud \/\/ L&rsquo;\u00e9migration constitue-t-elle une fatalit\u00e9 pour le Maroc ou le r\u00e9sultat d&rsquo;une trajectoire historique fa\u00e7onn\u00e9e par des choix politiques, \u00e9conomiques et sociaux ? 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