{"id":134012,"date":"2023-11-28T00:41:27","date_gmt":"2023-11-27T23:41:27","guid":{"rendered":"https:\/\/agadirtoday.com\/?p=134012"},"modified":"2023-11-28T00:43:20","modified_gmt":"2023-11-27T23:43:20","slug":"lhommage-du-fifm-a-faouzi-bensaidi-promesse-tenue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/agadirtoday.com\/?p=134012&lang=fr","title":{"rendered":"L\u2019hommage du FIFM \u00e0 Faouzi Bensa\u00efdi: Promesse tenue"},"content":{"rendered":"<ul>\n<li><u>Mohammed Bakrim\/\/<\/u><\/li>\n<\/ul>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Chez Bensaidi, le plan est \u00e0 la fois dramatique, plastique et s\u00e9miotique. <\/strong><strong>Il est \u00e0 la fois visible et lisible<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il est l\u2019une des figures de proue de la nouvelle vague qui, au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, illumina les \u00e9crans du pays d\u2019images pleines de promesses et d\u2019espoir.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, avec l\u2019hommage du FIFM, la cons\u00e9cration internationale de son nouveau film, on peut dire pour Faouzi Bensaidi\u00a0: promesse tenue.<\/p>\n<p>Cet enfant de la cin\u00e9philie Meknassie, ville \u00e0 laquelle il ne cesse de rendre hommage dans ses films, \u00e9tait pourtant destin\u00e9 \u00e0 une carri\u00e8re de th\u00e9\u00e2tre. Brillant laur\u00e9at de l\u2019ISADAC o\u00f9 il avait suivi une formation d\u2019acteur, son amour pour le septi\u00e8me art en a d\u00e9cid\u00e9 autrement.<\/p>\n<p>Il a fait alors le choix \u2013heureux- du cin\u00e9ma\u00a0: r\u00e9alisateur, sc\u00e9nariste\u2026et acteur.<\/p>\n<p>Passer derri\u00e8re la cam\u00e9ra tout on ne se privant pas de jouer \u00ab\u00a0devant\u00a0\u00bb, aussi bien dans ses films, dans de vrais r\u00f4les et non de simples apparitions, ou dans les films des autres.<\/p>\n<p>On le retrouve, en effet chez Andr\u00e9 T\u00e9chin\u00e9 (Loin, 2001) avec qui il a co\u00e9crit le sc\u00e9nario\u00a0; chez Jacques Audiard (Monsieur Habib dans Dheepan palme d\u2019or \u00e0 Cannes 2015) en passant par Nabil Ayouch (Mektoub, 1998) et Daoud Aoulad Syad (Cheval de vent, 2001).<\/p>\n<p>Ou encore dans Sofia (2019) de Meryem Benbarek. Et on vient de le retrouver avec le beau film de Adil El Fadili, Mon p\u00e8re n\u2019est pas mort (2023) dans un r\u00f4le \u00e9nigmatique dans le contexte du Maroc des ann\u00e9es de plomb.<\/p>\n<p>Sa filmographique est relativement courte\u00a0; elle compte \u00e0 ce jour (2023) trois courts m\u00e9trages et six longs m\u00e9trages.<\/p>\n<p>Il a r\u00e9alis\u00e9 \u00e9galement un documentaire pour la t\u00e9l\u00e9vision o\u00f9 il rend hommage dans une d\u00e9marche tr\u00e8s cin\u00e9matographique, \u00e0 la salle de cin\u00e9ma.<\/p>\n<p>C\u2019est un cin\u00e9aste qui n\u2019est pas du tout press\u00e9, il prend son temps notamment dans la phase de post-production o\u00f9 il s\u2019attache \u00e0 apporter un soin particulier, entre autres, \u00e0 la bande son\u00a0: la musique bien s\u00fbr, mais aussi tous ces bruits de la vie qui offrent un riche hors champ sonore (voir la belle ouverture de Mille mois).<\/p>\n<p>C\u2019est une filmographie courte qui comporte n\u00e9anmoins des titres phares de la filmographie marocaine. Son court m\u00e9trage La falaise (1998) est l\u2019un des films marocains les plus prim\u00e9s \u00e0 travers le monde.<\/p>\n<p>Son premier long m\u00e9trage, Mille mois (2003) a obtenu le Prix jeune regard de la section Un certain regard du festival de Cannes.<\/p>\n<p>Volubilis a \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9 meilleur film marocain au Festival national du film \u00e0 Tanger et un grand succ\u00e8s critique.<\/p>\n<p>Faouzi Bensaidi est un enfant du verbe et de l\u2019image. Grand cin\u00e9phile, c\u2019est aussi quelqu\u2019un d\u2019impr\u00e9gn\u00e9 de litt\u00e9rature, et reste fid\u00e8le \u00e0 ses premi\u00e8res amours, le th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<p>C\u2019est un adepte de Shakespeare, de Tch\u00e9khov et de Brecht. Il a adapt\u00e9 des pi\u00e8ces de Shakespeare en parler marocain et il a transpos\u00e9 au cin\u00e9ma une pi\u00e8ce de Tch\u00e9khov, Jours d\u2019\u00e9t\u00e9, dans un film-balade.<\/p>\n<p>Le th\u00e9\u00e2tre pour Faouzi Bensaidi demeure une source d\u2019inspiration pour la formation de l\u2019acteur, l\u2019animation de la sc\u00e8ne (th\u00e9\u00e2tre dans le th\u00e9\u00e2tre chez Tch\u00e9khov \/cin\u00e9ma dans le cin\u00e9ma chez Bensa\u00efdi) et une voie insolite pour l\u2019exploration de l\u2019\u00e2me humaine.<\/p>\n<p>J\u2019avais eu le plaisir de d\u00e9couvrir, vers le milieu des ann\u00e9es 1990) lors d\u2019une \u00e9dition du Fituc (festival de th\u00e9\u00e2tre \u00e0 Casablanca, une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre (si ma m\u00e9moire est bonne L\u2019ombre du gardien De Saad Allah Ouannouss) dont il avait assur\u00e9 la mise en sc\u00e8ne.<\/p>\n<p>Une mise en sc\u00e8ne tr\u00e8s cin\u00e9matographique, d\u00e9j\u00e0\u00a0; avec notamment avec un passage d\u2019un acte \u00e0 un autre s\u2019inspirant du proc\u00e9d\u00e9 cin\u00e9matographique de fondu enchain\u00e9\u00a0!<\/p>\n<p>Mais c\u2019est toujours le cin\u00e9ma qui reste la finalit\u00e9. Et Faouzi Bensaidi est surtout un visuel.<\/p>\n<p>Il y a chez lui du Tati (le burlesque traverse l\u2019ensemble de son \u0153uvre), du Won Kar-Wai, l\u2019un de ses cin\u00e9astes pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s, du John Ford avec une approche quasi-\u00e9pique de l\u2019espace.<\/p>\n<p>Les th\u00e8mes s\u2019inspirent du quotidien des petites gens. Les choix de mise en sc\u00e8ne leur offrent une transcendance en magnifiant ce quotidien avec un usage appropri\u00e9 et pertinent de la composition du plan (voir le jeu de couleurs vives <strong>versus<\/strong> couleurs \u00e9touffantes dans Volubilis).<\/p>\n<p>Le recours au plan large\/plan s\u00e9quence avec une dynamique interne qui accompagne et valorise les d\u00e9tails, les signes dans leurs vari\u00e9t\u00e9s (Mille mois\u00a0; Mort \u00e0 vendre).<\/p>\n<p>Chez Bensaidi, le plan est \u00e0 la fois dramatique, plastique et s\u00e9miotique. Il est \u00e0 la fois visible et lisible ce qui offre \u00e0 ses films une accessibilit\u00e9 continue, jamais ferm\u00e9e. Revoir un de ses films renouvelle le regard qu\u2019on porte sur ce film.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><u>Revisitant diff\u00e9rents genres cin\u00e9matographiques, ses films sont une carte o\u00f9 la seule boussole pour s\u2019orienter est le cin\u00e9ma<\/u>!<\/p>\n<p>Du m\u00e9lodrame social (Volubilis, 2018) au western postmoderne (D\u00e9serts, 2023) en passant par le r\u00e9alisme social (Mille mois, 2003), le film noir (Mort \u00e0 vendre, 2012), son travail s\u2019inscrit dans une logique de <strong>singularit\u00e9<\/strong>.<\/p>\n<p>Chaque film inaugure un pan aux multiples r\u00e9f\u00e9rences. Loin de tout \u00e9clectisme, chaque film, qui est en fait une proposition cin\u00e9matographique, est une voie\/voix nouvelle de cr\u00e9ation, d\u2019interrogations et \u00abd\u2019exp\u00e9rimentation\u00bb, pr\u00e9cise-t-il lui-m\u00eame ; avec au bout le plaisir cin\u00e9phile.<\/p>\n<p>Une singularit\u00e9 qui ne vise pas \u00e0 faire pr\u00e9valoir un ego car c\u2019est une singularit\u00e9 g\u00e9n\u00e9reuse, non exclusive port\u00e9e par une empathie envers les genres, les personnages\u00a0: il n\u2019y a pas de vrais m\u00e9chants dans ses films.<\/p>\n<p>Ses personnages ne sont pas des arch\u00e9types mais des destins qui se croisent devant un regard qui t\u00e9moigne, loin des clich\u00e9s exotiques ou mis\u00e9rabilistes.<\/p>\n<p>Filmer le quotidien dans sa dimension tragique\u00a0; capter l\u2019intensit\u00e9 de la vie avec des h\u00e9ros ordinaires. Faouzi Bensa\u00efdi privil\u00e9gie les personnages \u00e0 l\u2019histoire\u00a0; et comme il aime et sait filmer les acteurs cela donne une belle synth\u00e8se qui transcende le drame au b\u00e9n\u00e9fice de l\u2019\u00e9motion.<\/p>\n<p>C\u2019est un cin\u00e9ma o\u00f9 il ne s\u2019agit pas de capter le visible (c\u2019est le r\u00f4le de la t\u00e9l\u00e9vision) mais de saisir ce qui \u00e9chappe au flux, la condition humaine dans ce qu\u2019elle a de tragique. Et de prometteur.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mohammed Bakrim\/\/ Chez Bensaidi, le plan est \u00e0 la fois dramatique, plastique et s\u00e9miotique. Il est \u00e0 la fois visible et lisible Il est l\u2019une des figures de proue de la nouvelle vague qui, au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, illumina les \u00e9crans du pays d\u2019images pleines de promesses et d\u2019espoir. 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