{"id":177091,"date":"2025-05-09T19:13:36","date_gmt":"2025-05-09T18:13:36","guid":{"rendered":"https:\/\/agadirtoday.com\/?p=177091"},"modified":"2025-05-10T09:00:50","modified_gmt":"2025-05-10T08:00:50","slug":"visages-en-mouvement-regards-effaces-autour-du-singulier-du-pluriel-de-mustapha-belkadi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/agadirtoday.com\/?p=177091&lang=fr","title":{"rendered":"Visages en mouvement, regards effac\u00e9s: autour du \u00ab Singulier du pluriel \u00bb de Mustapha Belkadi"},"content":{"rendered":"<ul>\n<li style=\"text-align: left;\"><strong>Par : Mohamed El omary\/\/<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>Rabat, 9 mai, \u00c0 la galerie de la Fondation Mohammed VI, l\u2019artiste peintre Mustapha Belkadi inaugure aujourd\u2019hui son exposition intitul\u00e9e le singulier du pluriel.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>Une \u0153uvre profond\u00e9ment enracin\u00e9e dans l\u2019imaginaire populaire marocain, qui interpelle autant par sa forme que par sa port\u00e9e symbolique. <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>Trois tableaux, en apparence similaires, forment un triptyque vivant et presque sonore : des groupes de musiciens populaires (chanteurs, joueurs de luth, de bendir, de violon) s\u2019animent dans un espace qui c\u00e9l\u00e8bre la collectivit\u00e9.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>Pourtant, au-del\u00e0 de la musicalit\u00e9 des sc\u00e8nes, ce sont les visages, leurs expressions et leurs absences qui parlent le plus fort.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Un proverbe marocain dit : \u00ab Celui qui danse ne cache pas son visage. C\u2019est ce proverbe qui r\u00e9sonne comme une cl\u00e9 de lecture essentielle de cette exposition. Car dans l\u2019univers de Belkadi, le geste artistique est un d\u00e9voilement.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong> Ceux qui chantent, qui jouent, qui animent le monde par la musique, se donnent \u00e0 voir sans retenue.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong> Leurs traits sont nets, expressifs, pleins d\u2019une humanit\u00e9 charnelle. Le visage, ici, est l\u2019outil par lequel passe l\u2019\u00e9motion du collectif, le lien au monde, la reconnaissance sociale.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>Mais il y a, en contrepoint, une autre s\u00e9rie de repr\u00e9sentations que Belkadi a explor\u00e9e dans ses \u0153uvres : celle des femmes dont les yeux, parfois tout le visage, sont recouverts de voiles \u00e9pais, d\u2019habits lourds, d\u2019opacit\u00e9s visuelles. <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>Dans ces toiles-l\u00e0, le silence est dominant. Le v\u00eatement ne prot\u00e8ge plus, il efface. <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>Il enferme les femmes dans un anonymat si radical qu\u2019il en devient une forme d\u2019inexistence symbolique. L\u2019individualit\u00e9 est dissoute, l\u2019identit\u00e9 est neutralis\u00e9e, la parole est absorb\u00e9e par le tissu.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>Il y a l\u00e0 une tension fondamentale que Belkadi met en lumi\u00e8re : entre l\u2019exposition de soi, comme acte de reconnaissance sociale (\u00e0 travers l\u2019art, la musique, la parole) et l\u2019effacement de soi, impos\u00e9 ou int\u00e9rioris\u00e9, qui fait du corps une absence.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong> En choisissant le titre le singulier du pluriel, l\u2019artiste rappelle que m\u00eame dans la foule, m\u00eame dans le groupe, l\u2019individu cherche \u00e0 exister. <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>Mais toutes les individualit\u00e9s ne sont pas log\u00e9es \u00e0 la m\u00eame enseigne. Il y a ceux qui osent se montrer, et ceux qu\u2019on emp\u00eache d\u2019appara\u00eetre.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>Belkadi ne moralise pas. Il documente. Il fait appara\u00eetre la joie, la musique, les couleurs \u00e9clatantes d\u2019un Maroc pluriel, mais aussi les non-dits, les exclusions douces, les formes d\u2019invisibilisation ordinaires. <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>Son art devient alors un espace d\u2019interpellation sociale : pourquoi certains visages sont-ils permis et d\u2019autres interdits ? <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>Pourquoi certains corps sont-ils c\u00e9l\u00e9br\u00e9s dans l\u2019espace public, tandis que d\u2019autres y sont effac\u00e9s?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>En donnant \u00e0 voir des musiciens, souvent modestes, mais dont les visages sont pleinement pr\u00e9sents, Belkadi oppose une po\u00e9tique de la visibilit\u00e9 \u00e0 une politique de l\u2019effacement.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong> L\u2019artiste nous invite, peut-\u00eatre, \u00e0 repenser les formes de pr\u00e9sence et d\u2019absence dans nos soci\u00e9t\u00e9s.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong> \u00c0 reconna\u00eetre les visages avant qu\u2019ils ne disparaissent.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par : Mohamed El omary\/\/ Rabat, 9 mai, \u00c0 la galerie de la Fondation Mohammed VI, l\u2019artiste peintre Mustapha Belkadi inaugure aujourd\u2019hui son exposition intitul\u00e9e le singulier du pluriel. 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