{"id":145236,"date":"2024-03-18T14:07:02","date_gmt":"2024-03-18T14:07:02","guid":{"rendered":"https:\/\/agadirtoday.com\/?p=145236"},"modified":"2024-03-18T14:07:02","modified_gmt":"2024-03-18T14:07:02","slug":"ayyur-de-zineb-wakrim-eloge-de-la-difference-esthetique-de-lalterite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/agadirtoday.com\/?p=145236&lang=fr","title":{"rendered":"Ayyur de Zineb Wakrim:\u00a0Eloge de la diff\u00e9rence, esth\u00e9tique de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9"},"content":{"rendered":"<ul>\n<li><span style=\"font-weight: 400;\">Mohammed Bakrim<\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>\u00ab<i>La beaut\u00e9 est dans les yeux de celui qui regarde<\/i>\u00bb<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>\u00a0Oscar Wilde<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Comment aller vers l\u2019autre sans verser dans le clich\u00e9, l\u2019exotisme ou le voyeurisme. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Des questions qui ont hant\u00e9 l\u2019anthropologie mais qui nourrissent \u00e9galement l\u2019horizon de la cr\u00e9ation artistique.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-weight: 400;\"> Avec le film\/court m\u00e9trage, Ayyur, de Zineb Wakrim, prim\u00e9 \u00e0 Cannes (troisi\u00e8me Prix de la Cinef, 2023) l\u2019autre se pose aussi comme une question fondamentalement esth\u00e9tique. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Donc quelque part \u00e9thique aussi. Comment, en effet, filmer l\u2019autre dans sa diff\u00e9rence. Filmer le corps dans son alt\u00e9rit\u00e9 extr\u00eame, celle de l\u2019\u00e9tranget\u00e9. Ce n\u2019est pas seulement une question d\u2019angle, d\u2019\u00e9chelle de plans mais plut\u00f4t de regard.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-weight: 400;\">\u00a0Wakrim a choisi d\u2019aborder dans son film un cas sp\u00e9cifique, celui de deux adolescents (14 ans), amazighs, Samad et Hasna, atteints d\u2019une maladie rare qui les rend hypersensibles \u00e0 la lumi\u00e8re du jour.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-weight: 400;\"> Pour \u00e9viter toute exposition au soleil, on les voit dans une sc\u00e8ne se pr\u00e9parer \u00e0 sortir comme des \u00ab\u00a0astronautes\u00a0\u00bb\u00a0: couverts de la t\u00eate aux pieds et portant un scaphandre. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Un cas clinique qui est d\u00e9j\u00e0 un d\u00e9fi pour le cin\u00e9ma qui est un art de la lumi\u00e8re. Comment les filmer dans leur intimit\u00e9, dans leur quotidien sans bousculer un r\u00e9gime de vie hyper fragile ? tout un programme<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">! <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-weight: 400;\">La r\u00e9ussite du film est d\u2019avoir su \u00e9viter deux \u00e9cueils\u00a0: verser dans une d\u00e9marche documentaire, didactique, explicative (tendance t\u00e9l\u00e9vision) ou pire encore, chercher \u00e0 capter le sensationnel (tendance r\u00e9seaux sociaux). <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-weight: 400;\">D\u00e8s le titre en amazigh, Ayyur, le film instaure son horizon artistique et esth\u00e9tique. Les deux enfants offrent au r\u00e9cit une piste qu\u2019il va approfondir et dont il fera son choix d\u2019\u00e9criture. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-weight: 400;\">On d\u00e9couvre en effet \u00e0 tour de r\u00f4le les deux enfants, dans une chambre o\u00f9 ils se livrent \u00e0 leur activit\u00e9 pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e\u00a0: dessiner, d\u00e9couper et monter des figures. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-weight: 400;\">La cam\u00e9ra arrive en ce lieu non pas en intrus mais en compagnon qui s\u2019int\u00e8gre sans agression \u00e0 cet espace fragile. Des informations nous sont donn\u00e9es \u00e0 partir de la captation discr\u00e8te d\u2019indices\u00a0; par exemple sur le niveau social de la famille modeste\u00a0: chambre exigu\u00eb, murs d\u00e9labr\u00e9s\u2026et une position marginalis\u00e9e du poste de t\u00e9l\u00e9vision, perch\u00e9 haut dans un coin du mur.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-weight: 400;\"> Ecran allum\u00e9 mais auquel on jette \u00e0 peine un regard. Les enfants, Hasna et Samad s\u2019occupent dans le jeu des formes et des couleurs.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-weight: 400;\"> Ils font de la peinture. Samad signe son tableau et l\u2019affiche fi\u00e8rement sur son mur\u00a0: la beaut\u00e9 vient transcender le r\u00e9el d\u00e9risoire. Un geste qui est une mise en abyme du geste de la cin\u00e9aste elle-m\u00eame. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-weight: 400;\">C\u2019est tout le programme narratif du film qui est ainsi d\u00e9clin\u00e9e m\u00e9taphoriquement : quand le mot fin va venir clore le r\u00e9cit c\u2019est le tableau qui est achev\u00e9! <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Le film les suit dans cette d\u00e9marche artistique : on ne fera pas de la t\u00e9l\u00e9vision mais du cin\u00e9ma. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Et Zineb offre \u00e0 ses deux protagonistes une peinture en mouvement : jeu de couleurs, alternance noir et blanc, int\u00e9rieur ext\u00e9rieur, jeu de clair-obscur : plans larges lumineux. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-weight: 400;\">La plasticit\u00e9 des plans fonctionne comme op\u00e9rateur dramaturgique. Nous quittons \u00ab l\u2019objectivit\u00e9 \u00bb documentaire pour la subjectivit\u00e9 de l\u2019artiste cin\u00e9aste (Zineb Wakrim aime aussi peindre), pour inventer avec ses personnages un univers qui d\u00e9croche du r\u00e9alisme et qui surtout remet en question les canons classiques de la beaut\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-weight: 400;\"> Wakrim aime citer Tarkovski ; on voit dans son film un joli plan d\u2019un arbre secou\u00e9 par un vent l\u00e9ger, \u00e0 comprendre comme un clin d\u2019\u0153il au ma\u00eetre! <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Pour ma part, j\u2019aimerais citer David Lynch avec une \u0153uvre qui suscite la surprise, l\u2019\u00e9tonnement devant des corps diff\u00e9rents comme dans Ayyur, voir susciter un choc. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Faire de cette \u00e9tranget\u00e9 le pont vers l\u2019humanit\u00e9 r\u00e9elle. Acc\u00e9der par l\u2019art \u00e0 cette humanit\u00e9 sans se fourvoyer. C\u2019est aussi un clin d\u2019\u0153il qui interroge un art, le cin\u00e9ma qui a fait son succ\u00e8s sur un syst\u00e8me de la beaut\u00e9 avec un corps \u00ab id\u00e9alis\u00e9 \u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-weight: 400;\"> Ayyur introduit de la relativit\u00e9 dans cette appr\u00e9ciation et nous am\u00e8ne \u00e0 porter un autre regard sur le corps diff\u00e9rent dit \u00ab \u00e9trange \u00bb ; \u00e0 interroger son potentiel esth\u00e9tique, son pouvoir de fascination. Ce faisant on ouvre notre horizon, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019art, \u00e0 une alt\u00e9rit\u00e9 f\u00e9d\u00e9ratrice.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-weight: 400;\">\u00a0Jeu de couleurs, mise en sc\u00e8ne cin\u00e9matographique mais \u00e9galement beaucoup de po\u00e9sie. Le film est port\u00e9 par deux figures tut\u00e9laires : Tarkovski, pour ses plans quasi mystiques, son hors-champ sonore riche de significations<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Mais aussi Fourough Farrokhzad, la po\u00e9tesse et cin\u00e9aste iranienne dont des extraits de po\u00e8mes traduits en amazigh scandent le r\u00e9cit et dits dans une belle voix en off. Un film en prose po\u00e9tique.\u00a0<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mohammed Bakrim &nbsp; \u00abLa beaut\u00e9 est dans les yeux de celui qui regarde\u00bb \u00a0Oscar Wilde Comment aller vers l\u2019autre sans verser dans le clich\u00e9, l\u2019exotisme ou le voyeurisme. Des questions qui ont hant\u00e9 l\u2019anthropologie mais qui nourrissent \u00e9galement l\u2019horizon de la cr\u00e9ation artistique. 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