{"id":129529,"date":"2023-10-28T13:30:10","date_gmt":"2023-10-28T12:30:10","guid":{"rendered":"https:\/\/agadirtoday.info\/?p=129529"},"modified":"2023-10-28T13:40:00","modified_gmt":"2023-10-28T12:40:00","slug":"lhommage-de-tanger-a-latif-lahlou-la-trilogie-rurale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/agadirtoday.com\/?p=129529&lang=fr","title":{"rendered":"L\u2019hommage de Tanger \u00e0 Latif Lahlou: La trilogie rurale"},"content":{"rendered":"<ul>\n<li><strong>MOHAMMED BAKRIM<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>La c\u00e9r\u00e9monie d\u2019ouverture de la 23<sup>\u00e8me<\/sup> \u00e9dition du festival national du film (Tanger 27 octobre-4 novembre) a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e, entre autres, par l\u2019hommage rendu \u00e0 des personnalit\u00e9s du cin\u00e9ma et des m\u00e9dias. L\u2019hommage au pionnier Latif Lahlou a \u00e9t\u00e9 l\u2019occasion de la projection de son premier long m\u00e9trage de fiction, Soleil de printemps (1969) dans une version num\u00e9ris\u00e9e. La riche filmographie de Latif Lahlou compte \u00e9galement des documentaires\u00a0; il a notamment film\u00e9 le Haouz, r\u00e9gion r\u00e9cemment sinistr\u00e9e par le terrible s\u00e9isme du 8 septembre 2023. Tanger aurait \u00e9t\u00e9 une bonne opportunit\u00e9 de montrer ces courts m\u00e9trages dans un double hommage, au cin\u00e9aste et \u00e0 ce Maroc authentique qu\u2019il a tant d\u00e9fendu et film\u00e9. Retour sur cette dimension du travail du v\u00e9t\u00e9ran du cin\u00e9ma marocain.<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<figure id=\"attachment_129533\" aria-describedby=\"caption-attachment-129533\" style=\"width: 478px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/latif.png?ssl=1\"><img data-attachment-id=\"129533\" data-permalink=\"https:\/\/agadirtoday.com\/?attachment_id=129533\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/latif.png?fit=628%2C462&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"628,462\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"latif\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/latif.png?fit=300%2C221&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/latif.png?fit=628%2C462&amp;ssl=1\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"wp-image-129533\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/latif.png?resize=478%2C352&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"478\" height=\"352\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/latif.png?resize=300%2C221&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/latif.png?w=628&amp;ssl=1 628w\" sizes=\"(max-width: 478px) 100vw, 478px\" title=\"\" data-recalc-dims=\"1\"><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-129533\" class=\"wp-caption-text\">Et ils cultiv\u00e8rent la betterave de Latif Lahlou (1963)<\/figcaption><\/figure>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans un entretien qu\u2019il m\u2019avait accord\u00e9 \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019\u00e9dition d\u2019un coffret comportant les DVDs de ses films, Latif Lahlou avait \u00e9mis un commentaire sur ses courts m\u00e9trages des ann\u00e9es 1960\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab ce<em> sont des courts m\u00e9trages majeurs pour moi parce qu\u2019ils pr\u00e9sentent mes convictions, une certaine vision de la vie et mon approche pour porter ce regard, sur ma soci\u00e9t\u00e9. M\u00eame mes premiers travaux qui datent des ann\u00e9es 60, je les revendique fortement parce que je reste persuad\u00e9 que leur propos est clair, juste et porteur\u00a0\u00bb.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s des \u00e9tudes acad\u00e9miques (sociologie \u00e0 la Sorbonne) et des \u00e9tudes professionnelles (IDHEC, 14<sup>\u00e8me<\/sup> promotion, 1959) Latif Lahlou est rentr\u00e9 au Maroc\u00a0; et comme de nombreux jeunes cin\u00e9astes laur\u00e9ats de la prestigieuse \u00e9cole parisienne, il rejoignit le Centre cin\u00e9matographique marocain.<\/p>\n<p>Pour ce natif d\u2019El Jadida en 1939, la rencontre avec le cin\u00e9ma fut sous de bons auspices. Il me raconta en effet que gr\u00e2ce \u00e0 leur enseignant de fran\u00e7ais, il assista avec ses camarades de classe \u00e0 une partie de tournage d\u2019Othello d\u2019Orson Welles\u00a0; tournage men\u00e9 entre les villes de Mogador et de Mazagan \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1940. Au CCM, Latif Lahlou occupa divers postes de responsabilit\u00e9 et contribua \u00e0 la production et\/ou \u00e0 la r\u00e9alisation de plusieurs films.<\/p>\n<p>On peut parler au sein de sa filmographie d\u2019une\u00a0<strong>premi\u00e8re phase que je qualifie de socio-ethnographique <\/strong>(versus<strong> la phase socio-psychologique <\/strong>pour les longs m\u00e9trages de fiction<strong>)<\/strong>\u00a0; celle qui va, grosso modo de 1959 \u00e0 1969.Elle est marqu\u00e9e par la r\u00e9alisation d\u2019une vingtaine de courts et moyens m\u00e9trages inscrits dans l\u2019approche de la ruralit\u00e9.<\/p>\n<p>En 1963, il r\u00e9alise son premier court m\u00e9trage, Et ils plant\u00e8rent la betterave. Il entame ainsi ce que l\u2019on pourrait qualifier aujourd\u2019hui de \u00ab\u00a0trilogie rurale\u00a0\u00bb avec Sin Agafaye (1967) et Du c\u00f4t\u00e9 de la Tassaoute (1968).\u00a0 Des films qui s\u2019inscrivent dans le contexte politique et culturel voire id\u00e9ologique de l\u2019\u00e9poque. R\u00e9pondant, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, \u00e0 une commande de l\u2019Etat mobilis\u00e9 dans un processus de r\u00e9organisation et de modernisation du pays\u00a0; et de l\u2019autre, ce sont des films port\u00e9s par une vision, un regard plein d\u2019empathie pour les sujets film\u00e9s par un cin\u00e9aste soucieux pour sa part d\u2019inscrire son cin\u00e9ma au diapason de ses id\u00e9aux.<\/p>\n<p>Latif Lahlou fait de la sociologie film\u00e9e, voire de l\u2019anthropologie\u00a0; non seulement encourag\u00e9 par sa solide formation universitaire en la mati\u00e8re mais \u00e9galement gr\u00e2ce \u00e0 la collaboration qu\u2019il entama tr\u00e8s t\u00f4t avec Paul Pascon, intellectuel engag\u00e9 et p\u00e8re de la sociologie rurale marocaine. Il ne filmera pas la campagne marocaine avec le regard de l\u2019expert neutre. Il s\u2019attacha \u00e0 restituer avec beaucoup d\u2019humanisme, ce qui fait l\u2019\u00e2me de cette ruralit\u00e9 y compris dans sa dimension mystique (Sin Agafaye) et \u00e0 capter les mutations qui vont bousculer un mode de vie ancestral.<\/p>\n<p>Le premier volet de cette trilogie, Et ils cultiv\u00e8rent la betterave (1963\u00a0; noir et blanc, 30 mn) se pr\u00e9sente comme un documentaire institutionnel.\u00a0 Il est l\u2019\u00e9manation de la politique de promotion de l\u2019Office national des irrigations. Un outil d\u2019intervention de la politique publique agricole. Une structure \u00e9tatique n\u00e9e dans le sillage des projets ambitieux lanc\u00e9s dans le sillage de la premi\u00e8re exp\u00e9rience d\u2019un gouvernement d\u2019inspiration progressiste au Maroc (1958- 1960).<\/p>\n<p>Latif Lahlou mena \u00e0 bien cette commande avec un r\u00e9cit document\u00e9 d\u2019o\u00f9 \u00e9mane optimisme et espoir. Dans ses rapports aux gens qu\u2019il filme, on sent que Latif Lahlou a \u00e9t\u00e9 certainement marqu\u00e9 lors de ses ann\u00e9es de formation par l\u2019ethno-fiction de celui que l\u2019on pr\u00e9sente comme le p\u00e8re du documentaire, Robert Flaherty\u00a0: faire un film non pas sur les gens mais avec les gens. Ici, pratiquement au sens propre\u00a0: les paysans sont film\u00e9s dans leur propre r\u00f4le pour capter leur r\u00e9action face \u00e0 ce que l\u2019irrigation moderne et l\u2019agro-industrie vont provoquer comme changements.\u00a0 La campagne va conna\u00eetre deux modes de vie et le film capte les \u00e9volutions, les mutations et les r\u00e9sistances que la modernisation va provoquer.<\/p>\n<p>Certes, la nature institutionnelle du travail a impos\u00e9 au film une d\u00e9marche sobre et une approche didactique dominante, n\u00e9anmoins, il d\u00e9gage un rythme, une vivacit\u00e9 qui lui assurent une certaine historicit\u00e9.<\/p>\n<p>Le film s\u2019ouvre avec des images de souk, figure incontournable quand il s\u2019agit de filmer la campagne marocaine. Lieu hautement strat\u00e9gique en termes \u00e9conomiques mais \u00e9galement lieu d\u2019\u00e9change social et culturel o\u00f9 se d\u00e9veloppe un commerce au sens large, y compris pour se tenir inform\u00e9 de l\u2019\u00e9tat du monde. Le souk est film\u00e9 en plans larges qui donnent un aper\u00e7u de son importance. Une foule traverse un pont pour s\u2019y rendre\u00a0; une m\u00e9taphore de ce passage d\u2019un monde \u00e0 l\u2019autre qu\u2019abordera le film avec le choix de la culture de la betterave \u00e0 sucre.<\/p>\n<p>Le film dans la tradition de l\u2019\u00e9poque est escort\u00e9 par une voix off qui \u00e9met un commentaire officiel et explicatif\u00a0; les sc\u00e8nes sont port\u00e9es par une musique d\u2019inspirations diverses. La dynamique du film provient de sa construction sur le mod\u00e8le d\u2019un r\u00e9cit initiatique. Avec un sch\u00e9ma narratif explicite\u00a0: une situation initiale, un d\u00e9veloppement et une situation finale relevant du happy end. Une v\u00e9ritable s\u00e9quence d\u2019exposition met en place les personnages et\u00a0\u00ab l\u2019intrigue\u00a0\u00bb qui porteront le r\u00e9cit. Nous d\u00e9couvrons en effet T\u2019hami, agriculteur, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, il trouve de la peine \u00e0 vendre les produits de son champ\u00a0; il est accul\u00e9 \u00e0 accepter ce que lui impose la loi du march\u00e9.<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas seul dans cette situation. Il retrouve en effet son ami Bennaceur oblig\u00e9 de rebrousser chemin avec le poulet qu\u2019il comptait vendre au souk. L\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u00e9clencheur sera la rencontre avec leur ami Miloud\u00a0; lui, il est d\u00e9j\u00e0 dans une autre dimension illustr\u00e9e par l\u2019opposition entre le moyen de transport utilis\u00e9 par l\u2019un (Miloud) et les deux autres (v\u00e9lo versus \u00e2ne). C\u2019est lui qui va les initier \u00e0 la nouvelle culture. Ils s\u2019installent dans un caf\u00e9, autre lieu de r\u00e9f\u00e9rence pour le souk. La radio \u00e9met des informations sur l\u2019importance du sucre dans la consommation des Marocains. Le choix de cultiver la betterave \u00e0 sucre est une contribution \u00e0 l\u2019\u00e9volution \u00e9conomique du pays.<\/p>\n<p>Le d\u00e9veloppement du r\u00e9cit met en avant le r\u00f4le des techniciens de l\u2019Office de l\u2019irrigation qui encadrent le choix fait par le paysan et le guident ainsi vers une nouvelle configuration \u00e9conomique (r\u00f4le de l\u2019argent par exemple). Comme il met en sc\u00e8ne \u00e9galement les diff\u00e9rences dans l\u2019attitude des paysans retrouvant le d\u00e9coupage anthropologique inh\u00e9rent \u00e0 la campagne\u00a0: les pionniers (cas de Miloud) les h\u00e9sitants (T\u2019hami et Bennaceur) et les r\u00e9calcitrants avec le cas de Abdelkader qui va m\u00eame appara\u00eetre comme un antagoniste. Mais le bon sens va finir par l\u2019emporter et des sc\u00e8nes de solidarit\u00e9s des paysans entre eux, hommes \u2013femmes vont trouver leur point d\u2019orgue dans la f\u00eate finale.<\/p>\n<figure id=\"attachment_129531\" aria-describedby=\"caption-attachment-129531\" style=\"width: 559px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/02-1.jpg?ssl=1\"><img data-attachment-id=\"129531\" data-permalink=\"https:\/\/agadirtoday.com\/?attachment_id=129531\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/02-1.jpg?fit=624%2C350&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"624,350\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"02\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/02-1.jpg?fit=300%2C168&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/02-1.jpg?fit=624%2C350&amp;ssl=1\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"wp-image-129531\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/02-1.jpg?resize=559%2C313&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"559\" height=\"313\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/02-1.jpg?resize=300%2C168&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/02-1.jpg?w=624&amp;ssl=1 624w\" sizes=\"(max-width: 559px) 100vw, 559px\" title=\"\" data-recalc-dims=\"1\"><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-129531\" class=\"wp-caption-text\">Sin agafaye de Latif Lahlou, 1967<\/figcaption><\/figure>\n<p>C\u2019est un des titres embl\u00e9matiques de l\u2019\u00e2ge d\u2019or du court m\u00e9trage et du documentaire au Maroc, Sin Agafaye (les deux canaux, en langue amazigh). Sin agafaye aborde une r\u00e9alit\u00e9 complexe, celle de restituer un rite ancestral, relatif au partage communautaire de l\u2019eau, en mettant en relief, par le\u00a0 travail de l\u2019image accompagn\u00e9 d\u2019un beau texte de commentaire off, l\u2019apport de l\u2019investissement humain dans le dur labeur qu\u2019imposent les conditions de vie \u00e0 la campagne.<\/p>\n<p>Le film est le r\u00e9sultat d\u2019une collaboration fructueuse entre le cin\u00e9aste et une figure de proue de la sociologie marocaine, le regrett\u00e9 Paul Pascon (1932-1985). Latif Lahlou rapporte \u00e0 cet effet\u00a0: \u00ab\u00a0au cours d\u2019une discussion, Paul Pascon grand sp\u00e9cialiste du Haouz de Marrakech me raconta une l\u00e9gende mise au point par les habitants de la r\u00e9gion de Lalla Takerkoust pour \u00e9tablir et sacraliser une entente entre eux pour \u00e9viter les disputes qui survenaient toujours \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019utilisation des eaux d\u2019irrigation\u2026\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le film accompagne en effet l\u2019action des paysans dans leur projet collectif, loin de toute intervention ext\u00e9rieure pour organiser un partage \u00e9quitable de l\u2019eau en s\u2019inspirant \u00e0 la fois de l\u2019h\u00e9ritage mythologique (la l\u00e9gende rapport\u00e9e par les ain\u00e9s) et du sacr\u00e9 (c\u2019est une pri\u00e8re collective qui vient consacrer l\u2019accord et b\u00e9nir le r\u00e9sultat obtenu). Aucun artifice n\u2019est introduit\u00a0; les gens sont film\u00e9s dans leur geste quotidien\u00a0; le film donne l\u2018impression positive que la mise en sc\u00e8ne \u00e9mane des gens eux-m\u00eames. Les personnages seuls ou ensemble prennent en charge l\u2019organisation de leur pr\u00e9sence \u00e0 l\u2019\u00e9cran. Il ne s\u2019agit plus de guider mais de \u00ab\u00a0suivre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La cam\u00e9ra de Lahlou finit par int\u00e9grer la communaut\u00e9 en toute discr\u00e9tion, suivant et rapportant les diff\u00e9rentes phases de pr\u00e9paration et de r\u00e9alisation des deux canaux d\u2019o\u00f9 jaillira \u00e9quitablement l\u2019eau bienfaitrice vers les deux parties du village s\u00e9par\u00e9es par la vall\u00e9e. Le film appara\u00eet alors comme un hommage \u00e0 cette communaut\u00e9 amazighe, pratiquement recluse du haut atlas, ce que n\u2019a \u00a0pas manqu\u00e9 de souligner le r\u00e9alisateur : \u00ab\u00a0le g\u00e9nie de nos paysans\u00a0 qui ont su, par cet acte collectif de Sin agafaye (les deux canaux) \u00e9viter toute intervention ext\u00e9rieure coercitive et sauvegarder leur libert\u00e9 d\u2019action et l\u2019ind\u00e9pendance de leurs mouvements en garantissant une harmonie sociale entre eux\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La pierre de partage est pour le cin\u00e9aste l\u2019illustration de \u00ab\u00a0l\u2019esprit inventif\u00a0\u00bb de ces populations\u00a0; elle se laisse lire aujourd\u2019hui au-del\u00e0 de sa fonction pratique comme le symbole d\u2019une valeur soci\u00e9tale amazighe majeure, l\u2019esprit d\u2019ind\u00e9pendance et l\u2019autonomie d\u2019action.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<figure id=\"attachment_129532\" aria-describedby=\"caption-attachment-129532\" style=\"width: 508px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/03-1.jpg?ssl=1\"><img data-attachment-id=\"129532\" data-permalink=\"https:\/\/agadirtoday.com\/?attachment_id=129532\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/03-1.jpg?fit=720%2C473&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"720,473\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"03\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"&lt;p&gt;\u00a0Sin agafaye de Latif Lahlou, 1967&lt;\/p&gt;\n\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/03-1.jpg?fit=300%2C197&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/03-1.jpg?fit=720%2C473&amp;ssl=1\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"wp-image-129532 \" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/03-1.jpg?resize=508%2C334&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"508\" height=\"334\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/03-1.jpg?resize=300%2C197&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/03-1.jpg?w=720&amp;ssl=1 720w\" sizes=\"(max-width: 508px) 100vw, 508px\" title=\"\" data-recalc-dims=\"1\"><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-129532\" class=\"wp-caption-text\">En passant par la Tassaout, Latif Lahlou, 1968<\/figcaption><\/figure>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me volet de cette trilogie de la ruralit\u00e9,\u00a0 <em>En passant par la Tassaout, <\/em>\u00a0am\u00e8ne plusieurs changements dans la d\u00e9marche documenatire du cin\u00e9aste. D\u2019abord, dans la dur\u00e9e, on peut parler d\u2019un moyen m\u00e9trage puisque il fait plus de 40 minutes ; en outre, on trouve au g\u00e9n\u00e9rique, une \u00e9quipe technique bien \u00e9toff\u00e9e avec des noms qui marqueront la suite du cin\u00e9ma marocain : Majid Rchich, Abderrahmane Tazi ou encore Ahmed Bouanani ; et puis surtout il fait appel \u00e0 une pl\u00e9iade de com\u00e9diens pour interp\u00e9ter des r\u00f4les de paysans avec notamment Abdelkader Motaa (dans le r\u00f4le de Mokhtar) c\u00e9l\u00e8bre com\u00e9dien qui deviendra tr\u00e8s populaire avec l\u2019arriv\u00e9e de la t\u00e9l\u00e9vision ;<\/p>\n<p>Abdelaziz Choukri (Rahal le fr\u00e8re de Mokhtar) et Leila Chenna (Nejma) qui venait de jouer la m\u00eame ann\u00e9e dans <em>Vaincre pour vivre<\/em> de Mohamed Tazi et Ahmed Mesnaoui, premier long m\u00e9trage de fiction produit par le CCM et qui deviendra une star internationale jouant notamment, et beaucoup, avec l\u2019Alg\u00e9rien Lakhdar Hamina\u00a0; son heure de gloire arrive tr\u00e8s t\u00f4t quand elle sera la t\u00eate d\u2019affiche de Remparts d\u2019argile de Jean-Louis Bertucelli ( film qui repr\u00e9sentera la France aux Oscars de 1971). A noter aussi que Lahlou lui-m\u00eame fait une br\u00e8ve apparition comme agent comptable. Le film est une adaptation d\u2019un sc\u00e9nario \u00e9crit par le sociologue Paul Pascon\u00a0; il est co-produit avec l\u2019Office du Haouz.<\/p>\n<p>Un documentaire donc avec un choix de grammaire narrative qui rejoint une pratique tr\u00e8s en vogue dans les ann\u00e9es 1960 et qui rel\u00e8ve de \u00ab\u00a0la docu-fiction\u00a0\u00bb avant la lettre (sc\u00e9narisation, r\u00e9cit, com\u00e9diens professionnels&#8230;). Cependant, \u00e0 la diff\u00e9rence du docu-fiction, sous-genre popularis\u00e9 par la t\u00e9l\u00e9vision dans les ann\u00e9es 1990, ici il n\u2019y a pas de s\u00e9quences fictionnelles qui viennent illustrer un propos sur le r\u00e9el ou sur l\u2019histoire. Dans <em>En passant par la Tassaout<\/em>, le recours \u00e0 des com\u00e9diens professionnels fait partie d\u2019un dispositif global de captation d\u2019une r\u00e9alit\u00e9. Le documentaire est port\u00e9 par une dramaturgie construite autour d\u2019un personnage central, un v\u00e9ritable h\u00e9ros, \u00ab\u00a0 Mokhtar\u00a0\u00bb, en l\u2019occurrence dont le nom est d\u00e9j\u00e0 un message, c\u2019est \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9lu\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>C\u2019est lui par qui le changement va arriver. Tout commence par un refus\u00a0; Mokhtar va refuser de p\u00e9rp\u00e9tuer un \u00e9tat de choses qui ne r\u00e9pond plus \u00e0 ses attentes et \u00e0 ses ambitions. Refus \u00e9galement de voir des sp\u00e9culateurs et des potentats s\u2019accaparer la plus-value g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par le labeur des paysans (la sc\u00e8ne o\u00f9 il demande \u00e0 son fr\u00e8re de ne pas remettre des poulets \u00e0 Haj Brahim, la figure f\u00e9odale locale). Mon hypoth\u00e8se est que la structure du film est d\u2019inspiration marxiste\u00a0: nous assistons \u00e0 une prise de conscience collective par un travail d\u2019avant-garde et qui va finir par produire un changement.<\/p>\n<p>Ce changement, cette prise de conscience sont n\u00e9s d\u2019une forme de rupture\u00a0: face \u00e0 une communaut\u00e9 fig\u00e9e dans des pratiques ancestrales, Mokhtar d\u00e9cide de partir (La sc\u00e8ne o\u00f9 il se contente de regarder les autres paysans tenter de d\u00e9tourner une partie de l\u2019eau de la rivi\u00e8re par un barrage traditionnel). Partir, pour mieux revenir. Il d\u00e9cide d\u2019aller \u00e0 la r\u00e9gion de Beni Amir, une plaine florissante gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019irrigation moderne et que le film avait d\u2019embl\u00e9e pr\u00e9sent\u00e9e en ouverture.<\/p>\n<p>On le d\u00e9couvre alors ouvrier agricole, se familiarisant avec les nouvelles techniques. Son fr\u00e8re Rahal ne va pas tarder \u00e0 le suivre sur cette voie mais en allant carr\u00e9ment travailler sur le chantier de construction d\u2019un nnouveau grand barrage qui va permettre justement d\u2019irriguer les champs de son village.<\/p>\n<p>Les images prennent une dimension \u00e9pique pour capter les signes de la m\u00e9tamorphose annonc\u00e9e. Le r\u00e9cit est chronologique\u00a0; la narration est port\u00e9e par une voix off qui accompagne l\u2019\u00e9volution du personnage et maintient son ancrage dans sa dimension d\u2019\u00e9l\u00e9ment de changement. Personnage emprunt\u00e9 \u00e0 la fiction, c\u2019est un com\u00e9dien, son r\u00f4le est inscrit cependant dans un sch\u00e9ma dict\u00e9 par la th\u00e8se d\u00e9fendue par le \u00ab\u00a0documentaire\u00a0\u00bb\u00a0: la n\u00e9cessit\u00e9 pour la camapgne marocaine de sortir de sa l\u00e9thargie. Le point d\u2019orgue \u00e9tant que les gens se prennent en charge eux-m\u00eames (l\u2019id\u00e9logie des coop\u00e9ratives).<\/p>\n<p>Ce qui frappe en visionnant le film aujourd\u2019hui (2023), c\u2019est la nature quasi laique du discours v\u00e9hicul\u00e9 par le film, dans ses images et dans sa bande son. Aucune r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une intervention ext\u00e9rieure en dehors des conseils techniques apport\u00e9s par les moniteurs de l\u2019Office du Haouz\u00a0; aucune pr\u00e9sence des symboles de l\u2019Etat. Le film s\u2019ach\u00e8ve sur l\u2019image des enfants qui viennent d\u00e9couvrir le tracteur que vient d\u2019\u00e9aqu\u00e9rir le village gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019action de la nouvelle coop\u00e9rative\u00a0; l\u2019avenir est ainsi trac\u00e9.<\/p>\n<p>Ces trois courts abordent donc la ruralit\u00e9 comme th\u00e9matique mais quid de la forme cin\u00e9matographique adopt\u00e9e\u00a0? Nous sommes partis de l\u2019hypoth\u00e8se fondatrice que les trois films rel\u00e8vent du documentaire\u00a0; en affinant l\u2019analyse on d\u00e9couvre que cela pose d\u00e9bat. En\u00a0 effet, si l\u2019on part de l\u2019opposition originelle instaur\u00e9e d\u00e8s la naissance du cin\u00e9ma entre \u00ab\u00a0la nature prise sur le vif\u00a0\u00bb\u00a0 des fr\u00e8res Lumi\u00e8re (documentaire) et \u00ab\u00a0le spectacle cin\u00e9matographique\u00a0\u00bb de M\u00e9li\u00e8s (fiction) on va conclure que seul Sin Agafaye peut relever du documentaire.<\/p>\n<p>Cependant, ce sont deux modalit\u00e9s de relation au r\u00e9el qui se sont toujours combin\u00e9es de mani\u00e8res diverses. Faut-il rappeler que le \u00ab\u00a0premier film documentaire\u00a0\u00bb, <em>La sortie des usines Lumi\u00e8re<\/em> a \u00e9t\u00e9 ralis\u00e9 au bout de la troisi\u00e8me prise et que les ouvriers ont \u00e9t\u00e9 invit\u00e9s un dimanche (voir les costumes des ouvri\u00e8res) pour jouer leur propre r\u00f4le.<\/p>\n<p>Dans <em>Ils plant\u00e8re,nt la betterave<\/em> des paysans sont dans leur propre r\u00f4le pour capter une r\u00e9alit\u00e9 en devenir (c\u2019est un film promotionnel)\u00a0; dans En passant par la Tassaout, la pr\u00e9sence de quelques com\u00e9diens professionnels vient \u00e9toffer une captation du r\u00e9el\u00a0; toute v\u00e9ll\u00e9it\u00e9 de glissement vers la fiction pure est neutralis\u00e9e par la mise ensc\u00e8ne.<\/p>\n<p>Je me r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la sc\u00e8ne e Nedjma entrain de prendre l\u2019eau du puits\u00a0; Mokhtar vient lui demander o\u00f9 se trouve son oncle qui n\u2019est autre que le p\u00e8re de Nejma . Celle-ci dans un bref plan pense qu\u2019il le cherche pour venir demander sa main\u00a0; quand Mokhtar press\u00e9 l\u2019informe\u00a0 de son vrai but en lien avec le travail, une l\u00e9g\u00e8re d\u00e9ception traverse son regard.<\/p>\n<p>Un moment de cin\u00e9ma qui trascende les genres. Cependant, la r\u00e9action de Mokhtar qui continue son chemin indique que le film refuse de verser dans le m\u00e9lodrame rural\u00a0; il reste fid\u00e8le \u00e0 son contrat initial, un document de vulgarisation. Ce personnage emprunt\u00e9 \u00e0 la fiction n\u2019est qu\u2019un vecteur pour relancer le r\u00e9cit, une composante d\u2019un dispositof coh\u00e9rent dans son propos et dans sa forme.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>MOHAMMED BAKRIM La c\u00e9r\u00e9monie d\u2019ouverture de la 23\u00e8me \u00e9dition du festival national du film (Tanger 27 octobre-4 novembre) a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e, entre autres, par l\u2019hommage rendu \u00e0 des personnalit\u00e9s du cin\u00e9ma et des m\u00e9dias. 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