{"id":141421,"date":"2024-02-03T18:55:08","date_gmt":"2024-02-03T17:55:08","guid":{"rendered":"https:\/\/agadirtoday.com\/?p=141421"},"modified":"2024-02-03T18:58:49","modified_gmt":"2024-02-03T17:58:49","slug":"les-meutes-de-kamal-lazrak-la-nuit-leur-appartient","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/agadirtoday.com\/?p=141421&lang=fr","title":{"rendered":"Les meutes de Kamal Lazrak .. La nuit leur appartient"},"content":{"rendered":"<ul>\n<li><span style=\"font-weight: 400;\">Mohammed Bakrim \/\/<\/span><\/li>\n<\/ul>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><i>\u00abUne \u0153uvre ne peut \u00eatre politiquement juste qu\u2019\u00e0 condition qu\u2019elle soit esth\u00e9tiquement juste\u00bb <\/i>Brecht<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">\u00a0Ouverture au noir. Le noir des t\u00e9n\u00e8bres. Comme pour dire que le r\u00e9cit \u00e9mane d\u2019une profondeur. Il vient de loin\u00a0; de la nuit des temps. Le temps avant que l\u2019humanit\u00e9 devienne humanit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\"> Le temps des meutes, des hordes sauvages. Des tribus\/ des gangs. Le temps des chiens. Des chiens entre eux. Des hommes et des chiens. La bande-son donne le ton\u00a0; celui de la violence que vient confirmer la bande-image.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\"> Les images d\u2019un combat f\u00e9roce. Violence que vient confirmer la suite des \u00e9v\u00e9nements. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Casablanca, la nuit. La nuit des chiens. La nuit des gangs, des losers, des fant\u00f4mes et des d\u00e9chets. Les meutes, c\u2019est le film de la nuit qui leur appartient.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Du m\u00eame coup, cette ouverture est une autre confirmation. Kamal Lazrak confirme son choix originel\u00a0: il aime filmer la nuit. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Il aime filmer la ville la nuit. Il aime les chiens. Les chiens victimes des hommes. Des hommes victimes d\u2019autres hommes\u00a0; victimes de la ville. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Une ville qui n\u2019est pas la cit\u00e9 car en de\u00e7\u00e0 de l\u2019urbanit\u00e9. Le film a aussi une autre ambition\u00a0; celle de s\u2019inscrire dans le cin\u00e9ma \u00e0 travers la grande tradition du genre. A travers une historicit\u00e9 cin\u00e9phile. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Il y a du James Gray, du Nabil Ayouch, du Lakhmari dans ce premier long m\u00e9trage s\u00e9duisant de Kamal Lazrak. S\u00e9duisant car port\u00e9 par une mise en sc\u00e8ne efficace et un casting original.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Cependant question genre, peut-\u00eatre qu\u2019il est utile de pr\u00e9ciser d\u2019embl\u00e9e que contrairement \u00e0 ce qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit ici et l\u00e0 Les meutes n\u2019est pas un polar.\u00a0<\/span><\/p>\n<figure id=\"attachment_141422\" aria-describedby=\"caption-attachment-141422\" style=\"width: 746px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Les-meutes-de-Kamal-Lazrak01.jpg?ssl=1\"><img data-attachment-id=\"141422\" data-permalink=\"https:\/\/agadirtoday.com\/?attachment_id=141422\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Les-meutes-de-Kamal-Lazrak01.jpg?fit=746%2C400&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"746,400\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;1&quot;}\" data-image-title=\"Les meutes de Kamal Lazrak01\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Les-meutes-de-Kamal-Lazrak01.jpg?fit=300%2C161&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Les-meutes-de-Kamal-Lazrak01.jpg?fit=746%2C400&amp;ssl=1\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"wp-image-141422 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Les-meutes-de-Kamal-Lazrak01.jpg?resize=746%2C400&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"746\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Les-meutes-de-Kamal-Lazrak01.jpg?w=746&amp;ssl=1 746w, https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Les-meutes-de-Kamal-Lazrak01.jpg?resize=300%2C161&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"(max-width: 746px) 100vw, 746px\" title=\"\" data-recalc-dims=\"1\"><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-141422\" class=\"wp-caption-text\">Les meutes de Kamal Lazrak .. La nuit leur appartient<\/figcaption><\/figure>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\"> Il n\u2019y a pas la centralit\u00e9 du flic dans son syst\u00e8me de personnages, (les seuls flics qu\u2019on aper\u00e7oit sont ceux du barrage routier). Il n\u2019y a pas d\u2019enqu\u00eate ni de crime \u00e0 \u00e9lucider. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Il y a bien un crime mais par d\u00e9faut en quelque sorte, par accident. Pas d\u2019enqu\u00eate mais une qu\u00eate identitaire n\u00e9e de l\u2019interrogation existentielle que traverse une filiation, celle du p\u00e8re et du fils dans environnement hostile. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Le cadavre dont il faut se d\u00e9barrasser et qui est au centre de l\u2019intrigue p\u00e8se sur ce duo comme une m\u00e9taphore du statut social ou plut\u00f4t asocial qui les enserre dans un filet auquel ils tentent de s\u2019\u00e9chapper.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Ce qui situe le film du c\u00f4t\u00e9 du thriller avec la pr\u00e9dominance de la dimension psychologique nourrie de param\u00e8tres d\u2019une esth\u00e9tique postmoderne (d\u00e9senchantent, individualisme, d\u00e9sillusion, recyclages des codes de genres\u2026).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">\u00a0\u00a0Les meutes, qui a s\u00e9duit d\u2019embl\u00e9e par la galerie des personnages qu\u2019il fait \u00e9voluer dans un Casablanca des bas-fonds.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\"> Mais s\u00e9duire n\u2019est pas convaincre. Le film s\u2019est tr\u00e8s vite enferm\u00e9 dans une logique qu\u2019il a install\u00e9 d\u2019embl\u00e9e, celle de faire d\u00e9filer des gueules qui sont des prototypes. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Kamal Lazrak entre dans le champ du cin\u00e9ma en \u00ab imagier \u00bb ou \u00ab imagiste \u00bb pour user de concepts de Serge Daney. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Une sc\u00e8ne en ouverture du film donne le ton : cela se passe dans un quartier populaire, le jeune Issam qui avec son p\u00e8re Hassan va vont former le duo dramatique du r\u00e9cit arrive dans un caf\u00e9 salle billard. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Un jeune, portant costume et cravate, entre au caf\u00e9 et annonce qu\u2019il n\u2019pas \u00e9t\u00e9 retenu pour un travail dans un centre d\u2019appel parce que \u00ab ne parlant pas bien le fran\u00e7ais \u00bb. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Un habitu\u00e9 du coin lui r\u00e9pond qu\u2019il se trompe qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019un probl\u00e8me de langue \u00ab mais de gueule ; tu n\u2019as pas la gueule pour le poste \u00bb.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\"> \u00c9non\u00e7ant du coup tout le programme esth\u00e9tique du film. Toute la suite du r\u00e9cit va d\u00e9montrer que le film prend cette remarque pour lui-m\u00eame et en a fait son programme : des gueules, des images. Des images qui finissent par tourner \u00e0 vide.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Le r\u00e9cit est construit autour d\u2019une errance nocturne empruntant un itin\u00e9raire physique (il dessine une v\u00e9ritable cartographie des lieux) qui prend tr\u00e8s vite des allures symboliques.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Les itin\u00e9raires suivis, dict\u00e9s par l\u2019urgence de trouver un lieu ou un moyen pour enterrer le cadavre, \u00e9manent initialement du savoir du p\u00e8re (ses connaissances, ses r\u00e9seaux\u2026) sont r\u00e9investis par le film comme des instruments de mise en suspens et du dynamisme de l\u2019histoire :<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Rebondissements qui relancent le r\u00e9cit suite \u00e0 un \u00e9chec de diff\u00e9rentes tentatives de trouver une issue ; soit une d\u00e9ception de la part de certaines connaissances ; soit l\u2019hostilit\u00e9s des paysans.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\"> L\u2019apparition de ceux-ci dessine une sorte de partage de territoire qui exclut Le p\u00e8re et son fils et les pousse \u00e0 rebrousser chemin.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\"> Ce moment du film a quasiment des allures de fantastique : des ombres sans visages, des torches lumineuses qui sortent de l\u2019horizon comme une menace.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Toute cette vir\u00e9e hors la ville instaure les personnages comme des \u00e9trangers, comme des perdants qui doivent se reconstituer autrement ; en cherchant une autre issue dans l\u2019espoir de se retrouver comme une nouvelle entit\u00e9.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Cette qu\u00eate se r\u00e9v\u00e8le au fur et \u00e0 mesure comme une appr\u00e9hension de l\u2019espace\u00a0; une tentative de territorialisation des personnages. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Elle se fait sous la forme d\u2019un road-movie nocturne. Les deux personnages principaux sont en mobilit\u00e9 permanente. A pied, en fourgonnette et m\u00eame dans une barque en pleine mer. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Les moments pass\u00e9s dans la mini camionnette sont \u00e9difiants\u00a0; ils prolongent l\u2019image de l\u2019enferment et de l\u2019impasse qui obstrue l\u2019horizon des personnages.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\"> Le dispositif spatial du v\u00e9hicule \u00e9largit la possibilit\u00e9 d\u2019une lecture plurielle. Notamment \u00e0 un niveau psychanalytique. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Condamn\u00e9s \u00e0 voyager ensemble sous une menace dans un lieu ferm\u00e9, ils sont amen\u00e9s \u00e0 se livrer, \u00e0 se (re) d\u00e9couvrir.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Nous assistons \u00e0 une transaction psychologique entre les deux hommes : le p\u00e8re et le fils se construisent une nouvelle relation faite de mutations de changements de r\u00f4les. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Un moment freudien par excellence car l\u2019enfant est parfois le p\u00e8re de l\u2019homme\u00a0!<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Et tous les deux sont les enfants d\u2019un espace fortement r\u00e9f\u00e9rentialis\u00e9. La r\u00e9f\u00e9rentialit\u00e9 \u00e0 la ville r\u00e9elle (Casablanca) est assum\u00e9e en bonne partie par des indications toponymiques et\/ou topographiques (le plan de la grande mosqu\u00e9e de Casablanca par exemple).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\"> Pour construire l\u2019image sociale de la ville, le film puise dans un registre d\u2019images personnifiantes\u00a0; ce faisant, il dessine une cartographie des st\u00e9r\u00e9otypes spatiaux qui rappelle le cin\u00e9ma marocain des ann\u00e9es 1990 :<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">La prostitu\u00e9e g\u00e9n\u00e9reuse, le bar du port, le vieil ivrogne, terrains vagues, bidonvilles\u2026on retrouve dans le choix de la spatialit\u00e9 marginale, une volont\u00e9 de montrer l\u2019\u00e9chec de la ville comme urbanit\u00e9 ; celle-ci \u00e9tant per\u00e7ue comme une forme de sociabilit\u00e9 pacifi\u00e9e. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">La ville du film est l\u2018incarnation du mal\u00a0; une machine qui produit la violence et des d\u00e9chets. Kamal Lazrak rejoint ainsi le cin\u00e9ma de Hicham Lasri qui capte le dysfonctionnement de la soci\u00e9t\u00e9 en filmant sa marge. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">C\u2019est \u00e0 la marge que l\u2019on comprend comment fonctionne le corps!<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mohammed Bakrim \/\/ \u00abUne \u0153uvre ne peut \u00eatre politiquement juste qu\u2019\u00e0 condition qu\u2019elle soit esth\u00e9tiquement juste\u00bb Brecht \u00a0Ouverture au noir. Le noir des t\u00e9n\u00e8bres. Comme pour dire que le r\u00e9cit \u00e9mane d\u2019une profondeur. Il vient de loin\u00a0; de la nuit des temps. Le temps avant que l\u2019humanit\u00e9 devienne humanit\u00e9. 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