{"id":128445,"date":"2023-10-19T23:43:18","date_gmt":"2023-10-19T22:43:18","guid":{"rendered":"https:\/\/agadirtoday.info\/?p=128445"},"modified":"2023-10-19T23:43:18","modified_gmt":"2023-10-19T22:43:18","slug":"my-land-de-nabil-ayouch-palestine-israel-champ-contre-champ","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/agadirtoday.com\/?p=128445&lang=fr","title":{"rendered":"My Land de Nabil Ayouch..Palestine \u2013Isra\u00ebl : Champ \/contre-champ"},"content":{"rendered":"<ul>\n<li>Mohammed Bakrim \/\/<\/li>\n<\/ul>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>\u00ab J.-L. Godard : Palestiniens et Isra\u00e9liens : fiction et documentaire<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Dans son film, Notre musique, Jean-Luc Godard d\u00e9clare : \u00ab le peuple juif rejoint la fiction tandis que le peuple palestinien rejoint le documentaire\u2026<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Champ : Les Isra\u00e9liens marchent dans l\u2019eau vers la terre promise \/ <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Contre-champ : les Palestiniens marchent dans l\u2019eau vers la noyade.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Les Isra\u00e9liens sont sur Tf1, c\u2019est la t\u00e9l\u00e9 r\u00e9alit\u00e9. Et les autres sont dans un film de Fr\u00e9deric Wiseman \u00bb \u2026<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Que peut le cin\u00e9ma face aux bruits du monde ? Peut-\u00eatre remettre la pens\u00e9e \u00e0 l\u2019honneur. Il ne peut se substituer \u00e0 l\u2019analyse g\u00e9opolitique ; ni pr\u00f4ner des solutions \u00ab pr\u00eat \u00e0 porter \u00bb. T\u00e9moigner, capter des moments furtifs d\u2019humanit\u00e9 au sein du chaos. Pr\u00f4ner la juste distance pour mieux voir le juste.<\/p>\n<p>Comme le note l\u2019historien et politologue sp\u00e9cialiste du Moyen Orient, Hamit Bozarslan : \u00ab A l\u2019inverse des sciences sociales qui se sont interdit toute vocation d\u2019\u00e9veiller les consciences ou de les soulager, la cr\u00e9ation artistique ne se charge pas d\u2019exprimer une m\u00e9moire d\u00e9chir\u00e9e, \u00e0 la fois collective et fragment\u00e9e, mais en lui offrant un espace de m\u00e9diation, <u>elle invite encore \u00e0 garder vive la douleur du pass\u00e9 pour pr\u00e9venir celle de demain\u00a0<\/u>\u00bb.<\/p>\n<p>Comment le cin\u00e9ma marocain a, dans ce sens, capt\u00e9 ce que l\u2019on appelle dans le jargon diplomatique \u00ab\u00a0la question palestinienne\u00a0\u00bb, omnipr\u00e9sente dans l\u2019espace public \u00e0 travers la r\u00e9currence de manifestations de soutien sous diff\u00e9rentes formes.<\/p>\n<p>Y compris, il y a quelques temps, l\u2019organisation des journ\u00e9es de cin\u00e9ma palestinien par le mouvement des cin\u00e9-clubs. Journ\u00e9e ayant connu un franc succ\u00e8s populaire notamment \u00e0 l\u2019or\u00e9e des ann\u00e9es 1980, au moment de l\u2019invasion du Liban.<\/p>\n<p>Invasion qui a eu pour cons\u00e9quence l\u2019occupation de Beyrouth, les massacres de Tell Zaatar et l\u2019exil marin vers Tunis des r\u00e9sistants palestiniens. On peut affirmer sans risque d\u2019erreur que la Palestine, comme th\u00e8me a \u00e9t\u00e9 abord\u00e9e diff\u00e9remment d\u2019une mani\u00e8re explicite ou implicite dans plusieurs films marocains (dans divers formats et genres).<\/p>\n<p>Notamment par le groupe de Casablanca (Lagta\u00e2, Chra\u00efbi, les fr\u00e8res Derkaoui, Benjelloun, Hakim Noury). Le moment dramatique de la guerre du Liban, par exemple, a \u00e9t\u00e9 capt\u00e9 par des films qui \u00e9taient en plein tournage et l\u2019ont int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 leur r\u00e9cit via la bande son, lors de la phase de la post production.<\/p>\n<p>Je pense notamment \u00e0 ces deux bijoux : Les beaux jours de Sh\u00e9h\u00e9razade de Mostafa Derkaoui (1982) et Le coiffeur du quartier des pauvres de Mohamed Reggab (1982). Le recours \u00e0 la voix de la radio pour ramener et ins\u00e9rer une trag\u00e9die humaine au sein du r\u00e9cit d\u2019un drame local.<\/p>\n<p>Dans le film de feu Reggab, la citation radiophonique de la guerre \u00a0arrive dans une tr\u00e8s sc\u00e8ne \u00e9difiante o\u00f9 l\u2019on voit le fquih Si Allal (inoubliable Omar Chenbout), m\u00e9taphore de l\u2019intellectuel opportuniste, se mettre \u00e0 terre au service d\u2019une bourgeoisie d\u00e9prav\u00e9e.<\/p>\n<p>Face \u00e0 cette th\u00e9matique qui appelle une investigation approfondie, un film en particulier m\u00e9rite un arr\u00eat sur image en ces moments douloureux que traverse notre sph\u00e8re g\u00e9oculturelle. Il s\u2019agit de My Land de Nabil Ayouch (Maroc-France\u00a0; 2012\u00a0; 82 mn).<\/p>\n<p>Film qui int\u00e8gre en toute coh\u00e9rence la d\u00e9marche du cin\u00e9aste. De la fiction \u00ab document\u00e9e \u00bb : Ali Zaoua\u00a0; Chevaux de Dieu\u00a0; Much loved\u2026des films qui sont l\u2019\u00e9manation d\u2019un sc\u00e9nario fortement r\u00e9f\u00e9renci\u00e9 en termes de personnages et de lieux\u00a0: les enfants de la rue\u00a0; Sidi Moumen\u00a0; Marrakech\u00a0; les attentats du 16 mai\u2026<\/p>\n<p>Au documentaire \u00ab fictionnalis\u00e9 \u00bb\u00a0: My Land, documentaire en termes institutionnels ayant recours aux outils de la fiction\u00a0: personnage principal, narrateur omniscient, musique off \u2026<\/p>\n<p>Globalement, c\u2019est un cin\u00e9ma port\u00e9 par des personnages voyageurs, itin\u00e9rants, condamn\u00e9s \u00e0 l\u2019errance vers une certaine utopie. Des sujets condamn\u00e9s \u00e0 subir ; donnant l\u2019impression de se retrouver l\u00e0 o\u00f9 il ne faut pas et qui se voient transform\u00e9s par une rencontre, par un hasard.<\/p>\n<p>C\u2019est le cas du couple de Mektoub, de Lola, et des enfants de Sidi Moumen, aussi bien ceux de Ali Zaoua que ceux de Chevaux de dieu\u2026ou ceux encore et d\u2019une mani\u00e8re plus positive de Haut et fort.<\/p>\n<p>Un programme narratif trac\u00e9 explicitement dans son premier court m\u00e9trages, Les pierres bleues du d\u00e9sert (1992). Programme que l\u2019on retrouve en filigrane dans les autres films : un personnage central en rupture de ban, exclu d\u2019une forme de communaut\u00e9 et qui se retrouve sur une voie qui m\u00e8ne vers une utopie, en l\u2019occurrence les pierres bleues (un mirage, un mythe, une illusion pour les autres mais un cap pour le h\u00e9ros de Ayouch).<\/p>\n<p>Ces pierres bleues vont se d\u00e9cliner diff\u00e9remment dans le corpus filmique global. La fuite du couple de Mektoub pour le r\u00e9tablissement d\u2019une certaine v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Le d\u00e9sir d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 de Lola (illustr\u00e9 \u00e9loquemment par la danse orientale) et qui se traduit par un voyage au propre et au figur\u00e9 vers l\u2019autre.<\/p>\n<p>Le contrat symbolique des enfants amis de Ali Zaoua pour lui assurer un enterrement digne\u2026la qu\u00eate de l\u2019absolu c\u00e9leste pour les \u00ab chevaux de Dieu \u00bb, la recherche d\u2019une visibilit\u00e9 sociale pour les jeunes rappeurs de Haut et fort : les pierres bleues changent de couleur ou de d\u00e9signation mais elles sont l\u00e0 d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre pour nourrir le r\u00e9cit d\u2019une vie.<\/p>\n<p>On peut d\u2019ailleurs poser ce postulat pour aborder le \u00ab documentaire \u00bb My land \u00e0 travers le double registre du document sur une vie, celle du narrateur\/ auteur, en l\u2019occurrence Nabil Ayouch : la voix off inaugurale ouvre sur une piste autobiographique\u00a0; on apprend ainsi qu\u2019il est de p\u00e8re musulman et de m\u00e8re juive. Et de document sur des vies bris\u00e9es, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre (celles des Palestiniens des camps de r\u00e9fugi\u00e9s et celles en contre-champ des Isra\u00e9liens).<\/p>\n<p>Le film s\u2019ouvre sur une voix off (le son avant l\u2019image) qui accompagne le trajet vers un horizon incertain (aucun panneau de signalisation sur la route qui porte la voix que l\u2019on entend).\u00a0 Le recours \u00e0 la voix off interpelle les auteurs du documentaire.<\/p>\n<p>Dans la pratique moderne, les cin\u00e9astes du documentaire fuient d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment l\u2019usage de la voix off par crainte de verser dans une forme de didactisme. Dans ce sens, le refus de la voix off cherche \u00e0 tirer le documentaire du c\u00f4t\u00e9 du cin\u00e9ma et l\u2019\u00e9loigner du reportage. Tout est question cependant de l\u2019usage que l\u2019on en fait.<\/p>\n<p>Sa pr\u00e9sence n\u2019est pas condamnable dans l\u2019absolu ; elle offre des possibilit\u00e9s du renouvellement du genre. Elle s\u2019inscrit dans une double fonction : narrative et subjective.<\/p>\n<p>C\u2019est le constat que l\u2019on peut d\u00e9gager du recours mesur\u00e9 \u00e0 la voix off dans le film de Ayouch. On peut parler d\u2019une fonction subjective qui d\u00e9barrasse le r\u00e9cit de l\u2019anonymat du narrateur omniscient ; avec la voix de Ayouch on passe du \u00ab nobody\u2019s point of view \u00bb \u00e0 \u00ab sombody\u2019s point of view \u00bb.<\/p>\n<p>Elle est autant narrative (elle guide notre regard d\u2019un point \u00ab\u00a0a\u00a0\u00bb vers un point \u00ab\u00a0b\u00a0\u00bb) et subjective puisqu\u2019elle permet de restituer une exp\u00e9rience personnelle. C\u2019est donc une voix off = voix-je, voix du cin\u00e9aste.<\/p>\n<p>Elle rel\u00e8ve de l\u2019intimit\u00e9 (restitution d\u2019un \u00e9tat d\u2019esprit, d\u2019une \u00e9motion). Elle contribue \u00e9galement \u00e0 la narration : elle organise le r\u00e9cit ; elle retranscrit un itin\u00e9raire physique (la route) mais aussi spirituel.<\/p>\n<p>La voix-je de l\u2019ouverture de My land est celle d\u2019un cin\u00e9aste qui se raconte ; elle s\u2019inscrit dans un questionnement existentiel qui est aussi politique. Le projet du film \u00e9tant la reconstitution d\u2019une m\u00e9moire ; elle donne lieu \u00e0 un exercice de subjectivit\u00e9 assum\u00e9 par la voix off sur un fait historique dans un geste qui l\u2019opposerait au discours politicien ou \u00e0 l\u2019objectivit\u00e9 des historiens.<\/p>\n<p>My land s\u2019ouvre sur une s\u00e9quence fortement cod\u00e9e, celle d\u2019un dispositif qui assure au documentaire un horizon de vraisemblance (un ensemble de conventions partag\u00e9es par le documentariste et son spectateur) avec un mod\u00e8le d\u2019ouverture qui oscille entre le mod\u00e8le du documentaire classique et le reportage.<\/p>\n<p>D\u2019embl\u00e9e, des signes iconiques, verbaux indiquent que nous sommes en pr\u00e9sence d\u2019une subjectivit\u00e9, un documentaire \u00e0 la premi\u00e8re personne. L\u2019auteur se pr\u00e9sente sous la figure de l\u2019enqu\u00eateur \u00e0 la recherche d\u2019une explication.<\/p>\n<p>Ayouch s\u2019int\u00e8gre \u00e0 son film, montre qu\u2019il en fait partie et que ce n\u2019est pas seulement le cin\u00e9aste qui parle mais aussi l\u2019homme qu\u2019il est. C\u2019est lui qui fait le choix de confronter le regard des uns et des autres sur la m\u00eame probl\u00e9matique.<\/p>\n<p>C\u2019est lui dont on entend le premier la voix et que l\u2019on d\u00e9couvre d\u00e8s les premi\u00e8res images face au paysage palestinien. Du coup le film ne peut \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 une compilation de t\u00e9moignages.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas uniquement un documentaire, c\u2019est aussi l\u2019expression d\u2019une volont\u00e9, d\u2019un point de vue politique. C\u2019est la voix d\u2019un cin\u00e9aste qui veut dire quelque chose. Il prend position \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019injustice que subit le peuple palestinien\u00a0! Une \u0153uvre faite de diff\u00e9rentes voix : celles des palestiniens de l\u2019exil, jeunes, vieux, enfants et des Isra\u00e9liens de diff\u00e9rentes g\u00e9n\u00e9rations.<\/p>\n<p>On retrouve ici une convention du documentaire politique, pratiqu\u00e9e notamment par Jean-Louis Comolli dans sa s\u00e9rie politique sur Marseille. Sauf qu\u2019avec My land c\u2019est l\u2019auteur lui-m\u00eame et non un journaliste comme chez Comolli, qui nous sert de guide pour \u00e9lucider une question : le partage de la Palestine entre deux communaut\u00e9s. Nous voyons avec ses yeux tandis qu\u2019il nous permet de comprendre ce que nous voyons.<\/p>\n<p>Un montage altern\u00e9 permet une entr\u00e9e dans le sujet et une appr\u00e9hension de la complexit\u00e9 inh\u00e9rente \u00e0 la qu\u00eate de v\u00e9rit\u00e9-justice. Le cin\u00e9aste rejoint ici, l\u2019historien ou le chercheur en sciences sociales. Si la qu\u00eate de v\u00e9rit\u00e9 du cin\u00e9aste et du chercheur et les r\u00e9sultats de leurs enqu\u00eates offrent quelque co\u00efncidence, les d\u00e9sirs du chercheur et du r\u00e9alisateur de cin\u00e9ma diff\u00e8rent sensiblement.<\/p>\n<p>L\u2019un (le chercheur) veut r\u00e9v\u00e9ler des faits \u00e0 partir d\u2019hypoth\u00e8ses d\u00e9finies. L\u2019autre (le documentariste) recherche, en plus et au-del\u00e0 de l\u2019exactitude, des innovations dans les fa\u00e7ons de d\u00e9crire la complexit\u00e9, l\u2019ambigu\u00eft\u00e9, l\u2019ambivalence des relations entre deux communaut\u00e9s qu\u2019un foss\u00e9 s\u00e9pare. My Land est dans ce sens \u00ab\u00a0un cin\u00e9ma de la complexit\u00e9\u00a0\u00bb pour paraphraser Edgar Morin, le p\u00e8re de cette th\u00e9orie.<\/p>\n<p>Complexit\u00e9 car le film implique de faire confronter une m\u00e9moire \u00e0 une absence de m\u00e9moire. La m\u00e9moire des r\u00e9fugi\u00e9s palestiniens est un temps arr\u00eat\u00e9 (grosso modo autour de la fin des ann\u00e9es 1940), c\u2019est le temps de La Naqba. C\u2019est une sorte de pr\u00e9sent \u00e9ternel dans la m\u00e9moire des grands-m\u00e8res et des grands-p\u00e8res.<\/p>\n<p>Ces gardiens de la m\u00e9moire, film\u00e9s dans un camp du sud Liban restituent parfois avec moult d\u00e9tails leur pass\u00e9(les maisons, les arbres, les voisins juifs avant l\u2019arriv\u00e9e de sionistes\u2026), le pass\u00e9 du film qui est la Palestine perdue.<\/p>\n<p>Une \u00ab\u00a0m\u00e9moire fertile\u00a0\u00bb pour reprendre le titre du documentaire (1980) du cin\u00e9aste palestinien Michel Khleifi. La configuration de l\u2019espace filmique restitue ce conflit. Une configuration qui dit une rh\u00e9torique de cette comp\u00e9tition de r\u00e9cits m\u00e9moriels.<\/p>\n<p>D\u00e8s la sc\u00e8ne d\u2019ouverture le film instaure une dichotomie entre un espace du pr\u00e9sent incarn\u00e9 par la route moderne que traverse le personnage narrateur et un espace de m\u00e9moire incarn\u00e9 par des ruines et un paysage d\u00e9laiss\u00e9. Dichotomie exacerb\u00e9e par la dualit\u00e9 des lieux qui accueillent les t\u00e9moignages des uns et des autres.<\/p>\n<p>Les Palestiniens sont doublement enferm\u00e9s\u00a0; dans leurs souvenirs qui nourrissent l\u2019espoir d\u2019un retour et enferm\u00e9s physiquement dans un espace exigu, souvent ferm\u00e9, sans horizon et des ruelles encombr\u00e9s qui ne m\u00e8nent nulle part. Ils sont souvent film\u00e9s en plans serr\u00e9s.<\/p>\n<p>En contre-champ, les Isra\u00e9liens sont film\u00e9s dans des espaces ouverts, verdoyants, capt\u00e9s parfois en plan am\u00e9ricain renvoyant \u00e0 un rapport harmonieux avec l\u2019espace o\u00f9 ils \u00e9voluent. En outre, il y a beaucoup d\u2019horizons, du mouvement et de l\u2019animation.<\/p>\n<p>D\u2019un enferment l\u2019autre. Ici, le discours reste enferm\u00e9 dans le storytelling des p\u00e8res fondateurs sionistes. Les plus jeunes accul\u00e9s par les images des r\u00e9fugi\u00e9s que leur ram\u00e8ne le cin\u00e9aste d\u00e9veloppent une panoplie de r\u00e9actions vari\u00e9es qui assurent au film sa dimension humaine.<\/p>\n<p>Le montage final renvoie \u00e0 une certaine impasse illustr\u00e9e par les silences, les h\u00e9sitations des uns et des autres. Voire une certaine fragilit\u00e9 de l\u2019\u00e9difice b\u00e2ti sur une usurpation. Le jeune isra\u00e9lien revenu bless\u00e9 et handicap\u00e9 de son service militaire offre au film un grand moment d\u2019\u00e9motion.<\/p>\n<p>Il demande \u00e0 voir, \u00e0 comprendre. C\u2019est l\u2019alter ego du jeune palestinien qui montre son fils encore b\u00e9b\u00e9 \u00e0 la cam\u00e9ra et dit au cin\u00e9aste\u00a0: \u00ab\u00a0comme \u00e7a il sera vu en Palestine gr\u00e2ce \u00e0 ton film\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Une sc\u00e8ne me semble embl\u00e9matique de tout le propos du film. Celle de la rencontre avec Eschel Shpiro (84 ans), universitaire retrait\u00e9 am\u00e9ricain qui a choisi de venir vivre au Kibboutz Sasa, \u00e0 la fronti\u00e8re avec le Liban, suivant en cela ce qui lui a \u00e9t\u00e9 dict\u00e9 par les id\u00e9ologues du sionisme.<\/p>\n<p>Il avoue lui-m\u00eame \u00eatre touch\u00e9 par les images des r\u00e9fugi\u00e9s Palestiniens mais reconnait qu\u2019il est impossible de revenir en arri\u00e8re. \u00ab\u00a0Cette terre a d\u00e9j\u00e0 connu d\u2019autres occupants, c\u2019est \u00e0 nous de l\u2019occuper maintenant\u00a0\u00bb, se justifie-t-il en mobilisant une fiction historique.<\/p>\n<p>Il dirige alors le cin\u00e9aste vers un endroit pour lui montrer une cl\u00e9 en fer rouill\u00e9, accroch\u00e9 au mur. Elle est en elle-m\u00eame la symbolique de tout le drame qui se joue. Ne dit-on pas dans la presse que \u00ab la question palestinienne \u00bb est la cl\u00e9 de la solution de la crise du Moyen-Orient ?<\/p>\n<p>D\u00e9tenir une cl\u00e9, c&rsquo;est avoir un droit l\u00e9gitime sur la porte qu&rsquo;elle ouvre et sur le lieu auquel elle donne acc\u00e8s. Or, c\u2019est une cl\u00e9 palestinienne. Elle n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 restitu\u00e9e \u00e0 qui que ce soit.<\/p>\n<p>Son propri\u00e9taire l\u2019a laiss\u00e9e l\u00e0, \u00e9tant s\u00fbr qu\u2019il allait revenir ; chass\u00e9 de chez lui mais son chez lui reste. Celui qui d\u00e9tient la cl\u00e9 \u00e0 le pouvoir d&rsquo;en accorder ou d&rsquo;en refuser l&rsquo;usage.<\/p>\n<p>Dans son sens symbolique, la cl\u00e9 ouvre \u00e0 la compr\u00e9hension, d\u00e9voile un myst\u00e8re.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mohammed Bakrim \/\/ \u00ab J.-L. Godard : Palestiniens et Isra\u00e9liens : fiction et documentaire Dans son film, Notre musique, Jean-Luc Godard d\u00e9clare : \u00ab le peuple juif rejoint la fiction tandis que le peuple palestinien rejoint le documentaire\u2026 Champ : Les Isra\u00e9liens marchent dans l\u2019eau vers la terre promise \/ Contre-champ : les Palestiniens marchent &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":8,"featured_media":128446,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"googlesitekit_rrm_CAowteS_DA:productID":"","footnotes":"","iawp_total_views":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[144],"tags":[17420,17416,17418],"jetpack_publicize_connections":[],"lang":"fr","translations":{"fr":128445},"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Israel-Palistine.jpg?fit=716%2C451&ssl=1","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/peJLke-xpH","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_likes_enabled":false,"jetpack-related-posts":[],"pll_sync_post":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/128445"}],"collection":[{"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/8"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=128445"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/128445\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/128446"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=128445"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=128445"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=128445"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}