{"id":134165,"date":"2023-11-29T13:41:15","date_gmt":"2023-11-29T12:41:15","guid":{"rendered":"https:\/\/agadirtoday.com\/?p=134165"},"modified":"2023-11-29T13:41:15","modified_gmt":"2023-11-29T12:41:15","slug":"fifm-2023-les-dupes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/agadirtoday.com\/?p=134165&lang=fr","title":{"rendered":"FIFM 2023: Les dupes\u2026"},"content":{"rendered":"<ul>\n<li><u>Mohammed Bakrim \/\/<\/u><\/li>\n<\/ul>\n<p>On c\u00e9l\u00e8bre les 90 ans du Prix Albert Londres\u00a0; du nom du p\u00e8re du journalisme d\u2019investigation et la figure historique d\u2019une certaine \u00e9thique de la pratique journalistique.<\/p>\n<p>Il me semble que l\u2019une de ces citations c\u00e9l\u00e8bres conviendrait \u00e9galement au monde de la critique cin\u00e9matographique.<\/p>\n<p>A m\u00e9diter donc\u00a0: \u00ab\u00a0<em>notre m\u00e9tier n\u2019est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie en mettant dans la balance son cr\u00e9dit, son honneur, sa vie<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Parler des films, \u00e9crire sur le cin\u00e9ma ne se con\u00e7oit pas sans une culture de prise de risque. Afficher son avis. Pour ma part, je plaide pour une posture d\u2019humilit\u00e9 face aux films.<\/p>\n<p>Eviter le discours sentencieux, d\u00e9finitif. Un critique n\u2019est pas Zorro. Ni un imam pr\u00eachant la bonne image. Afficher mon point de vue, le d\u00e9fendre avec le maximum de \u00ab passion et de lucidit\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p>Que pourrait-on dire aujourd\u2019hui au moment o\u00f9 le FIFM vogue suivant son cap et retrouvant sa vitesse de croisi\u00e8re et au moment o\u00f9 la comp\u00e9tition officielle boucle sa quatri\u00e8me journ\u00e9e. Tr\u00e8s vite une certaine tendance s\u2019est d\u00e9gag\u00e9e traversant en filigrane une bonne partie des films pr\u00e9sent\u00e9s.<\/p>\n<p>Des jeunes sortant de l\u2019adolescence et se confrontant aux d\u00e9sirs du corps et la complexit\u00e9 des relations intimes horizontalement adolescents entre eux ou verticalement les relations avec les parents, les adultes en g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>Le ton a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 d\u2019embl\u00e9e avec le film bosniaque, Excursion\u00a0qui nous plonge dans l\u2019univers intime d\u2019une jeune lyc\u00e9enne confront\u00e9e \u00e0 ses autres camardes et trouve dans la fabulation une voie vers une certaine reconnaissance sociale.<\/p>\n<p>Le cout sera \u00e9lev\u00e9 avec au bout de lourdes tensions. Le cin\u00e9aste turc Nehir Tuna avec Dormitory reste dans l\u2019univers scolaire en confrontant deux institutions embl\u00e9matiques de la Turquie moderne\u00a0: une institution religieuse qui donne son titre au film o\u00f9 les jeunes sont initi\u00e9s aux pr\u00e9ceptes de l\u2019islam et une \u00e9cole la\u00efque o\u00f9 les jeunes apprennent l\u2019anglais comme voie d\u2019acc\u00e8s \u00e0 une certaine modernit\u00e9.<\/p>\n<p>Le jeune Ahmet va \u00eatre tiraill\u00e9 entre ces deux mondes sous l\u2019emprise de son p\u00e8re qui r\u00eave de le voir eccl\u00e9siastique. Le film construit son originalit\u00e9 par le dispositif esth\u00e9tique qui l\u2019a choisi pour son film en exprimant cette dichotomie culturelle que vit le h\u00e9ros en usant du noir et blanc dans une bonne partie du r\u00e9cit et de la couleur dans le dernier tiers.<\/p>\n<p>Un passage qui se fait d\u2019une mani\u00e8re fluide sans une signification explicite en rapport avec le temps par exemple (le pass\u00e9 et le pr\u00e9sent)\u00a0; c\u2019est plus une mani\u00e8re d\u2019exprimer une m\u00e9tamorphose du h\u00e9ros qui commence \u00e0 y voir plus clair dans ses propres sentiments\u2026m\u00eame si ses tentatives de r\u00e9volte demeurent sans issue.<\/p>\n<p>Dans mon classement provisoire que j\u2019effectue au fur et \u00e0 mesure du d\u00e9roulement de la comp\u00e9tition officielle, le film turc arrive aujourd\u2019hui en haut du tableau. Il a ainsi d\u00e9tr\u00f4n\u00e9 le film de Kamal Lazrak, Les meutes, qui a s\u00e9duit d\u2019embl\u00e9e par la galerie des personnages qu\u2019il fait \u00e9voluer dans un Casablanca des bas-fonds.<\/p>\n<p>Mais s\u00e9duire n\u2019est pas convaincre. Le film s\u2019est tr\u00e8s vite enferm\u00e9 dans une logique qu\u2019il a install\u00e9 d\u2019embl\u00e9e, celle de faire d\u00e9filer des gueules qui sont des prototypes.<\/p>\n<p>Kamal Lazrak entre dans le champ en \u00ab\u00a0imagier\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0imagiste\u00a0\u00bb pour user de concepts de Serge daney.\u00a0 Une sc\u00e8ne en ouverture du film donne le ton\u00a0: cela se passe dans un quartier populaire, le jeune Issam qui avec son p\u00e8re Hassan va vont former le duo dramatique du r\u00e9cit arrive dans un caf\u00e9 salle billard. Un jeune, portant costume et cravate, entre au caf\u00e9 et annonce qu\u2019il n\u2019pas \u00e9t\u00e9 re\u00e7u pour in travail dans un centre d\u2019appel parce que \u00ab\u00a0ne parlant pas bien le fran\u00e7ais\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Un habitu\u00e9 du coin lui r\u00e9pond qu\u2019il se trompe qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019un probl\u00e8me de langue \u00ab\u00a0mais de gueule\u00a0; tu n\u2019as pas la gueule pour le poste\u00a0\u00bb.\u00a0 Toute la suite va d\u00e9montrer que le film prend cette remarque pour lui-m\u00eame et en a fait son programme\u00a0: des gueules, des images.<\/p>\n<p>Des images qui finissent par tourner \u00e0 vide. Or le cin\u00e9ma est une affaire d\u2019esth\u00e9tique et d\u2019\u00e9thique. Le cin\u00e9ma c\u2019est construire du temps et de la dur\u00e9e. Bien filmer la mis\u00e8re, la d\u00e9tresse en les enfermant dans les codes d\u2019un genre n\u2019est pas la garantie d\u2019un grand film. Cela doit s\u2019accompagner d\u2019une \u00e9thique. Comme disait l\u2019autre, \u00ab\u00a0le travelling est une affaire de morale\u00a0\u00bb. Affaire \u00e0 suivre.<\/p>\n<p>Mais \u00e0 Marrakech, il n\u2019y a pas que la comp\u00e9tition officielle. Des sections parall\u00e8les sont le lieu d\u2019un bonheur cin\u00e9philique. C\u2019est le cas de la section, tr\u00e8s cin\u00e9phile, le 11<sup>\u00e8me<\/sup> continent, il a permis de voir par exemple Les herbes s\u00e8ches du cin\u00e9aste turc, figure embl\u00e9matique de la plan\u00e8te cin\u00e9phile, Nuri Bilge Ceylan.<\/p>\n<p>Film d\u2019une dur\u00e9e exceptionnelle, plus de trois heures. Le film nous transpose dans les merveilleux paysages d\u2019Anatolie pour un r\u00e9cit de r\u00e9flexion et de m\u00e9ditations.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait un test pour le public et pour le festival. Et ce fut un texte r\u00e9ussi \u00e0 merveille. La salle \u00e9tait archi-comble, un public attentif dans un silence quasi religieux et un accueil enthousiaste te chaleureux ici et l\u00e0 des petits groupes se formaient spontan\u00e9ment pour prolonger le plaisir dans une effusion de sentiments et d\u2019\u00e9motion.<\/p>\n<p>Avec, ce public, le FIFM a r\u00e9ussi son pari\u00a0: disposer d\u2019un noyau dur pour garantir un avenir ouvert, tol\u00e9rant.<\/p>\n<p>Un moment de nostalgie cin\u00e9philique charg\u00e9 de symboles et de r\u00e9f\u00e9rence. Le festival a en effet programm\u00e9 le film de Tawfiq Salah, Les dupes (1972).<\/p>\n<p>Un choix pertinent \u00e0 maints \u00e9gards du fait des \u00e9v\u00e9nements dramatiques en cours en Palestine qui lui donne une nouvelle actualit\u00e9\u00a0; du fait ensuite de la proposition cin\u00e9matographique qu\u2019il d\u00e9veloppe et qui en fait non pas seulement un film militant pour une cause juste mais le lieu d\u2019un point de vue.<\/p>\n<p>Le film est une adaptation du r\u00e9cit Des hommes dans le soleil de l\u2019\u00e9crivain et intellectuel palestinien Ghasan Kanafani. Tawfiq Salah a r\u00e9alis\u00e9 un film personnel et non une illustration des propos du romancier.<\/p>\n<p>Cin\u00e9aste en exil en Syrie apr\u00e8s des ennuis avec la bureaucratie du r\u00e9gime nass\u00e9rien dans son pays, il a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019un soutien mitig\u00e9 mais qui lui a permis de dire sa perception de la Nakba et de la trag\u00e9die palestinienne \u00e0 travers le r\u00e9cit de trois palestiniens de g\u00e9n\u00e9rations diff\u00e9rentes.<\/p>\n<p>Ils vivaient en Irak et ils cherchaient \u00e0 rejoindre le Kowe\u00eft, EL Doraod de l\u2019\u00e9poque. Mais pour passer d\u2019un pays arabe \u00e0 un autre, on ne peut le faire qu\u2019en clandestin.<\/p>\n<p>D\u2019o\u00f9 la s\u00e9quence finale du film, un climax d\u2019une grande port\u00e9e tragique. Et que le cin\u00e9aste a film\u00e9 diff\u00e9remment du texte source. Un final qui nous parle, nous interpelle aujourd\u2019hui que les Palestiniens continuent \u00e0 frapper sur le mur de l\u2019inconscience du monde.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mohammed Bakrim \/\/ On c\u00e9l\u00e8bre les 90 ans du Prix Albert Londres\u00a0; du nom du p\u00e8re du journalisme d\u2019investigation et la figure historique d\u2019une certaine \u00e9thique de la pratique journalistique. Il me semble que l\u2019une de ces citations c\u00e9l\u00e8bres conviendrait \u00e9galement au monde de la critique cin\u00e9matographique. 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