{"id":135564,"date":"2023-12-09T19:38:45","date_gmt":"2023-12-09T18:38:45","guid":{"rendered":"https:\/\/agadirtoday.com\/?p=135564"},"modified":"2023-12-09T19:40:00","modified_gmt":"2023-12-09T18:40:00","slug":"moroccan-badass-girl-de-hicham-lasri-un-conte-hyperrealiste-des-temps-de-la-decivilisation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/agadirtoday.com\/?p=135564&lang=fr","title":{"rendered":"Moroccan badass girl de Hicham Lasri: Un conte hyperr\u00e9aliste des temps de la d\u00e9civilisation"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<ul>\n<li><u>Mohammed Bakrim<\/u><\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p><strong>\u00abPourquoi se priver du plaisir de choquer, pourquoi priver le public du plaisir d&rsquo;\u00eatre choqu\u00e9?\u00bb<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>P.P Pasolini<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le nouveau Hicham Lasri est arriv\u00e9.<\/p>\n<p>Pr\u00e9cisons tout de suite qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un film ; car chez lui il y a toujours du nouveau : un roman, une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre, une b\u00e9d\u00e9, une installation ou un autre film ! je formule d\u2019ailleurs l\u2019hypoth\u00e8se que Moroccan Badass girl constitue une pause ludique en attendant son prochain film ! Voire un roman.<\/p>\n<p>Dans la d\u00e9marche de Hicham Lasri, faire des films est partie int\u00e9grante d\u2019un acte cr\u00e9atif global o\u00f9 il s\u2019agit d\u2019interroger puis certainement de transgresser les normes et les codes de la rh\u00e9torique classique au-del\u00e0 du medium choisi.<\/p>\n<p>Programme annonc\u00e9 d\u00e8s l\u2019ouverture de son film phare The end. \u00ab\u00a0Une fin\u00a0\u00bb qui annonce plut\u00f4t le d\u00e9but d\u2019une aventure narrative et esth\u00e9tique. En installant les \u00e9l\u00e9ments d\u2019un univers auquel il restera fid\u00e8le, des lieux (une ville Casablanca), des com\u00e9diens (notamment un certain Salah Bensalah\u00a0!) et surtout un style.<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs on ne peut acc\u00e9der \u00e0 chacune de ses nouvelles cr\u00e9ations si l\u2019on ne tient pas compte d\u2019un background culturel pluri-codique, multi-r\u00e9f\u00e9rentiel se nourrissant de l\u2019apport de toutes les variantes de la culture moderne et de son environnement urbain, casablancais underground. \u00a0Quand je parle \u00ab\u00a0d\u2019acc\u00e9der\u00a0\u00bb cela ne peut se faire que partiellement, on ne peut la poss\u00e9der totalement.<\/p>\n<p>Son nouvel opus apporte une nouvelle touche \u00e0 cet \u00e9difice. Il y d\u00e9veloppe une esth\u00e9tique de l\u2019exc\u00e8s pour aborder la violence qui traverse l\u2019ensemble des rapports sociaux. Une violence \u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9chelles.<\/p>\n<p>Le parcours de Kathy est une travers\u00e9e de cercles de violence\u00a0; d\u2019abord \u00e0 un niveau micro, au niveau de la famille, dans ses rapports avec sa m\u00e8re. Ou \u00e0 un niveau macro, (la soci\u00e9t\u00e9), les diff\u00e9rents harc\u00e8lements qu\u2019elle subit dans la rue ou dans le travail.<\/p>\n<p>Sa pr\u00e9sence dans chaque situation dramatique fonctionne comme un r\u00e9v\u00e9lateur chimique qui nous fait d\u00e9voiler, sur un registre comique et\/ou ironique, certes l\u2019emprise d\u2019une forme de domination sexiste qui renvoie \u00e0 une violence globale.<\/p>\n<p>Une radioscopie l\u00e9g\u00e8re et implacable pour fustiger une certaine modernit\u00e9 dont la cit\u00e9 blanche est l\u2019embl\u00e8me. Et dont les contradictions multiples traduisent bien l\u2019\u00e9chec de cette modernit\u00e9 d\u00e9voy\u00e9e\u00a0: le film en offre une caricature avec le centre de beaut\u00e9.<\/p>\n<p>Le contexte d\u2019\u00e9mergence de cette critique mi-comique, mi-tragique est sa ville natale dont il filme les sites d\u2019une certaine d\u00e9ch\u00e9ance\u00a0; la p\u00e9riph\u00e9rie o\u00f9 s\u00e9vissent tous les param\u00e8tres d\u2019une d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence (la parabole de la d\u00e9charge) des rapports sociaux ou pour user d\u2019un mot redevenu \u00e0 la mode, Hicham Lasri filme les lieux de la d\u00e9civilisation.<\/p>\n<p>Concept forg\u00e9 par le sociologue et \u00e9crivain, Norbert Elias\u00a0: \u00ab\u00a0un processus de civilisation n&rsquo;interdit nullement de penser qu&rsquo;il y a des moments de r\u00e9gression et donc de d\u00e9civilisation, \u00e7a ne contredit absolument pas le mod\u00e8le, \u00e7a montre simplement qu&rsquo;il est contextuel\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le film en effet s\u2019offre \u00e0 une lecture sociologique de l\u2019urbanit\u00e9 marocaine. La sociologie contemporaine nous rappelle que le processus de civilisation telle que la charge du contr\u00f4le de la violence va de plus en plus peser sur les individus eux-m\u00eames et non pas sur des instances ext\u00e9rieures, il y a cet aspect d&rsquo;autocontr\u00f4le des pulsions.<\/p>\n<p>Leur r\u00e9ussite ou leur \u00e9chec sert alors d\u2019indicateur de \u00ab\u00a0civilisation\u00a0\u00bb ou du moins l\u2019existence de rapports sociaux moins h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes et extravagants. D\u2019une mani\u00e8re expressive, ce sera le programme de la journ\u00e9e particuli\u00e8re que vivra l\u2019h\u00e9ro\u00efne du film, Khadija, Kathy pour son entourage.<\/p>\n<p>La journ\u00e9e de son trenti\u00e8me anniversaire sera pour elle le jour le plus long\u00a0; celle de toutes les rencontres. Y compris les plus inattendues.<\/p>\n<p>Fid\u00e8le \u00e0 sa d\u00e9marche, le cin\u00e9aste use d\u2019une strat\u00e9gie offensive pour bousculer les paresses intellectuelles et les hypocrisies sociales. L\u2019humour noire, la d\u00e9rision\u2026investissent cette d\u00e9marche subversive, radicale.<\/p>\n<p>La fragmentation du r\u00e9cit n\u2019est que la m\u00e9taphore d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 bris\u00e9e\u00a0; des structures narratives h\u00e9t\u00e9roclites pour parler d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 composite comme l\u2019a si bien dit feu Paul Pascon. L\u2019absence de l\u2019uniformit\u00e9 du r\u00e9cit renvoie le spectateur \u00e0 sa propre r\u00e9alit\u00e9 \u00e9clat\u00e9e qu\u2019il regarde d\u00e9sormais autrement apr\u00e8s avoir accompagn\u00e9 Fathy dans ce conte hyper casablancais.<\/p>\n<p>Casablancais dans son jargon, ses situations et ses horizons o\u00f9 gravitent les th\u00e8mes de la drogue, de l\u2019immigration, de la qu\u00eate d\u2019un mieux vivre. L\u2019accueil chaleureux et enthousiaste r\u00e9serv\u00e9 au film lors de sa projection au FIFM en est une illustration.<\/p>\n<p>Comme quoi un film d\u2019auteur qui prend en d\u00e9rision le cin\u00e9ma d\u2019auteur a un destin public loin de la plan\u00e8te exigu\u00eb de la Lasrisph\u00e8re.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s un moment d\u2019\u00e9tonnement face au d\u00e9luge verbal et iconique qui envahit son horizon d\u2019attente, le spectateur est vite pris en charge par le personnage narrateur qui dans la grande tradition des r\u00e9cits interactifs, brise \u00ab le quatri\u00e8me mur \u00bb, interpelle le r\u00e9cepteur, n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 le malmener et \u00e0 lui dire ses quatre v\u00e9rit\u00e9s.<\/p>\n<p>Configuration originale qui nourrit chez lui une charge d\u2019empathie \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019un personnage authentique. Na\u00efve, r\u00eaveuse mais rebelle dans l\u2019\u00e2me comme une vraie \u00ab \u00ab marrokia \u00bb, une vraie casablancaise. Personnage port\u00e9e de bout en bout par l\u2019excellente prestation de Fadwa Taleb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Mohammed Bakrim &nbsp; \u00abPourquoi se priver du plaisir de choquer, pourquoi priver le public du plaisir d&rsquo;\u00eatre choqu\u00e9?\u00bb P.P Pasolini &nbsp; Le nouveau Hicham Lasri est arriv\u00e9. 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