{"id":136989,"date":"2023-12-21T19:47:41","date_gmt":"2023-12-21T18:47:41","guid":{"rendered":"https:\/\/agadirtoday.com\/?p=136989"},"modified":"2023-12-21T19:51:44","modified_gmt":"2023-12-21T18:51:44","slug":"experiences-theatrales-kabyles-contemporaines","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/agadirtoday.com\/?p=136989&lang=fr","title":{"rendered":"\u00a0Exp\u00e9riences th\u00e9\u00e2trales kabyles contemporaines"},"content":{"rendered":"<ul>\n<li style=\"text-align: left;\">PAR: Sa\u00efd DOUMANE\/\/<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: left;\">Je commencerai cet expos\u00e9 par une petite remarque linguistique ou lexicale : Une question de d\u00e9nomination en kabyle ou berb\u00e8re du terme th\u00e9\u00e2tre dans son acception moderne.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">J\u2019ai entendu le mot \u00a0\u00bb amezgun \u00a0\u00bb pour la premi\u00e8re fois dans le cours de berb\u00e8re de Mouloud Mammeri en 1971-1972. On utilisait aussi l\u2019expression \u00ab\u00a0taceqquft umezgun\u00a0\u00bb pour dire \u00ab\u00a0pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre\u00a0\u00bb (un calque du fran\u00e7ais).<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Il y\u2019 a quelque temps de cela, je lisais par hasard dans un journal alg\u00e9rien une interview de Mustapha Benkhemou (un des concepteurs principaux, sous l\u2019\u00e9gide de Mouloud Mammeri de l\u2019amawal) o\u00f9 il proposait le mot \u00ab\u00a0tamezgunt\u00a0\u00bb \u00e0 la place du calque \u00ab\u00a0taceqquft umezgun).<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Je trouvais cette proposition judicieuse.<br \/>\nAuparavant, dans ma prime jeunesse, la notion de th\u00e9\u00e2tre que j\u2019ai eu \u00e0 observer, en tant que spectateur et parfois participant, dans les rituels et jeux th\u00e9\u00e2traux pratiqu\u00e9s dans mon village et ceux des alentours, \u00e9tait rendue par l\u2019usage de mots divers : bu affif, anzar, amghar uceqquf\u2026, qui exprimaient des situations proches du concept de th\u00e9\u00e2tre que j\u2019ai d\u00e9couvert \u00e0 l\u2019\u00e9cole fran\u00e7aise (nous jouions, sous l\u2019\u00e9gide de l\u2019instituteur, des sc\u00e9nettes inspir\u00e9es des fables de La Fontaine : le corbeau et le renard, le loup et l\u2019agneau\u2026.).<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">A la m\u00eame \u00e9poque, des sketchs radiophoniques, appel\u00e9s \u00ab\u00a0rriwaya\u00a0\u00bb \u00e9taient diffus\u00e9s sur la radio kabyle d\u2019Alger ; certains \u00e9taient \u00e9cout\u00e9s et appr\u00e9ci\u00e9s dans mon entourage familial.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Au lyc\u00e9e, j\u2019ai eu \u00e0 \u00e9tudier th\u00e9oriquement des \u0153uvres th\u00e9\u00e2trales classiques dans les cours de litt\u00e9rature : Antigone de Sophocle, Britannicus de Racine, l\u2019avare de Moli\u00e8re\u2026.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Et ce, jusqu\u2019au jour o\u00f9, jeune \u00e9tudiant, j\u2019ai particip\u00e9 directement, en tant que com\u00e9dien amateur, au montage d\u2019une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre en langue kabyle avec quelques camarades dont certains sont pr\u00e9sents dans cette salle aujourd\u2019hui (Mohand Ait Ahmed, Hac\u00e8ne Hir\u00e8che, Salah Oudahar).<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Cela \u00e9tant dit, je voudrais revenir tr\u00e8s rapidement sur la question des origines du th\u00e9\u00e2tre kabyle (et berb\u00e8re) dont a fait part Mohand Ait Ahmed dans sa pr\u00e9sentation de son ouvrage sur les masques berb\u00e8res.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Avant de lire cet ouvrage tr\u00e8s document\u00e9, je me suis pos\u00e9 comme d\u2019autres, quelques interrogations sur ces origines, r\u00e9centes et lointaines. Le th\u00e9\u00e2tre kabyle contemporain est-il issu d\u2019influences \u00e9trang\u00e8res, fran\u00e7aises et \u00e9gyptiennes notamment ou, plonge-t-il ses racines dans l\u2019antiquit\u00e9 berb\u00e8re ? Ou bien encore, est-il la r\u00e9sultante des deux ?<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">La r\u00e9ponse semble aujourd\u2019hui \u00e9tablie, suite aux recherches effectu\u00e9es par Mohand Ait Ahmed En Alg\u00e9rie, au Maroc et accessoirement en Tunisie.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Cette th\u00e8se admise, reste \u00e0 savoir quels sont les cheminements et les conditions dans lesquels les formes th\u00e9\u00e2trales kabyles contemporaines ont \u00e9volu\u00e9, compte tenu de leurs origines historiques et des influences in\u00e9vitables subies.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Les travaux de recherches sur ces aspects ne font que commencer.<br \/>\nIl me faut maintenant revenir sur le sujet pr\u00e9cis sur lequel je suis cens\u00e9 avoir d\u00e9frich\u00e9 un peu le terrain : les pratiques th\u00e9\u00e2trales r\u00e9centes ou actuelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Que peu-t-on dire d\u2019\u00e0 peu pr\u00e8s \u00e9tabli, sachant que la documentation, tant orale qu\u2019\u00e9crite, n\u2019est pas abondante dans ce domaine de la litt\u00e9rature amazighe.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">J\u2019ai pu rassembler deux ou trois ouvrages, trois ou quatre recherches universitaires (m\u00e9moires et th\u00e8ses) et quelques articles de presse et t\u00e9moignages d\u2019acteurs ou de com\u00e9diens, auxquels j\u2019ai confront\u00e9, bien s\u00fbr, mes propres observations et intuitions.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Sur la base de ces donn\u00e9es- qui restent \u00e0 enrichir, \u00e0 l\u2019\u00e9vidence, par des investigations plus approfondies-, on peut avancer que les premi\u00e8res expressions du th\u00e9\u00e2tre kabyle contemporain ont pour point de d\u00e9part les \u00e9missions radiophoniques.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Elles remonteraient aux ann\u00e9es 1940 ou, peut-\u00eatre un peu plus t\u00f4t. Il s\u2019agissait de sketches souvent d\u2019humour, parfois burlesques sans grande port\u00e9e litt\u00e9raire destin\u00e9s \u00e0 distraire un auditoire populaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Les producteurs de ces sketches, qu\u2019ils interpr\u00e8tent et jouent eux-m\u00eames sur les ondes radiophoniques ou dans des galas festifs, sont assez connus par ce qu\u2019ils \u00e9taient la plus part du temps animateurs et employ\u00e9s de radio (radio d\u2019Alger, de Tizi-ouzou, de Paris).<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Ils officiaient, pour certains d\u2019entre eux, jusque dans les ann\u00e9es 1980 et \u00e9taient bien connus de ma g\u00e9n\u00e9ration :M. Hilmi, Ccix Noureddine, M.Ousedik dit Umaguellat , A. Nabti, K. Seghir, A. Abdoun et d\u2019autres encore que ma m\u00e9moire n\u2019 pas retenus. Dans une interview r\u00e9cente ins\u00e9r\u00e9e dans le quotidien Libert\u00e9 dat\u00e9e du 14-10-2017, M. Hilmi affirme sans ambages : \u00a0\u00bb le th\u00e9\u00e2tre kabyle est n\u00e9 avec moi : pi\u00e8ces si M\u00e9ziane adapt\u00e9 d\u2019une \u0153uvre de Mahi\u00e9dine Bachtarzi et m iheckulen mont\u00e9e avec El Hachemi Larabi en 1952&Prime;.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Et dans la m\u00eame interview il ajoute \u00a0\u00bb bien avant il y\u2019 avait des tentatives et des initiatives qui ont port\u00e9 haut et fort le th\u00e9\u00e2tre amazigh\u00a0\u00bb (\u00e0 noter, au passage, l\u2019anachronisme du terme amazigh, qui n\u2019\u00e9tait pas en usage \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u00e0 la radio).<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">En fait, la question qui importe n\u2019est pas de savoir qui a commenc\u00e9, sachant qu\u2019en la mati\u00e8re, la cr\u00e9ation est souvent le fait de petits groupes, donc collective, mais plut\u00f4t de relater, autant que possible, les conditions socio-historiques dans lesquelles a \u00e9merg\u00e9 cette forme th\u00e9\u00e2trale.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Si cette interrogation est pertinente, j\u2019avancerais de fa\u00e7on hypoth\u00e9tique l\u2019id\u00e9e que le th\u00e9\u00e2tre radiophonique kabyle est n\u00e9 dans le contexte des querelles linguistiques en cours (d\u00e9j\u00e0 !) dans les ann\u00e9es 1930.; du moins dans le milieu du th\u00e9\u00e2tre alg\u00e9rien.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Je me r\u00e9f\u00e8re, pour \u00e9tayer cette assertion, aux m\u00e9moires de l\u2019homme de th\u00e9\u00e2tre alg\u00e9rien Mahi\u00e9dine Bachtarzi (1968). Ce dramaturge n\u2019a pas, cependant, fait usage de la langue kabyle dans ses pi\u00e8ces mais il a pris fait en cause pour l\u2019expression populaire en optant pour l\u2019arabe dialectal et en r\u00e9cusant l\u2019arabe classique qu\u2019imposait de fa\u00e7on v\u00e9h\u00e9mente l\u2019\u00e9lite politico-religieuse. \u00ab\u00a0quoi qu\u2019il en soit, je ne crois avoir perdu mon temps en luttant toute ma vie pour le dialectal.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Le dialectal de Djeha qui nous a fait faire un grand pas en avant dans la conqu\u00eate du public du public \u00a0\u00bb ass\u00e8ne-t-il dans ses m\u00e9moires. A. Roth (1967) rapporte, de son c\u00f4t\u00e9, que les pi\u00e8ces en arabe classique \u00e9taient boud\u00e9es par le public \u00e0 l\u2019op\u00e9ra d\u2019Alger.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">C\u2019est dire, \u00e0 la suite et en accord avec A. Cheniki (2002) qu\u2019en mati\u00e8re de th\u00e9\u00e2tre, seul le r\u00e9cepteur (le public) d\u00e9termine la langue \u00e0 employer.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Ce petit d\u00e9tour par le th\u00e9\u00e2tre alg\u00e9rien arabophone et les auteurs avertis dans le domaine me sugg\u00e8re l\u2019id\u00e9e que le th\u00e9\u00e2tre radiophonique kabyle s\u2019est inscrit dans la m\u00eame probl\u00e9matique langagi\u00e8re : celle de la r\u00e9ception par le public kabyle.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Pouvait-on s\u2019adresser au public kabyle dans une autre langue que la sienne ? De plus, il est important de signaler que de nombreux com\u00e9diens qui officiaient dans les pi\u00e8ces de M Bachtarzi \u00e9taient kabyles et souvent animateurs \u00e0 la chaine kabyle.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">S\u2019adressant \u00e0 un auditoire kabyle, ces com\u00e9diens \u00e9taient naturellement port\u00e9s \u00e0 utiliser spontan\u00e9ment, sans le filtre de la traduction ou de l\u2019adaptation, la langue de leurs auditeurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">N\u2019est-ce pas \u00e9vident ? La question m\u00e9rite, en tout cas, d\u2019\u00eatre pos\u00e9e (avis aux jeunes chercheurs des \u00e9tudes berb\u00e8res pour nous apporter d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments de validation !). Le passage de l\u2019arabe dialectal au kabyle ou l\u2019usage concomitant ou alternatif des deux expressions me parait naturel, eu \u00e9gard \u00e0 la r\u00e9ceptivit\u00e9 du public de l\u2019\u00e9poque, l\u2019arabe classique \u00e9tant une langue \u00e9sot\u00e9rique au commun des mortels !<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">La deuxi\u00e8me s\u00e9quence et lieu de r\u00e9alisation du th\u00e9\u00e2tre d\u2019expression kabyle- et de la production culturelle en g\u00e9n\u00e9ral-, a pour cadre l\u2019\u00e9migration (en France et la r\u00e9gion parisienne en particulier).<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Les raisons sont bien connues : la r\u00e9sistance politique et culturelle \u00e0 la colonisation et \u00e0 partir de 1962 \u00e0 la dictature du nouvel Etat alg\u00e9rien ont pouss\u00e9 \u00e0 l\u2019exil une bonne partie de l\u2019\u00e9lite culturelle alg\u00e9rienne, notamment kabyle.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">A ce jour, cette h\u00e9morragie continue. Une partie non n\u00e9gligeable de la production culturelle et artistique nationale s\u2019effectue \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, depuis l\u2019\u00e9poque coloniale, durant la chape de plomb du parti unique et encore de nos jours !<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Un constat \u00e9vident s\u2019impose : en mati\u00e8re de production th\u00e9\u00e2trale, il n\u2019y a pas de cr\u00e9ation importante, comme dans la chanson et l\u2019action politique par exemple. On \u00e9tait dans ce qu\u2019A. Cheniki appelle le th\u00e9\u00e2tre de l\u2019urgence ou th\u00e9\u00e2tre militant de r\u00e9sistance qui est, par n\u00e9cessit\u00e9, une activit\u00e9 artistique difficile \u00e0 r\u00e9aliser selon les normes de qualit\u00e9s requises, en raison des moyens importants qu\u2019elle exige : com\u00e9diens professionnels, costumes, salles, logistique diverse\u2026 il est plus facile d\u2019organiser un gala pour des chanteurs ou un meeting politique qu\u2019un spectacle de dramaturgie.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Mais les choses sont all\u00e9es en s\u2019am\u00e9liorant au fil du temps.<br \/>\nJe n\u2019ai pas pu faire la recension de tout ce qui s\u2019est accompli dans le domaine th\u00e9\u00e2trale ; j\u2019\u00e9voquerai les principales r\u00e9alisations, en fonction des informations disponibles et \u00e0 ma port\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">On m\u2019a signal\u00e9 l\u2019existence d\u2019une troupe de th\u00e9\u00e2tre dite\u00a0\u00bb Tiwizi\u00a0\u00bb en 1950 \u00e0 Paris et une pi\u00e8ce de S. Azem en 1953 intitul\u00e9e \u00ab\u00a0nnesba n thila\u00a0\u00bb en 1953 (t\u00e9moignage de K. Hamadi).<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, \u00e9merge en Alg\u00e9rie une exp\u00e9rience th\u00e9\u00e2trale dans le sillage de Kateb Yacine. A la cit\u00e9 universitaire de Ben Aknoun, une aventure in\u00e9dite prend forme ; elle n\u2019a pas dur\u00e9 longtemps (1972-1974) mais elle a eu un impact important ( cf les t\u00e9moignages de Salah. Oudahar, de Mohand Ait Ahmed et de Hac\u00e8ne Hir\u00e8che).<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Pour ma part, je me contenterai de rappeler le contexte dans lequel cette aventure estudiantine a \u00e9merg\u00e9. C\u2019\u00e9tait la p\u00e9riode de l\u2019ostracisme absolu \u00e0 l\u2019encontre de la langue, de la culture et de l\u2019histoire berb\u00e8res.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Il y avait, en ce temps-l\u00e0 \u00e0 peine deux ou trois petits espaces o\u00f9 la parole berb\u00e8re pouvait se balbutier, sous contr\u00f4le de la police politique et des vigiles du FLN : la Chaine de radio kabyle d\u2019Alger et la chanson kabyle port\u00e9e par quelques artistes engag\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">A l\u2019universit\u00e9, de 1967 \u00e0 1973, un cours de berb\u00e8re d\u2019une heure hebdomadaire \u00e9tait dispens\u00e9 par M. Mammeri sous le contr\u00f4le tatillon de l\u2019administration. Ce cours \u00e9tait fr\u00e9quent\u00e9 \u00e0 ses d\u00e9buts par un petit groupe d\u2019\u00e9tudiants, nombre qui allait s\u2019amplifier au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970 ; ce qui allait pr\u00e9cipiter sa fermeture.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Quant \u00e0 la radio kabyle, son temps de diffusion et la port\u00e9e de son \u00e9metteur \u00e9taient r\u00e9duits d\u2019ann\u00e9e en ann\u00e9e mais son audience ne faiblissait pas gr\u00e2ce \u00e0 des animateurs talentueux et r\u00e9solus. Ces deux vecteurs sont \u00e0 l\u2019origine, me semble-t-il, de l\u2019\u00e9closion de la chanson kabyle engag\u00e9e ou contestataire, ou du moins l\u2019ont-ils favoris\u00e9e d\u2019abord sur les campus de l\u2019universit\u00e9 d\u2019Alger puis en Kabylie et au-del\u00e0.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Le \u00ab\u00a0printemps berb\u00e8re\u00a0\u00bb de 1980 a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cisif pour le th\u00e9\u00e2tre kabyle comme pour d\u2019autres activit\u00e9s politico-culturelles : conf\u00e9rences, revues clandestines (tafsut), enseignement de tamazight (cours non autoris\u00e9s dits \u00ab\u00a0sauvages\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019universit\u00e9 et dans certains lyc\u00e9es, galas artistiques\u2026). Concernant le th\u00e9\u00e2tre depuis 1980, il est difficile de d\u00e9nombrer les troupes cr\u00e9es et les pi\u00e8ces jou\u00e9es en public tant elles \u00e9taient innombrables ; une bonne partie n\u2019a pas dur\u00e9, il est vrai.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Ce qu\u2019il faut relever de saillant, c\u2019est que l\u2019activit\u00e9 th\u00e9\u00e2trale qui avait pour cadre d\u2019abord les universit\u00e9s de Tizi-Ouzou et de Bgayet a vite essaim\u00e9 dans les lyc\u00e9es et les associations culturelles. A partir de 1989-1990, suite \u00e0 l\u2019autorisation du mouvement associatif, ce sont des dizaines de troupes de th\u00e9\u00e2tre qui ont vu le jour ; pratiquement chaque association avait sa troupe, sa revue ou sa feuille de journal, son calendrier amazigh, ses conf\u00e9rences, son cours de langue amazighe : p\u00e9riode euphorique!<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Il est vrai que A. Mohia avait jet\u00e9 les bases de l\u2019art dramatique kabyle moderne durant les ann\u00e9es 1970 \u00e0 Paris (sujet \u00e0 part enti\u00e8re qui demande un traitement particulier).<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Pour terminer, j\u2019\u00e9voquerai tr\u00e8s succinctement quelques jalons quantitatifs de ce th\u00e9\u00e2tre kabyle contemporain.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">D\u00e8s l\u2019ouverture de l\u2019universit\u00e9 de Tizi-Ouzou en 1977-78 (Centre universitaire d\u00e9pendant de l\u2019universit\u00e9 d\u2019Alger \u00e0 l\u2019\u00e9poque), deux pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre ont \u00e9t\u00e9 mont\u00e9es par les \u00e9tudiants : La Kahina ou la voix des femmes en 1979 et Imsebriden en 1981.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">En 1983, une autre voit le jour en dehors de l\u2019universit\u00e9, \u00e0 la Maison de la Culture de Tizi-Ouzou. A partir de 1985, une s\u00e9rie de troupes \u00e9mergent sur les campus de Tiz-ouzou, d\u2019Alger et de Bgayet ; Meghres, Tilelli, Tidukla, Tamughli\u2026.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Les pi\u00e8ces traduites ou adapt\u00e9es par A. Mohia sont \u00e0 l\u2019honneur \u00ab\u00a0LLem-ik ddu d udar-ik\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0anegaru ad yer tabburt\u00a0\u00bb (de B. Brecht), Si Lehlu ( de Moli\u00e8re), notamment.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">En 1991, la premi\u00e8re troupe professionnelle est cr\u00e9\u00e9e \u00e0 la Maison de la Culture de Bgayet par M. Fellag (mise en sc\u00e8ne de la pi\u00e8ce \u00ab\u00a0sin- nni\u00a0\u00bb adapt\u00e9e de Mrozeck : les \u00e9migr\u00e9s, par A. Mohia).<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Trois \u00e0 quatre ann\u00e9es apr\u00e8s le \u00ab\u00a0printemps noir\u00a0\u00bb (2001), \u00e9v\u00e8nements traumatisants s\u2019il en est (128 morts et des milliers de bless\u00e9s), beaucoup de troupes de th\u00e9\u00e2tre et d\u2019associations disparaissent, celles qui tiennent le cap arrivent \u00e0 se stabiliser et \u00e0 sortir du cadre local pour se produire dans des festivals en Kabylie et en Alg\u00e9rie : Festivals de Tizi-Ouzou, de Bgayet, de Batna\u2026 Le festival du th\u00e9\u00e2tre amateur de Mostaganem, d\u2019expression arabe jusque-l\u00e0, s\u2019ouvre \u00e0 l\u2019expression amazighe.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Dans l\u2019ensemble, cette activit\u00e9 th\u00e9\u00e2trale se caract\u00e9rise par une certaine faiblesse de la cr\u00e9ation interne. C\u2019est pourquoi, ce sont les pi\u00e8ces de A. Mohia (une vingtaine au total) qui tiennent le haut du pav\u00e9, parce que de meilleure facture et tir\u00e9es du r\u00e9pertoire fran\u00e7ais classique ou universel.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Il existe, d\u2019ailleurs, depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es \u00e0 la Maison de la Culture de Tizi-Ouzou, des journ\u00e9es th\u00e9\u00e2trales d\u00e9di\u00e9es sp\u00e9cialement \u00e0 l\u2019\u0153uvre de A. Mohia.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">R\u00e9f\u00e9rences sommaires :<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Ait- Ahmed, M, 2013 : Masques berb\u00e8res et th\u00e9\u00e2tre maghr\u00e9bin, Paris, L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Bachtarzi, M, 1968 : m\u00e9moires, 1919- 1939 , Alger, SNED.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Cheniki, A, 2002 : le th\u00e9\u00e2tre alg\u00e9rien , EDISUD.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Hilmi, M, 2017 : interview , quotidien Libert\u00e9, Alger.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Laoufi, A, 2013 : R\u00e9\u00e9criture, traduction et adaptation en litt\u00e9rature kabyle, cas de Si Lehlu de A. Mohia, m\u00e9moire de Magister, Universit\u00e9 M. Mammeri de Tizi-Ouzou.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Roth, A, 1967 : le th\u00e9\u00e2tre alg\u00e9rien de langue dialectale,<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Par: Sa\u00efd DOUMANE<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">PS: Ce texte pourrait int\u00e9resser les jeunes chercheurs en litt\u00e9rature amazighe.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">c&rsquo;est la mise \u00e0 l&rsquo;\u00e9crit d&rsquo;une communication orale pr\u00e9sent\u00e9e dans un colloque de l&rsquo;Inalco (section de berb\u00e8re).en d\u00e9cembre 2017.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>PAR: Sa\u00efd DOUMANE\/\/ Je commencerai cet expos\u00e9 par une petite remarque linguistique ou lexicale : Une question de d\u00e9nomination en kabyle ou berb\u00e8re du terme th\u00e9\u00e2tre dans son acception moderne. J\u2019ai entendu le mot \u00a0\u00bb amezgun \u00a0\u00bb pour la premi\u00e8re fois dans le cours de berb\u00e8re de Mouloud Mammeri en 1971-1972. 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