{"id":134517,"date":"2023-12-01T17:35:57","date_gmt":"2023-12-01T16:35:57","guid":{"rendered":"https:\/\/agadirtoday.com\/?p=134517"},"modified":"2023-12-01T17:35:57","modified_gmt":"2023-12-01T16:35:57","slug":"fifm-2023-documentaire-et-memoire-oubliee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/agadirtoday.com\/?p=134517&lang=fr","title":{"rendered":"FIFM 2023: Documentaire et m\u00e9moire oubli\u00e9e"},"content":{"rendered":"<ul>\n<li><u>Mohammed Bakrim \/\/<\/u><\/li>\n<\/ul>\n<p>Les bruits du monde comme ses murmures finissent par tisser des pans entiers du sc\u00e9nario des films du festival. L\u2019horizon est obstru\u00e9 par les \u00e9chos des drames quotidiens ou des trag\u00e9dies historiques. Les cin\u00e9astes s\u2019ing\u00e9nient \u00e0 le percer par les moyens qui sont les leurs. \u00ab\u00a0Je ne suis pas venu au cin\u00e9ma parce que Truffaut ou Godard m\u2019ont \u00e9bloui, mais \u00e0 cause de mon histoire\u00a0\u00bb d\u00e9clare Rithy Panh, le cin\u00e9aste cambodgien qui a consacr\u00e9 son \u0153uvre \u00e0 restituer la m\u00e9moire de la trag\u00e9die que son peuple a v\u00e9cue \u00e0 l\u2019\u00e9poque des Khmers rouges.<\/p>\n<p>Deux documentaires marocains pr\u00e9sent\u00e9s dans l\u2019actuelle \u00e9dition du FIFM abordent, chacun suivant une d\u00e9marche qui lui est sp\u00e9cifique, des chapitres oubli\u00e9s de la m\u00e9moire collective du pays. Il s\u2019agit de Mora Youchkad (Mora arrive) de Khalid Zairi pr\u00e9sent\u00e9 dans le cadre du panorama du cin\u00e9ma marocain et La m\u00e8re de tous les mensonges d\u2019Asmae El Moudir, s\u00e9lectionn\u00e9 pour la comp\u00e9tition officielle. Les deux films se nourrissent du m\u00eame souci : comment rendre partageables les souvenirs des rescap\u00e9s des drames de l\u2019histoire. Comment proposer le cin\u00e9ma pour r\u00e9sister \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de l\u2019oubli.<\/p>\n<p>Le film de Zairi est un voyage dans la m\u00e9moire de la classe ouvri\u00e8re marocaine et de son \u00e9mergence dans le champ social par le fait d\u2019un acte violent, celui de l\u2019immigration. Mora \u00e9tait un agent des grandes soci\u00e9t\u00e9s mini\u00e8res qui \u00e9taient venu, dans les ann\u00e9es 1960 principalement, sillonn\u00e9 les campagnes marocaines, notamment le Souss, pour recruter d\u2019une mani\u00e8re quasi bestiale de la main d\u2019\u0153uvre bon march\u00e9. La m\u00e8re de tous les mensonges pour sa part revisite une partie de la m\u00e9moire familiale pour finalement rencontrer la m\u00e9moire d\u2019un \u00e9v\u00e9nement tragique dans l\u2019histoire du pays, les \u00e9meutes de juin 1981. \u00a0Une m\u00e9moire tue ici (censure politique), une m\u00e9moire oubli\u00e9e l\u00e0 (amn\u00e9sie sociale). M\u00e9moires refoul\u00e9es. Ici et l\u00e0, le cin\u00e9ma face au devoir de restituer une perte d\u2019image. Une absence d\u2019image ou \u00ab\u00a0l\u2019image manquante\u00a0\u00bb pour rester dans la conception de Rithy Panh.<\/p>\n<p>Les deux films empruntent des voies diam\u00e9tralement oppos\u00e9es pour nous emmener dans ces voyages m\u00e9moriels. Ils ont ce premier avantage de s\u2019inscrire dans le registre de la cr\u00e9ation et non du faux reportage. Khalid Zairi opte pour une d\u00e9marche port\u00e9e par un regard marqu\u00e9 par le souvenir d\u2019une blessure, \u00e0 partir de la rupture brutale avec un espace d\u2019origine, lieu d\u2019ancrage familial vers un lieu d\u2019exil. La cam\u00e9ra part de l\u2019ailleurs pour revenir \u00e0 la source. Le film privil\u00e9giant, l\u2019\u00e9coute, le silence et une vision po\u00e9tique.<\/p>\n<p>La d\u00e9marche d\u2019Asmae El Moudir choisit l\u2019intimit\u00e9 du \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb, avec un r\u00e9cit port\u00e9 par une voix off omnipr\u00e9sente. Pour s\u2019ins\u00e9rer dans cette m\u00e9moire proche (celle de ses parents) mais r\u00e9ticente, son film s\u2019inscrit dans le paradigme de l\u2019exp\u00e9rimentation avec recours aux figurines (d\u2019o\u00f9 notre r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Rithy Panh dans son film L\u2019image manquante), une mise en sc\u00e8ne quasi th\u00e9\u00e2trale de s\u00e9quences de la m\u00e9moire, recours appuy\u00e9 \u00e0 la musique\u2026In fine le documentaire n\u2019est plus ici qu\u2019un horizon de lecture possible. Plut\u00f4t une fiction document\u00e9e. \u00ab\u00a0Il n\u2019y a pas plus faux que le documentaire\u00a0\u00bb disait Jean Renoir.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mohammed Bakrim \/\/ Les bruits du monde comme ses murmures finissent par tisser des pans entiers du sc\u00e9nario des films du festival. L\u2019horizon est obstru\u00e9 par les \u00e9chos des drames quotidiens ou des trag\u00e9dies historiques. 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