{"id":128088,"date":"2023-10-18T08:55:21","date_gmt":"2023-10-18T07:55:21","guid":{"rendered":"https:\/\/agadirtoday.info\/?p=128088"},"modified":"2023-10-18T08:55:21","modified_gmt":"2023-10-18T07:55:21","slug":"born-in-gaza-la-guerre-a-linnocence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/agadirtoday.com\/?p=128088&lang=fr","title":{"rendered":"Born in Gaza..La guerre \u00e0 l\u2019innocence"},"content":{"rendered":"<ul>\n<li><u>Mohammed Bakrim \/\/<br \/>\n<\/u><\/li>\n<\/ul>\n<p>\u00ab\u00a0La violence engendre la violence\u00a0\u00bb disait le grand dramaturge grec, Eschyle, l\u2019un des ma\u00eetres de la trag\u00e9die.<\/p>\n<p>Face \u00e0 la trag\u00e9die qui est devenue un menu quotidien, il sied de revenir aux fondamentaux. Et la plus grande violence qui s\u2019exerce \u00e0 l\u2019\u00e9gard des victimes de la violence est sa banalisation. Transformer le nombre de victime en statiques comme les cours de la bourse\u00a0; la bourse de l\u2019horreur. Ou encore revoir les images macabres de la destruction massive en un simple flux, actualis\u00e9 au gr\u00e9 des communiqu\u00e9s.<\/p>\n<p>Trop d\u2019informations tue l\u2019information. Nous en avons, chaque soir, que dis-je\u00a0? chaque minute, une nouvelle preuve. Alors que des centaines de milliers d\u2019innocents subissent un d\u00e9luge de feu et d\u2019acier, les experts de salon et les strat\u00e8ges du dernier quart d\u2019heure sp\u00e9culent sur l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019une offensive terrestre. Le spectacle de la violence comme une nouvelle addiction. Les mots finissent par devenir des abstractions.<\/p>\n<p>A l\u2019instar de Gaza et des Gazaouis. A -t-on une id\u00e9e sur ce qu\u2019est ce territoire, son histoire, sa population\u2026r\u00e9duits \u00e0 des indicateurs anonymes sur la carte des calculs g\u00e9opolitiques. Oui, Gaza existe bel et bien comme entit\u00e9 humaine avec une sp\u00e9cificit\u00e9 forg\u00e9e dans la rencontre violente de la g\u00e9ographie et de l\u2019histoire. Il faut savoir que cette entit\u00e9 qui vient de cr\u00e9er l\u2019\u00e9v\u00e9nement majeur de cette d\u00e9cennie a une superficie d\u2019\u00e0 peine 365 km2.<\/p>\n<p>Elle porte bien le nom de la bande avec une longueur de 41 kms et une largeur qui oscille entre 6 et 12 kms. Sur ce morceau de terre entre le d\u00e9sert et la mer vivent plus de deux millions d\u2019habitants dont plus de deux tiers sont des r\u00e9fugi\u00e9s. C\u2019est la r\u00e9gion du monde qui connait une tr\u00e8s forte densit\u00e9 avec plus de 6000 habitants au km2 (contre 450 en \u00ab\u00a0Isra\u00ebl\u00a0\u00bb\u00a0!).<\/p>\n<p>Gaza conna\u00eet aussi une tr\u00e8s forte progression d\u00e9mographique\u00a0; le taux de f\u00e9condit\u00e9 chez les Gazaouies est de 3,34 contre 2,9 en Isra\u00ebl (c\u2019est une autre bataille silencieuse qui se d\u00e9roule \u00e0 ce niveau\u00a0!).<\/p>\n<p>C\u2019est une population tr\u00e8s jeune comme on le constate indirectement dans les images de la guerre que nous recevons\u00a0: 40% des gazaouis ont moins de 14 ans\u00a0!\u00a0 Plus int\u00e9ressant encore, l\u2019\u00e2ge m\u00e9dian de la population est de 18 ans. A peine 3 % de la population sont \u00e2g\u00e9s de plus de 65 ans.<\/p>\n<p>C\u2019est cette jeunesse\u00a0; ce sont ces enfants qui sont les cibles des attaques isra\u00e9liennes\u00a0: les fanatiques sionistes \u00e9tant conscients que c\u2019est l\u00e0 une force de frappe qui va d\u00e9terminer et dessiner la configuration de l\u2019avenir.<\/p>\n<p>Ne pas r\u00e9duire cette enfance assassin\u00e9e en une simple donne statistique, il y a un film qui t\u00e9moigne et du coup r\u00e9habilite l\u2019honneur des images, Born in Gaza de Hern\u00e1n Zin.<\/p>\n<p>Zin a une carri\u00e8re atypique. A l\u2019image de sa biographie elle-m\u00eame originale\u00a0: c\u2019est un correspondant de guerre, \u00e9crivain, producteur et cin\u00e9aste d&rsquo;origine italo-argentine bas\u00e9 \u00e0 Madrid, en Espagne. Depuis 1994, il a parcouru le monde en r\u00e9alisant des films documentaires, en \u00e9crivant des livres et en contribuant \u00e0 des m\u00e9dias.<\/p>\n<p>Born in Gaza (2014) est une \u0153uvre de t\u00e9moignage, pleine d\u2019empathie \u00e0 l\u2019\u00e9gard du sujet qu\u2019elle aborde, celui des enfants de Gaza victimes de la guerre d\u2019Isra\u00ebl dans sa variante de juillet 2014. Le style po\u00e9tique et imag\u00e9e transcende la dimension journalistique pour faire \u0153uvre de cin\u00e9ma. D\u00e9marche consacr\u00e9e par un \u00e9logieux accueil critique et professionnel. Le film a obtenu notamment le Prix Goya du meilleur documentaire.<\/p>\n<p>Le cin\u00e9aste arrive \u00e0 Gaza suite \u00e0 la guerre de juillet 2014 qui a laiss\u00e9 507 enfants morts et 3598 bless\u00e9s. Il filme la ville pendant le si\u00e8ge\u00a0: les p\u00eacheurs n\u2019ont pas le droit d\u2019aller au-del\u00e0 d\u2019une zone limit\u00e9e \u00e0 9 kilom\u00e8tres.<\/p>\n<p>Une ville en ruines qui fait de celles des images d\u2019aujourd\u2019hui du d\u00e9j\u00e0-vu. L\u2019angle choisi est celui de suivre un groupe de jeunes enfants et comment ils subissent les vicissitudes de la guerre.<\/p>\n<p>Ils sont une dizaine\u00a0: Mohamed, Oudei, Mahmoud, Soundouss\u2026Rajaf fils d\u2019ambulancier assassin\u00e9 par un obus au moment o\u00f9 il est all\u00e9 sauver des familles\u00a0: \u00ab\u00a0oui mon p\u00e8re est un h\u00e9ros plus que cela c\u2019est le h\u00e9ros des h\u00e9ros\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Dialoguant avec le cin\u00e9aste avec une s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 et faisant preuve de maturit\u00e9 pr\u00e9coce.<\/p>\n<p>Deux moments forts dans le film\u00a0: quand le r\u00e9cit est interrompu pour ins\u00e9rer les noms des enfants victimes des bombardements comme le g\u00e9n\u00e9rique d\u2019une trag\u00e9die.<\/p>\n<p>Et puis la s\u00e9quence des enfants qui ont surv\u00e9cu \u00e0 une attaque sur la plage\u00a0: avec les mots d\u2019enfants ils racontent comment ils ont perdu des fr\u00e8res des cousins, des amis\u2026comment ils portent dans diff\u00e9rentes parties de leur corps des fragments de bombes\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0les m\u00e9decins ont peur, ils n\u2019ont pas voulu m\u2019op\u00e9rer, j\u2019esp\u00e8re un jour aller \u00e0 l\u2019\u00e9tranger pour l\u2019enlever ce morceau de fer de ma poitrine\u00a0\u00bb nous raconte l\u2019un d\u2019eux. Un autre montre les doigts de sa main qu\u2019il ne peut plus faire bouger. Ou encore cette jeune fille qui s\u2019interroger pourquoi on l\u2019a bombard\u00e9 alors qu\u2019elle n\u2019a ni armes ni bombes.<\/p>\n<p>Tous.tes sont film\u00e9(e)s avec dignit\u00e9 et parlent sans haine et sans col\u00e8re. Comme Bissan qui refuse qu\u2019on lui parle du drame qu\u2019elle a subi (ses parents sont morts) et jouent avec sa copine. Tous r\u00eavent d\u2019un m\u00e9tier, d\u2019un r\u00f4le\u00a0: p\u00eacheur, professeur d\u2019anglais\u2026Dans leur regard une d\u00e9termination et un amour de la vie.<\/p>\n<p>Dans le film, ils ont entre dix et quinze ans. C\u2019\u00e9tait en ao\u00fbt 2014. Que sont-ils devenus dix ans apr\u00e8s\u00a0? Des h\u00e9ros anonymes du 7 octobre 2023\u00a0?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mohammed Bakrim \/\/ \u00ab\u00a0La violence engendre la violence\u00a0\u00bb disait le grand dramaturge grec, Eschyle, l\u2019un des ma\u00eetres de la trag\u00e9die. Face \u00e0 la trag\u00e9die qui est devenue un menu quotidien, il sied de revenir aux fondamentaux. Et la plus grande violence qui s\u2019exerce \u00e0 l\u2019\u00e9gard des victimes de la violence est sa banalisation. 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