{"id":165142,"date":"2024-12-04T07:32:35","date_gmt":"2024-12-04T06:32:35","guid":{"rendered":"https:\/\/agadirtoday.com\/?p=165142"},"modified":"2024-12-04T07:33:12","modified_gmt":"2024-12-04T06:33:12","slug":"festival-international-du-film-marrakech-la-maison-et-le-monde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/agadirtoday.com\/?p=165142&lang=fr","title":{"rendered":"Festival international du film: Marrakech, la maison et le monde"},"content":{"rendered":"<ul>\n<li style=\"text-align: left;\">Mohammed Bakrim\/\/<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: left;\">Le festival vogue en plein oc\u00e9an d\u2019images et d\u2019\u00e9toiles, atteignant sa vitesse de croisi\u00e8re au rythme des projections qui suscitent des r\u00e9actions vari\u00e9es. Certaines ont suscit\u00e9 des pol\u00e9miques surtout du c\u00f4t\u00e9 de la programmation marocaine mais le public est l\u00e0 faisant sienne cette magnifique manifestation du beau et de l\u2019intelligence.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Voici des fragments d\u2019impressions et de projets de lecture au fur et \u00e0 mesure des journ\u00e9es du festival.<\/p>\n<ul style=\"text-align: left;\">\n<li>Retour d\u2019abord sur la c\u00e9r\u00e9monie d\u2019ouverture. Pour cette 21\u00e8me \u00e9dition du Festival du film de Marrakech elle fut marqu\u00e9e par deux points: un contenu fort avec notamment une sympathique intervention du pr\u00e9sident du festival l\u2019italien Luca Guadignino. Un contenu fort dans une forme-mise en sc\u00e8ne sobre \u00e0 l\u2019image du rituel du tapis rouge lui-m\u00eame tr\u00e8s discret cette ann\u00e9e ; une humilit\u00e9 dans la prestation peut-\u00eatre parce que le monde va mal ; il n\u2019est pas \u00e0 la f\u00eate m\u00eame la pluie qui donnait un charme original au c\u00e9r\u00e9monial continue \u00e0 bouder nos cieux\u2026 Le choix du film d\u2019ouverture va dans le m\u00eame sens ; The order de Justin Kurzel (2024). Un bon thriller sur la qu\u00eate d\u2019un agent du FBI pour traquer un groupuscule quasi-terroriste qui d\u00e9fend la supr\u00e9matie de la race blanche. Le sc\u00e9nario est bas\u00e9 sur des faits r\u00e9els intervenus dans les ann\u00e9es 1980 au nord-ouest des Etats-unis. La mise en sc\u00e8ne efficace est travers\u00e9e de clins d\u2019\u0153il cin\u00e9philiques notamment Heat\u2026 mais la r\u00e9f\u00e9rence dominante renvoie \u00e0 Michael Cimino et son chef d\u2019\u0153uvre Deep hunter (1978) ; clin d\u2019\u0153il explicite pour dire peut-\u00eatre que le Vietnam n\u2019est pas celui du sud est asiatique et qu\u2019 il y a un\u00a0 \u00ab Vietnam \u00bb int\u00e9rieur avec une menace qui peut \u00e9maner du dysfonctionnement du syst\u00e8me lui-m\u00eame. La diff\u00e9rence entre les deux films r\u00e9side dans le fait que Cimino met en avant la dimension sociologique avec un hommage \u00e0 la classe ouvri\u00e8re avec les beaux plans sur l\u2019arri\u00e8re fond industriel et Kurtz met davantage l\u2019accent sur la dimension culturelle (r\u00f4le de l\u2019\u00e9glise entre autres)<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: left;\">\n<ul style=\"text-align: left;\">\n<li>Premier long m\u00e9trage de la comp\u00e9tition officielle du FIFM: The village next to paradise\u00a0 de Mo Harawe (Somalie): une esth\u00e9tique en symbiose avec son espace de r\u00e9f\u00e9rence, une po\u00e9tique du vide et du silence ;\u00a0 la menace dans le hors champ (les drones assassins qui sillonnent le ciel) l&rsquo;Afrique n&rsquo;a plus de r\u00eave \u00e0 raconter , des histoires tristes oui; peut-\u00eatre une chance avec les femmes&#8230;.et une enfance vierge de tout h\u00e9ritage<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: left;\">\n<ul style=\"text-align: left;\">\n<li>All we imagine de Payal Kapadia (Inde 2024 ; s\u00e9ance sp\u00e9ciale du FIFM) : un film choral dans l\u2019esprit et dans la lettre ; il y a d\u2019abord la ville Mumbai\u00a0 ville d\u2019ombre et de lumi\u00e8re qui impose une premi\u00e8re version de la dramaturgie\u00a0 et il y a trois femmes, trois r\u00e9cits et le d\u00e9sir comme moteur du drame :\u00a0 \u00ab D\u00e9sirer, c&rsquo;est construire un agencement, construire un ensemble ; le d\u00e9sir c&rsquo;est du constructivisme \u00bb, \u00e9crit Gilles Deleuze\u2026La jeune cin\u00e9aste indienne filme tout cela avec gr\u00e2ce en variant les registres, mobilisant la bande son et l\u2019\u00e9volution des couleurs\u2026 avec beaucoup de r\u00e9f\u00e9rences cin\u00e9philiques.<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: left;\">\n<ul style=\"text-align: left;\">\n<li>La mer au loin de Said Hamich (Maroc-France, 2024) : une immersion dans l\u2019univers cosmopolite de Marseille et les milieux de la migration maghr\u00e9bine ; un voyage multiculturel port\u00e9 par une bande-son riche, vari\u00e9e et \u00e9loquente. L\u2019approche, en effet, n\u2019est pas sociologique mais culturel \u00e0 travers la subjectivation du regard, celui de Noor. Noor\/lumi\u00e8re qui tente une reconstruction au-del\u00e0 des ruines l\u00e9gu\u00e9es par un monde qui se dit globalis\u00e9 mais travers\u00e9 de multiples \u00ab tribus \u00bb.\u00a0 Le r\u00e9cit d\u2019une vie racont\u00e9e en chapitres comme dans un livre ; le livre du destin qui fait croiser des vies au cheminement improbable. Des acteurs magnifiques et un Ayoub Gretaa d\u00e9j\u00e0 en pole position pour le prix d\u2019interpr\u00e9tation masculine<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: left;\">\n<ul style=\"text-align: left;\">\n<li>The wolves always come at night de Gabrielle Brady (Mongolie-Australie ; 2024) : on ne voit pas de loup mais on assite au d\u00e9sastre de leur passage. Tout est dans le hors champ ; comme cette mondialisation qui avance jusqu\u2019au c\u0153ur de ce d\u00e9sert de Gobi jadis imp\u00e9n\u00e9trable : comme les loups qui d\u00e9ciment le troupeau, la globalisation marchande finit par d\u00e9cimer un mode de vie celui des bergers nomades. Ceux-ci accul\u00e9s \u00e0 venir s\u2019installer dans la p\u00e9riph\u00e9rie urbaine. Toute une dramaturgie est ainsi configur\u00e9e par cette dichotomie de l\u2019espace ; des vastes \u00e9tendues des nomades aux bidonvilles de la population ouvri\u00e8re : de l\u2019horizontalit\u00e9 \u00e0 la verticalit\u00e9 ; de l\u2019ouverture \u00e0 la cl\u00f4ture\u2026 Une grammaire narrative qui transcende les genres, inscrit comme documentaire, le film prend les allures d\u2019une fiction (la direction d\u2019acteurs notamment) et qui n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 flirter avec le fantastique (les apparitions nocturnes de chevaux)<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: left;\">\n<ul>\n<li style=\"text-align: left;\">Les mille et un jour du Haj Edmond de Simone Bitton (Maroc ; 2024) : ou comment filmer l\u2019absence ? tel est le principal d\u00e9fi pour le portrait documentaire ; un exercice que connait tr\u00e8s bien la cin\u00e9aste marocaine pour l\u2019avoir pratiqu\u00e9 avec beaucoup de r\u00e9ussite\u00a0 (voir notamment Benbarka, l\u2019\u00e9quation marocaine ; 2002). Aujourd\u2019hui, Simone Bitton propose, dans la m\u00eame veine un documentaire sur une autre figure embl\u00e9matique du Maroc moderne, un intellectuel engag\u00e9, un \u00e9crivain romancier, critique d\u2019art, Edmond Amran El Maleh (1917-2010) ; juif antisioniste ; marocain dans l\u2019\u00e2me et dans l\u2019esprit\u2026ancien membre du parti communiste, il est rest\u00e9 communiste dans sa vie de tous les jours, juif libre comme le dit le professeur Tozy dans le film ; proche des artistes, des \u00e9crivains, des politiques et au-dessus de tout des petites gens, de ce peuple du Maroc profond.\u00a0 Tout cela le film le restitue dans une d\u00e9marche qualifi\u00e9e par l\u2019auteure elle-m\u00eame de \u00ab simple \u00bb mais sinc\u00e8re ; nul dispositif tape l\u2019\u0153il mais un regard plein d\u2019empathie accompagn\u00e9 par les t\u00e9moignages des amis et des compagnons, d\u2019illustres intellectuels et artistes ( Chahid, Berrada, Tozy, Baida, Bourquia\u2026) aux anonymes de la vie quotidienne comme Lakbira (sa cuisini\u00e8re) qui porte bien son nom, pr\u00e9sente \u00e0 l\u2019affiche et premi\u00e8re \u00e0 l\u2019applaudim\u00e8tre lors de la projection du film. Un ultime clin d\u2019\u0153il au grand \u00e9crivain que le peuple d\u2019Essaouira appelait EL Haj Edmond.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mohammed Bakrim\/\/ Le festival vogue en plein oc\u00e9an d\u2019images et d\u2019\u00e9toiles, atteignant sa vitesse de croisi\u00e8re au rythme des projections qui suscitent des r\u00e9actions vari\u00e9es. Certaines ont suscit\u00e9 des pol\u00e9miques surtout du c\u00f4t\u00e9 de la programmation marocaine mais le public est l\u00e0 faisant sienne cette magnifique manifestation du beau et de l\u2019intelligence. 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