{"id":196398,"date":"2026-01-30T06:44:30","date_gmt":"2026-01-30T05:44:30","guid":{"rendered":"https:\/\/agadirtoday.com\/?p=196398"},"modified":"2026-01-30T06:44:30","modified_gmt":"2026-01-30T05:44:30","slug":"la-mer-au-loin-de-said-hamich-nour-une-odyssee-de-la-lumiere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/agadirtoday.com\/?p=196398&lang=fr","title":{"rendered":"\u00ab La mer au loin \u00bb de Said Hamich .. Nour : Une Odyss\u00e9e de la Lumi\u00e8re"},"content":{"rendered":"<ul>\n<li>Par Mohammed Bakrim \/\/<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>Entre le d\u00e9racinement et la qu\u00eate de soi, le dernier film de Sa\u00efd Hamich, <em>La Mer au loin<\/em>, s\u2019impose comme une \u0153uvre d\u2019une rare densit\u00e9 symbolique. \u00c0 travers le parcours de Nour, jeune migrant traversant la d\u00e9cennie 1990, le critique Mohammed Bakrim nous propose une lecture lumineuse et mythologique du r\u00e9cit. Du d\u00e9pouillement de l&rsquo;exil \u00e0 la \u00ab\u00a0catharsis\u00a0\u00bb vestimentaire, on d\u00e9couvre comment un simple pull clair, dans la sc\u00e8ne finale, devient l&rsquo;\u00e9tendard d&rsquo;une dignit\u00e9 retrouv\u00e9e et le point final d&rsquo;une odyss\u00e9e moderne.<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li>La grammaire du regard : de l&rsquo;ouverture \u00e0 la cl\u00f4ture<\/li>\n<\/ul>\n<p>Il existe un exercice liminaire, \u00e0 vis\u00e9e p\u00e9dagogique, que je pratique avec mes \u00e9tudiants pour aborder un film en tant que r\u00e9cit cin\u00e9matographique. Il consiste \u00e0 op\u00e9rer un parall\u00e8le dramatique (le sc\u00e9nario) et esth\u00e9tique (la mise en sc\u00e8ne) entre la s\u00e9quence d\u2019ouverture et la s\u00e9quence de cl\u00f4ture. De cette confrontation, on peut d\u00e9gager les \u00e9l\u00e9ments d\u2019une analyse qui permettrait de saisir, par exemple, l\u2019\u00e9volution du personnage et les dispositifs filmiques qui mat\u00e9rialisent cette m\u00e9tamorphose \u2014 ou son absence.<\/p>\n<p>Le dernier opus de Sa\u00efd Hamich, <em>La Mer au loin<\/em>, nous en offre une illustration \u00e9loquente. \u00c0 l\u2019ouverture, nous d\u00e9couvrons, en effet, Nour, figure solitaire sur un navire \u2014 un \u00ab harrag \u00bb franchissant le d\u00e9troit m\u00e9diterran\u00e9en. La sc\u00e8ne finale, introduite par le geste gracieux d\u2019une porte qui s\u2019ouvre, le d\u00e9peint p\u00e9n\u00e9trant dans l\u2019intimit\u00e9 d\u2019une f\u00eate, s\u2019agr\u00e9geant naturellement \u00e0 une assembl\u00e9e de visages d\u00e9sormais familiers.<\/p>\n<p>Peut-on parler de progression ? Un d\u00e9tail, aussi sobre que s\u00e9mantiquement dense, vient corroborer cette th\u00e8se. C\u2019est un indice visuel li\u00e9 au vestimentaire de Nour quand on le voit, fait rarissime dans le r\u00e9cit, \u00a0porter un v\u00eatement \u2014 un tricot \u2014 aux nuances claires, presque immacul\u00e9es.<\/p>\n<ul>\n<li>Nour, une figure ulyss\u00e9enne<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ce basculement m\u2019a conduit, d\u00e8s mon second visionnage, \u00e0 \u00e9tablir une corr\u00e9lation entre Nour non seulement comme personnage principal mais comme figure mythologique. <em>La Mer au loin<\/em> d\u00e9ploie un mat\u00e9riau audiovisuel et dramatique d\u2019une telle \u00e9paisseur qu\u2019il \u00e9rige Nour en incarnation contemporaine du <strong>h\u00e9ros ulyss\u00e9en<\/strong>. Il est celui qui se d\u00e9bat entre les forces de l\u2019int\u00e9gration constructive et les ab\u00eemes de la d\u00e9liquescence.<\/p>\n<p>La pertinence de cette analogie s\u2019ancre d\u00e8s le g\u00e9n\u00e9rique : la qu\u00eate d\u2019une patrie. \u00c0 l\u2019instar d\u2019Ulysse errant dix ans durant vers Ithaque, Nour inaugure son p\u00e9riple par l\u2019\u00e9preuve de la mer. Mais dans ce mythe moderne, Ithaque n\u2019est plus la terre originelle ; elle est l\u2019horizon d\u2019une appartenance \u00e0 conqu\u00e9rir. Chez Hamich, la mer n&rsquo;est pas qu&rsquo;une g\u00e9ographie, c&rsquo;est un isthme scindant l\u2019ancienne identit\u00e9 de la nouvelle.<\/p>\n<ul>\n<li>La dialectique de l&rsquo;exil : \u00c9ros et Thanatos<\/li>\n<\/ul>\n<p>Pour d\u00e9velopper cet ancrage dans la mythologie, je propose une hypoth\u00e8se de lecture s\u2019inspirant du paradigme <strong>\u00c9ros<\/strong> (pulsion de vie) versus <strong>Thanatos<\/strong> (pulsion de mort) comme structure du r\u00e9cit.<\/p>\n<p>On ne peut alors ne pas relever que \u00c9ros se cristallise dans la musique Ra\u00ef, employ\u00e9e ici comme une oraison, un talisman qui insuffle \u00e0 Nour la force de pers\u00e9v\u00e9rer. Le r\u00f4le de la femme, en l\u2019occurrence No\u00e9mie, vecteur \u00e9rotique qui tente de suturer les lambeaux d\u2019une \u00e2me d\u00e9chir\u00e9e par la clandestinit\u00e9.<\/p>\n<p>Par contre Thanatos se d\u00e9ploie \u00e0 travers des signes souvent implicites, indirects je pense \u00e0 la sc\u00e8ne forte au commissariat avec l\u2019autodaf\u00e9 du passeport \u2014 une perte de l\u2019identit\u00e9 originelle \u2014 et le moment \u00e0 forte charge \u00e9motionnelle et symbolique avec l\u2019annonce \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 de l\u2019assassinat de Cheb Hasni, qui marque une rupture dans l\u2019\u00e9lan collectif des exil\u00e9s.<\/p>\n<p>Le paroxysme de la trag\u00e9die survient lors du retour \u00e0 Oujda : Nour y constate qu\u2019il est devenu un \u00e9tranger sur sa propre terre. Le h\u00e9ros demeure captif d\u2019un entre-deux, entre une France qui lui refuse ses titres et un Maroc qui n\u2019est plus cette \u00ab\u00a0Ithaque\u00a0\u00bb de d\u00e9part mais un lieu de rupture d\u2019abord sentimentale avec la m\u00e8re d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et ses premi\u00e8res amours de jeunesse au nom symbolique \u00ab\u00a0Hanane\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019une des belles trouvailles du sc\u00e9nario, le choix du pr\u00e9nom \u00ab Nour \u00bb (Lumi\u00e8re). Un \u00ab\u00a0signifiant\u00a0\u00bb sans \u00ab\u00a0signifi\u00e9\u00a0\u00bb. Durant tout le film, en effet, le h\u00e9ros \u00e9volue plut\u00f4t dans la grisaille des marges (beaucoup de sc\u00e8nes de nuit, de lieux ferm\u00e9s-clos, et portant des couleurs sombres, reflets d&rsquo;une \u00ab mort symbolique \u00bb.<\/p>\n<p>Quand on le d\u00e9couvre dans la s\u00e9quence finale, ouvrant cette porte et acc\u00e9dant \u00e0 cette f\u00eate avec son pull blanc, \u00a0on peut dire que l\u2019on assiste une renaissance. Nouveau look nouvelle identit\u00e9. Ici, l\u2019anthroponyme (Nour) et l\u2019apparence (la clart\u00e9) fusionnent enfin. Dans la trag\u00e9die grecque, le h\u00e9ros acc\u00e8de au stade de la <strong>catharsis<\/strong>. Ce blanc symbolise une puret\u00e9 reconquise. Si le visage de Nour garde les stigmates du temps, le v\u00eatement t\u00e9moigne pour lui : c\u2019est l\u2019apaisement trouv\u00e9 au terme du conflit. Ulysse retrouve son Ithaque\u00a0; No\u00e9mie \u2013 Ath\u00e9na a r\u00e9ussi son \u0153uvre de m\u00e9tamorphose. Nour n\u2019est plus cet \u00ab objet \u00bb ballott\u00e9 par les courants ; il est devenu un \u00ab sujet \u00bb rayonnant de sa propre lumi\u00e8re.<\/p>\n<p>J\u2019aime souvent dire que c\u2019est le film qui \u00ab\u00a0\u00e9crit\u00a0\u00bb\u00a0sa critique. La r\u00e9ussite du nouveau film de Said Hamich est de motiver des lectures plurielles au-del\u00e0 du cr\u00e9neau sociologique qui a longtemps constitu\u00e9, l\u2019horizon critique des films sur la migration. Il fonctionne ainsi comme une \u0153uvre ouverte de ce film o\u00f9 le sens (le plaisir) ne se d\u00e9cline pas comme un chemin, mais comme un cheminement o\u00f9 le r\u00e9cepteur n\u2019est pas d\u2019embl\u00e9e assign\u00e9 \u00e0 r\u00e9sidence.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Mohammed Bakrim \/\/ Entre le d\u00e9racinement et la qu\u00eate de soi, le dernier film de Sa\u00efd Hamich, La Mer au loin, s\u2019impose comme une \u0153uvre d\u2019une rare densit\u00e9 symbolique. \u00c0 travers le parcours de Nour, jeune migrant traversant la d\u00e9cennie 1990, le critique Mohammed Bakrim nous propose une lecture lumineuse et mythologique du r\u00e9cit. &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":8,"featured_media":196399,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"googlesitekit_rrm_CAowteS_DA:productID":"","footnotes":"","iawp_total_views":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[144],"tags":[42631,42633],"jetpack_publicize_connections":[],"lang":"fr","translations":{"fr":196398},"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/agadirtoday.com-2026-01-30_06-44-22_407592.jpeg?fit=600%2C315&ssl=1","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/peJLke-P5I","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_likes_enabled":false,"jetpack-related-posts":[],"pll_sync_post":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/196398"}],"collection":[{"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/8"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=196398"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/196398\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":196400,"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/196398\/revisions\/196400"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/196399"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=196398"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=196398"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=196398"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}