{"id":177813,"date":"2025-05-16T15:14:42","date_gmt":"2025-05-16T14:14:42","guid":{"rendered":"https:\/\/agadirtoday.com\/?p=177813"},"modified":"2025-05-16T15:14:42","modified_gmt":"2025-05-16T14:14:42","slug":"no-other-land-de-basel-adra-et-yval-abraham-la-terre-la-camera-et-le-bulldozer","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/agadirtoday.com\/?p=177813&lang=fr","title":{"rendered":"No other land de Basel Adra et Yval Abraham .. La terre, la cam\u00e9ra et le bulldozer"},"content":{"rendered":"<ul>\n<li style=\"text-align: left;\"><strong>Mohamed Bakrim\/\/<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>Mine de rien, ce film d\u00e9barque dans le paysage cin\u00e9matographique comme un OVNI en ramenant moult interrogations sur des sujets qui sont au c\u0153ur du cin\u00e9ma aujourd\u2019hui. No other land interpelle en effet et cela au moins \u00e0 trois niveaux :\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>Que peuvent les images face \u00e0 un drame que subit toute une population que l\u2019on arrache \u00e0 sa terre et \u00e0 qui on confisque tout ce qui fait son identit\u00e9. Le film reposant \u00e0 sa mani\u00e8re la l\u00e9gitimit\u00e9 du cin\u00e9ma \u00e0 aborder des \u00e9v\u00e9nements historiques ou pr\u00e9sents dans le jeu d\u00e9licat du traitement entre spectacle et \u00e9thique.\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>Le film pose aussi la question du documentaire aujourd\u2019hui face \u00e0 la mutation que connaissent la production et la diffusion des images ; en d\u2019autres termes la question du dispositif et l\u2019identit\u00e9 m\u00eame du documentaire face au tsunami m\u00e9diatique.\u00a0\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>Et le film est travers\u00e9 explicitement ou en filigrane d\u2019enjeux politiques qui \u00e9manent du r\u00e9cit filmique (de sa mise en sc\u00e8ne) ; il est dans tous les cas le lieu d\u2019un regard in\u00e9dit sur un conflit majeur de notre temps.<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/agadirtoday.com-2025-05-16_15-13-48_245094.jpg?ssl=1\"><img data-attachment-id=\"177818\" data-permalink=\"https:\/\/agadirtoday.com\/?attachment_id=177818\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/agadirtoday.com-2025-05-16_15-13-48_245094.jpg?fit=768%2C442&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"768,442\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;1&quot;}\" data-image-title=\"IMG-20250516-WA0059\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/agadirtoday.com-2025-05-16_15-13-48_245094.jpg?fit=300%2C173&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/agadirtoday.com-2025-05-16_15-13-48_245094.jpg?fit=768%2C442&amp;ssl=1\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"aligncenter size-full wp-image-177818\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/agadirtoday.com-2025-05-16_15-13-48_245094.jpg?resize=768%2C442&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"768\" height=\"442\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/agadirtoday.com-2025-05-16_15-13-48_245094.jpg?w=768&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/agadirtoday.com-2025-05-16_15-13-48_245094.jpg?resize=300%2C173&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"(max-width: 768px) 100vw, 768px\" title=\"\" data-recalc-dims=\"1\"><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>Pr\u00e9cisons d\u2019abord que le film ne manque pas d\u2019originalit\u00e9, d\u00e9j\u00e0 dans son mode de production ; d\u2019un point de vue institutionnel, il est pr\u00e9sent\u00e9 comme un documentaire Palestino-norv\u00e9gien. <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>Dans son \u00e9criture et sa r\u00e9alisation, il est en effet l\u2019\u00e9manation d\u2019un collectif Palestino-isra\u00e9lien compos\u00e9 de militants palestiniens et isra\u00e9liens notamment Basel Adra et Yval Abraham que l\u2019on voit par ailleurs dans le film, agissant comme vecteur narratif. <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>Le film a eu tr\u00e8s vite, avant m\u00eame sa sortie en salles un accueil international largement positif avec l\u2019Oscar du meilleur documentaire et surtout le Grand Prix \u00e0 la Berlinale.\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>Il s\u2019ouvre par une s\u00e9quence nocturne \u00e9nigmatique qui peut se lire comme une parabole. On d\u00e9couvre un personnage dans son v\u00e9hicule qui avance dans la nuit (n\u2019est-ce pas la situation du spectateur face aux \u00e9v\u00e9nements dits du Moyen-Orient ?).<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong> Il est assailli de toutes parts de flux lumineux qui au lieu de rassurer cr\u00e9ent une atmosph\u00e8re d\u2019angoisse et de doute. Un faisceau de signes complexes qui renvoient \u00e0 la complexit\u00e9 de la situation politique qu\u2019il aborde. Un texto re\u00e7u augmente cette atmosph\u00e8re de suspense : un village est encercl\u00e9 par l\u2019arm\u00e9e. C\u2019est la nuit m\u00e9taphorique de la Palestine.\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>Deux informations majeures d\u2019embl\u00e9e : c\u2019est un personnage qui bouge ; et le r\u00f4le du t\u00e9l\u00e9phone.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>La s\u00e9quence suivante apporte, avec la lumi\u00e8re du jour, un \u00e9clairage sur ce qui sera le sujet du film. Le personnage se pr\u00e9sente \u00e0 nous dans une voix off qui va nous accompagner\/nous guider le long du r\u00e9cit.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong> Il s\u2019agit de Basel Adra, un jeune militant palestinien, de la r\u00e9gion frontali\u00e8re, Massafer Yatta entre la Cisjordanie et la Palestine occup\u00e9e. On comprend tr\u00e8s vite, que son arme de r\u00e9sistance est la cam\u00e9ra.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>Et c\u2019est une r\u00e9sistance qu\u2019il d\u00e9couvre d\u00e8s son enfance avec la premi\u00e8re arrestation de son p\u00e8re (r\u00f4le des images d\u2019archives). De ce point de vue, le film est la chronique de la douleur d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration : on voit cette agression que subit l\u2019innocence d\u00e8s l\u2019\u00e2ge de 5 ans puis \u00e0 7 ans et aujourd\u2019hui \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte. <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>Le film accompagne cette douleur de 2019 \u00e0 2023\u2026Il s\u2019arr\u00eate en octobre 2023 : des images terribles d\u2019une violence inou\u00efe vont clore le film.\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>Car le conflit et les heurs avec l\u2019arm\u00e9e d\u2019occupation ne datent pas d\u2019aujourd\u2019hui. Celle-ci (l\u2019arm\u00e9e) veut transformer cette r\u00e9gion, ces terres en zone militaire. <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>Du coup, plus d\u2019un millier de palestiniens sont expuls\u00e9s ou \u00ab d\u00e9plac\u00e9s \u00bb &#8211; cette expression horrible qui cache mal la trag\u00e9die que vivent les gens. Basel est un homme d\u2019images ; un jeune de son temps qui s\u2019accapare un outil \u2013 les r\u00e9seaux sociaux- que lui offre la modernit\u00e9 pour d\u00e9fendre sa cause symbolis\u00e9e par la terre. Avec les mots en vogue c\u2019est un \u00ab youtubeur \u00bb ; un influenceur.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong> Il filme la destruction progressive des villages de sa terre natale, dont les soldats isra\u00e9liens d\u00e9molissent les maisons et expulsent les habitants. Il filme surtout les gens ; sa famille ; ses voisins, les moments de confrontation. Sa cam\u00e9ra face au bulldozer. Tout un symbole.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong> Car les d\u00e9molitions ne parviennent pas \u00e0 \u00ab d\u00e9molir \u00bb la volont\u00e9. Les images du film disent cette r\u00e9sistance : on d\u00e9molit les maisons, les \u00e9coles\u2026les habitants reconstruisent de nuit dans la clandestinit\u00e9\u2026ou se r\u00e9fugient dans les grottes qu\u2019ils transforment en lieu de vie. Opposant l\u2019espoir, la joie de vivre \u00e0 la machine destructrice.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong> Les m\u00e8res magnifiques s\u2019occupent de la famille, des animaux domestiques (un plan rapide mais \u00e9loquent du chaton \u00e0 qui une maman donne \u00e0 boire au sein de la grotte familiale !), et participent aux manifestations.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong> La meilleure r\u00e9sistance que les images captent avec empathie est illustr\u00e9e par la joie de vivre et d\u2019apprendre qui \u00e9mane des enfants : ils sont beaux, avec de grands yeux qui sont, \u00e0 eux seuls, la promesse d\u2019un autre avenir. D\u2019une utopie.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>Un autre avenir qui se dessine avec l\u2019amiti\u00e9 qui lie Basel avec Yuval, un journaliste isra\u00e9lien qui l&rsquo;aide dans son combat, engag\u00e9 lui-m\u00eame dans un projet d\u2019opposition \u00e0 ce que subissent les populations civiles palestiniennes. <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>Il vient de la ville voisine qui porte le nom isra\u00e9lien de Beer-Shev\u2019a. Son arriv\u00e9e cr\u00e9e une contradiction porteuse d\u2019interrogations et d\u2019espoir.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong> Il est chaleureusement accueilli par la famille de Basel (sauf un petit enfant qui refuse de le saluer et se contente de le regarder d\u2019une mani\u00e8re \u00e9trange donnant au film un joli moment de tension) et il est boscul\u00e9 par les soldats.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong> Mais son malaise est plut\u00f4t int\u00e9rieur. Bizarrement, c\u2019est Basel qui appara\u00eet plus serein que lui. Fataliste certainement. Yuval s\u2019inqui\u00e8te du nombre limit\u00e9 des r\u00e9actions \u00e0 ces textes de d\u00e9nonciation ; Basel, qui en a vu d\u2019autres lui reproche ce d\u00e9sespoir \u00e9manant de son impatience.\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>Leur \u00e9change, leur silence ; leurs rencontres furtives mais profondes dessinent en filigrane la dimension politique du film et expliquent certainement les r\u00e9actions contrast\u00e9es qu\u2019il a suscit\u00e9es. <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>Les Ultras du sionisme y voient d\u00e9j\u00e0 une \u0153uvre antis\u00e9mite. Hollywood l\u2019a r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 pour redorer son blason lib\u00e9ral et l\u2019int\u00e9grer au syst\u00e8me de l\u2019industrie du spectacle mondial qu\u2019elle g\u00e8re m\u00eame si l\u2019acad\u00e9mie est rest\u00e9e longtemps silencieuse face aux ennuis subis par Basil Adra \u00e0 son retour chez lui.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong> Le film dit en effet que l\u2019issue strat\u00e9gique ne peut \u00eatre que dans une Palestine historique ouverte \u00e0 une coexistence de toutes ses communaut\u00e9s. Je le vois notamment \u00e0 travers un clin d\u2019\u0153il implicite et intelligent au pr\u00e9c\u00e9dent historique que constitue l\u2019Afrique du sud.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>Il y a en effet toute une s\u00e9quence du film qui d\u00e9crit le syst\u00e8me d\u2019apartheid que g\u00e9n\u00e8re l\u2019occupation avec la distinction de couleurs (jaune versus vert) qui d\u00e9termine le droit des uns et des autres \u00e0 circuler : le \u00ab vert \u00bb des Palestiniens les enferme dans un ghetto et le \u00ab jaune \u00bb des occupants leur ouvre tout le territoire !<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>Le film est aussi &#8211; et je dirais presque avant tout &#8211; une proposition cin\u00e9matographique, autour de la question du documentaire. D\u2019un point de vue th\u00e9orique, si je veux l\u2019aborder \u00e0 partir de la classification \u00e9tablie par Bill Nichols (le th\u00e9oricien am\u00e9ricain du documentaire), je dirai que No Other land s\u2019inscrit dans le mode \u00ab r\u00e9flexif \u00bb ; c\u2019est-\u00e0-dire que le film se refl\u00e8te sur lui-m\u00eame : le cin\u00e9aste est \u00e0 la fois auteur et personnage. L\u2019instance d\u2019\u00e9nonciation s\u2019observe elle-m\u00eame en action.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>Une confirmation d\u2019une tendance qui caract\u00e9rise le documentaire contemporain. Au lieu d\u2019aller filmer le lointain (tendance historique du documentaire depuis son fondateur Falherty), on filme le proche ; les sujets de proximit\u00e9 (l\u2019intime, la famille) dans ce sens j\u2019ai envie de parler du documentaire-selfie : le sujet historique passe d\u2019abord par le regard du sujet individuel.\u00a0\u00a0<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mohamed Bakrim\/\/ Mine de rien, ce film d\u00e9barque dans le paysage cin\u00e9matographique comme un OVNI en ramenant moult interrogations sur des sujets qui sont au c\u0153ur du cin\u00e9ma aujourd\u2019hui. 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