{"id":130574,"date":"2023-11-04T22:28:17","date_gmt":"2023-11-04T21:28:17","guid":{"rendered":"https:\/\/agadirtoday.info\/?p=130574"},"modified":"2023-11-04T22:28:17","modified_gmt":"2023-11-04T21:28:17","slug":"nayda-de-said-naciri-le-rire-contre-la-crise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/agadirtoday.com\/?p=130574&lang=fr","title":{"rendered":"Nayda de Said Naciri\u00a0: Le rire contre la crise"},"content":{"rendered":"<ul>\n<li><u>Mohammed Bakrim<\/u><\/li>\n<\/ul>\n<div class=\"tiled-gallery type-rectangular tiled-gallery-unresized\" data-original-width=\"500\" data-carousel-extra='{&quot;blog_id&quot;:1,&quot;permalink&quot;:&quot;https:\\\/\\\/agadirtoday.com\\\/?p=130574\\u0026lang=fr&quot;,&quot;likes_blog_id&quot;:217775386}' itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageGallery\" > <div class=\"gallery-row\" style=\"width: 500px; height: 418px;\" data-original-width=\"500\" data-original-height=\"418\" > <div class=\"gallery-group images-1\" style=\"width: 500px; height: 418px;\" data-original-width=\"500\" data-original-height=\"418\" > <div class=\"tiled-gallery-item tiled-gallery-item-large\" itemprop=\"associatedMedia\" itemscope itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageObject\"> <a href=\"https:\/\/agadirtoday.com\/?attachment_id=130576\" border=\"0\" itemprop=\"url\"> <meta itemprop=\"width\" content=\"496\"> <meta itemprop=\"height\" content=\"414\"> <img class=\"\" data-attachment-id=\"130576\" data-orig-file=\"https:\/\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Med-BAKRIM.jpeg\" data-orig-size=\"575,480\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Med BAKRIM\" data-image-description=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Med-BAKRIM.jpeg?fit=300%2C250&#038;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Med-BAKRIM.jpeg?fit=575%2C480&#038;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Med-BAKRIM.jpeg?w=496&#038;h=414&#038;ssl=1\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Med-BAKRIM.jpeg?w=575&amp;ssl=1 575w, https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Med-BAKRIM.jpeg?resize=300%2C250&amp;ssl=1 300w\" width=\"496\" height=\"414\" loading=\"lazy\" data-original-width=\"496\" data-original-height=\"414\" itemprop=\"http:\/\/schema.org\/image\" title=\"Med BAKRIM\" alt=\"Med BAKRIM\" style=\"width: 496px; height: 414px;\" \/> <\/a> <\/div> <\/div> <!-- close group --> <\/div> <!-- close row --> <\/div>\n<p>Le constat ne date pas d\u2019aujourd\u2019hui mais l\u2019ann\u00e9e 2023 vient le confirmer\u00a0: le cin\u00e9ma marocain est port\u00e9 par un genre, la com\u00e9die dans ces diff\u00e9rentes variantes (sociale, dramatique&#8230;). Les chiffres de l\u2019exploitation sont \u00e0 ce niveau tr\u00e8s \u00e9loquents. Depuis plusieurs ann\u00e9es ce sont deux \u00e0 trois films marocains inscrits dans le genre qui arrivent en t\u00eate du box-office. Je rappelle que le record absolu des entr\u00e9es est d\u00e9tenu par trois films \u00ab\u00a0comiques\u00a0\u00bb\u00a0: A la recherche du mari de ma femme (1993), Les Bandits (Said Naciri, 2003), Road to Kaboul (Brahim Chkiri, 2012), Au pays des merveilles (Jihane Bahar, 2017)&#8230; De l\u2019aveu m\u00eame des exploitants, la com\u00e9die reste la roue de secours qui permet au parc des salles, d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s r\u00e9duit, de subsister, de r\u00e9sister \u00e0 l\u2019h\u00e9morragie.<\/p>\n<p>L\u2019autre constat va dans ce sens avec l\u2019exacerbation de la tendance \u00e0 travers l\u2019omnipr\u00e9sence de la com\u00e9die sur les \u00e9crans du pays. On cite m\u00eame que des films inscrits dans d\u2019autres genres ont \u00e9t\u00e9 retir\u00e9s quelques jours \u00e0 peine apr\u00e8s leur sortie, \u00e9cras\u00e9s par la comp\u00e9tition impos\u00e9e par la com\u00e9die. Des stars de la t\u00e9l\u00e9 (com\u00e9diens, sc\u00e9naristes et r\u00e9alisateurs) ont investi le genre avec des fortunes diverses. C\u2019est le genre d\u00e9sormais dominant\u00a0; un public lui est massivement fid\u00e8le.<\/p>\n<p>Tendance qui a pris de l\u2019ampleur depuis la pand\u00e9mie. Le retour au cin\u00e9ma apr\u00e8s Covid s\u2019est fait \u00e0 travers la voie royale de la com\u00e9die. La crise, sanitaire hier, sociale aujourd\u2019hui, apparemment favorise l\u2019humour. Le public aime un d\u00e9paysement par la com\u00e9die pour le sortir du d\u00e9senchantement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9. La com\u00e9die audiovisuelle est le nouvel opium du peuple.\u00a0\u00ab\u00a0La com\u00e9die est le r\u00e9sultat de la trag\u00e9die dans le temps\u00a0\u00bb\u00a0; en 1929\u00a0; en plein crash du capitalisme, les salles de cin\u00e9ma ne d\u00e9semplissaient pas. Depuis la naissance des genres, la com\u00e9die a la pr\u00e9f\u00e9rence du public en temps de crise.<\/p>\n<p>C\u2019est, donc, dans un contexte tr\u00e8s charg\u00e9 \u00ab\u00a0socialement\u00a0\u00bb que Said Naciri propose son nouveau film, Nayda (\u00e7a chauffe\u00a0!). Humouriste qui a mont\u00e9 des one man show ayant rencontr\u00e9 un tr\u00e8s grand succ\u00e8s public, Said Naciri a montr\u00e9 tr\u00e8s vite un talent artistique aux multiples dimensions. Il combine des travaux aussi bien pour le th\u00e9\u00e2tre, la t\u00e9l\u00e9vision, la sc\u00e8ne avant de rencontrer le cin\u00e9ma comme acteur et producteur pour passer carr\u00e9ment \u00e0 la r\u00e9alisation. Il a d\u00e9velopp\u00e9 ainsi une filmographie qui compte des titres phares du box-office marocain. Nayda s\u2019inscrit dans la m\u00eame d\u00e9marche.<\/p>\n<p>Naciri reste fid\u00e8le \u00e0 l\u2019univers qui a marqu\u00e9 ses grands films (Les Bandits, Le clandestin, Sara\u2026). On retrouve des sc\u00e9narii d\u2019empathie \u00e0 l\u2019\u00e9gard des m\u00eames lieux (les bidonvilles de la banlieue casablancaise), des m\u00eames personnages (le petit peuple confront\u00e9 aux puissants, aux escrocs) et des situations qui mettent \u00e0 nu et d\u00e9noncent la hogra.<\/p>\n<p>Avec un horizon humaniste (l\u2019amiti\u00e9s et la solidarit\u00e9 des enfants du peuple). Nayda reprend les m\u00eames ingr\u00e9dients dramatiques avec un personnage principal qui vit de son triporteur mais qui se trouve devant l\u2019incapacit\u00e9 d\u2019assurer des soins ad\u00e9quats \u00e0 sa m\u00e8re malade. Pour s\u2019en sortir il se retrouve dans une situation extraordinaire, celle de prendre, par accident, en otage une grande partie du gouvernement. Un emballement m\u00e9diatique en a fait une attaque terroriste.<\/p>\n<p>Cette fois en effet, Said Naciri pousse le bouchon de la satire tr\u00e8s loin en mettant en sc\u00e8ne le chef du gouvernement, ses principaux ministres et m\u00eame une certaine caricature de l\u2019administration y compris la suret\u00e9 nationale. Une mani\u00e8re de tester la capacit\u00e9 du syst\u00e8me \u00e0 supporter la d\u00e9rision et la satire.\u00a0 Le film en effet n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 pointer du doigt tous les dysfonctionnements qui hantent la vie quotidienne des populations condamn\u00e9es \u00e0 la double marge sociale et spatiale.<\/p>\n<p>Cela donne une construction en dents de scie avec des moments de grande r\u00e9ussite et d\u2019autres qui le sont moins. Parmi les moments forts je cite entre autres le face \u00e0 face en huis clos dans l\u2019h\u00f4tel o\u00f9 sont retenus \u00ab\u00a0les otages\u00a0\u00bb avec une s\u00e9ance tragicomique o\u00f9 les \u00ab\u00a0puissants\u00a0\u00bb r\u00e9v\u00e8lent leur faiblesse et leurs contradictions. En termes comiques, l\u2019une des s\u00e9quences o\u00f9 j\u2019ai ri de bon c\u0153ur est celle de la l\u00e9galisation du document de l\u2019accord avec le chef du gouvernement. Il a fallu en effet convaincre le fonctionnaire en charge de ce service et le ramener de force car refusant de quitter son bureau et surtout de faire sortir le sacro-saint registre administratif. L\u2019acteur qui a assum\u00e9 le r\u00f4le a \u00e9t\u00e9 une belle trouvaille.<\/p>\n<p>Le film est port\u00e9 par le trio Said Nacir, Ilham Oua\u00e2ziz et Rafik Boubker. Le film s\u2019ach\u00e8ve sur une sc\u00e8ne \u00e0 forte charge symbolique quand on assite \u00e0 une sorte de passation du pouvoir \u00ab\u00a0comique\u00a0\u00bb entre g\u00e9n\u00e9rations (entre Said Naciri et Rafik Boubker)\u00a0: au niveau du r\u00e9cit on voit Said (Said Naciri), mourant, touch\u00e9 par balle qui confie \u00e0 Youssef (Rafik Boubker) de veiller sur le dossier des revendications populaires. D\u2019une g\u00e9n\u00e9ration, l\u2019autre.<\/p>\n<p>Le film d\u00e9veloppe ainsi un faisceau de signes qui l\u00e9gitiment une lecture \u00ab\u00a0s\u00e9rieuse\u00a0\u00bb. Nayda se pr\u00eate \u00e0 une lecture socio-politique \u00e0 condition d\u2019abandonner ce r\u00e9flexe \u00ab\u00a0aristocratique\u00a0\u00bb qui m\u00e9prise les diff\u00e9rentes expressions de la culture populaire. Afficher \u00e0 l\u2019\u00e9gard des films de Naciri une suffisance affect\u00e9e ou un d\u00e9dain insouciant caract\u00e9rise malheureusement une certaine critique paresseuse sinon myope intellectuellement. Elle ne voit pas dans la com\u00e9die populaire une variante comique du n\u00e9o-r\u00e9alisme\u00a0; un sous-genre en quelque sorte qui reste fid\u00e8le au credo du n\u00e9or\u00e9alisme\u00a0: l\u2019empathie envers les gens d\u2019en-bas.<\/p>\n<p>La moquerie, la caricature, la vulgarit\u00e9 que l\u2019on retrouve ici et l\u00e0 dans Nayda sont les figures rh\u00e9toriques que le peuple mobilise comme arme contre la rh\u00e9torique oiseuse des dominants. Une mani\u00e8re pour le cin\u00e9ma de r\u00e9concilier le peuple avec sa langue, sa gestuelle et lui permettre de retrouver ses profonds d\u00e9sirs politiques. Quel que soit le film, il faut accorder une attention et une \u00e9coute \u00e0 ceux qui le d\u00e9fendent. Si le film les rend heureux, les rend meilleurs et ouverts sur les questions du monde, alors le film acc\u00e8de \u00e0 cette l\u00e9gitimit\u00e9 artistique que lui d\u00e9nient les ma\u00eetres \u00e0 penser. On peut aimer le dernier Scorsese et le dernier Naciri parce que, \u00e0 la base, on aime le cin\u00e9ma.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mohammed Bakrim Le constat ne date pas d\u2019aujourd\u2019hui mais l\u2019ann\u00e9e 2023 vient le confirmer\u00a0: le cin\u00e9ma marocain est port\u00e9 par un genre, la com\u00e9die dans ces diff\u00e9rentes variantes (sociale, dramatique&#8230;). Les chiffres de l\u2019exploitation sont \u00e0 ce niveau tr\u00e8s \u00e9loquents. 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