{"id":125729,"date":"2023-10-02T18:08:48","date_gmt":"2023-10-02T17:08:48","guid":{"rendered":"https:\/\/agadirtoday.info\/?p=125729"},"modified":"2023-10-11T16:45:08","modified_gmt":"2023-10-11T15:45:08","slug":"lhommage-de-christine-daure-serfaty-au-haut-atlas-la-femme-dijoukak","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/agadirtoday.com\/?p=125729&lang=fr","title":{"rendered":"L\u2019hommage de Christine-Daure Serfaty au Haut Atlas..La femme d&rsquo;Ijoukak"},"content":{"rendered":"<ul>\n<li><u>Mohammed Bakrim \/\/<br \/>\n<\/u><\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>Ijoukak<\/strong>, longtemps un hameau tranquille, paisible sur la route de Tizi N\u2019test, a fait brutalement irruption dans l\u2019espace public par la force d\u2019un \u00e9v\u00e9nement quasi tragique, le s\u00e9isme du 8 septembre.<\/p>\n<p>Le village plus connu pour les familiers de la route 203 (rebaptis\u00e9e la RN 7) par Imi Nougerzi) est devenu un site hyper-m\u00e9diatis\u00e9.<\/p>\n<p>Avec Talat N\u2019Yaakoub dont il rel\u00e8ve administrativement, et Ighil, l\u2019\u00e9picentre du s\u00e9isme, ils forment le triangle de la d\u00e9solation et de la mort.<\/p>\n<p>Et pourtant cette route charg\u00e9e d\u2019histoire, c\u2019est le point de passage de grands \u00e9v\u00e9nements qui ont contribu\u00e9 \u00e0 forger la nation marocaine, ces villages, ces douars ont une valeur qui ne se r\u00e9duit pas \u00e0 la seule dimension exotique.<\/p>\n<p>Un livre, en l\u2019occurrence un roman a d\u00e9j\u00e0 ouvert la voie \u00e0 une approche plus humaniste de ces montagnes quasi inaccessibles.<\/p>\n<p>C\u2019est La femme d\u2019Ijoukak de Christine Daure-Serfaty (premi\u00e8re \u00e9dition Paris 1997 ; r\u00e9\u00e9dit\u00e9 \u00e0 Casablanca en 2008).<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ce roman est le pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 de mes livres\u00a0\u00bb avoue Christine Daure-Serfaty. Nous la rejoignons pour souligner d&#8217;embl\u00e9e que c&rsquo;est un r\u00e9cit d\u2019une lecture tonique effectivement qu&rsquo;elle nous offre ici.<\/p>\n<p>Un r\u00e9cit de m\u00e9moire et de souvenirs (une autofiction plus qu\u2019une autobiographie) \u00e0 l&rsquo;image de l&rsquo;\u00e9poque qui l\u2019a vu na\u00eetre ; une ann\u00e9e charni\u00e8re dans une d\u00e9cennie d\u00e9cisive du Maroc moderne.<\/p>\n<p>Un Maroc que Christine Daure-Serfaty a port\u00e9 dans son c\u0153ur comme dans son esprit de militante des droits de l&rsquo;homme.<\/p>\n<p>Ce Maroc des ann\u00e9es soixante du si\u00e8cle dernier qu&rsquo;elle d\u00e9couvre en tant qu&rsquo;enseignante avant d&rsquo;\u00e9pouser sa cause en s&rsquo;engageant aupr\u00e8s des militants motiv\u00e9s d&rsquo;utopie, montant \u00e0 l&rsquo;assaut du ciel.<\/p>\n<p>La femme d&rsquo;Ijoukak est une histoire d\u2019amour ; amour de cette r\u00e9gion montagneuse au c\u0153ur du Haut Atlas entre Amizmiz et Ijoukak \u00e0 l&rsquo;ombre du col de Tizi n&rsquo;test, le plus haut d&rsquo;Afrique, nous apprend-on dans les livres de g\u00e9ographie.<\/p>\n<p>Mais amour aussi d\u00e9clar\u00e9e, tue, avort\u00e9e entre des \u00eatres emport\u00e9s dans les tumultes d&rsquo;une histoire qui a mis en sc\u00e8ne des acteurs aux appartenances multiples.<\/p>\n<p>Tout commence par une rencontre en France entre la narratrice, Mathilde et un Monsieur d&rsquo;un certain \u00e2ge.<\/p>\n<p>Une rencontre br\u00e8ve mais charg\u00e9e d&rsquo;\u00e9motion et de signes \u00e9nigmatiques ; signes et indices qui vont d\u00e9clencher un retour en arri\u00e8re.<\/p>\n<p>Un long flashback vers ce Maroc des temps des Fran\u00e7ais, dans cette belle r\u00e9gion de Tizi n&rsquo;test.<\/p>\n<p>Retour sur l&rsquo;enfance, sur les origines travers\u00e9es de doutes et d&rsquo;interrogations.<\/p>\n<p>Le r\u00e9cit est bien ancr\u00e9 dans cet espace charg\u00e9 d&rsquo;histoires non \u00e9crites, o\u00f9 la narration orale tient lieu de catharsis.<\/p>\n<p>Mathilde va \u00eatre confront\u00e9e \u00e0 cette part de v\u00e9rit\u00e9, traditionnellement confin\u00e9e dans la bo\u00eete noire de la m\u00e9moire collective des soci\u00e9t\u00e9s et des familles.<\/p>\n<p>Mais elle persiste \u00e0 restituer les d\u00e9tails de l&rsquo;histoire. C&rsquo;est Icare et son voyage vers le soleil\u2026elle tient \u00e0 compl\u00e9ter son histoire :\u00a0\u00bb<em>car on raconte aussi pour ne pas mourir ou parce que on est d\u00e9j\u00e0 mort ; on raconte pour gu\u00e9rir<\/em>\u00a0\u00bb \u00e9crivait le critique de cin\u00e9ma, Serge Daney.<\/p>\n<p>Cette r\u00e9f\u00e9rence cin\u00e9philique n&rsquo;est pas fortuite ; le livre de Daure-Serfaty me semble \u00eatre port\u00e9 par une \u00e9criture cin\u00e9matographique non seulement dans sa structuration narrative polyphonique o\u00f9 chaque acteur prend en charge une part du r\u00e9cit ; il n&rsquo;y a pratiquement pas de figuration ; chacun \u00e0 sa part de \u00ab\u00a0responsabilit\u00e9 narrative\u00a0\u00bb dans la restitution de ce puzzle, mais aussi dans son rapport au temps avec des aller-retour entre le temps de la narration et le temps de l&rsquo;histoire.<\/p>\n<p>Potentialit\u00e9 cin\u00e9matographique surtout dans son rapport \u00e0 l&rsquo;espace. Le roman est \u00e0 ce niveau tr\u00e8s visuel quasiment tactile.<\/p>\n<p>On imagine ais\u00e9ment un plan large \u00e0 partir de Targa, la maison de Mathilde dans la banlieue de Marrakech embrassant le Haut Atlas seigneurial. Pour ceux notamment qui connaissent la r\u00e9gion, c&rsquo;est une plong\u00e9e aux sensations multiples dans un d\u00e9cor ouvert sur tous les possibles narratifs.<\/p>\n<p>Jeune, je traversais le col de Tizi N&rsquo;test avec ma famille au rythme de r\u00e9cits fantastiques o\u00f9 il \u00e9tait question d&rsquo;une folle qui hantait les lieux.<\/p>\n<p>A l&rsquo;aube on prenait un petit d\u00e9jeuner frugal, caf\u00e9 et askif (soupe amazighe) chez Touda \u00e0 Ijoukak. Cet univers perdu \u00e0 jamais est restitu\u00e9 par l&rsquo;\u00e9criture fluide, po\u00e9tique, limpide de Christine-Daure Serfaty.<\/p>\n<p>Cette folle d\u2019Ijoukak qui hantait les r\u00e9cits des voyageurs qui traversaient la nuit ces montagnes sobres et \u00e9nigmatiques n\u2019est autre que La femme d\u2019Ijoukak, r\u00e9habilit\u00e9e par la fiction, une trag\u00e9dienne victime d\u2019un amour impossible.<\/p>\n<p>La victime symbolique de la rencontre entre deux mondes. Rencontre violente, car n\u00e9e d\u2019une agression (le protectorat), entre deux mondes.<\/p>\n<p>Demain, un projet d&rsquo;adaptation pour le cin\u00e9ma ? Ce serait magnifique. Une autre mani\u00e8re de r\u00e9habiliter Ijoukak, deux fois victimes, du s\u00e9isme et des choix des hommes.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mohammed Bakrim \/\/ Ijoukak, longtemps un hameau tranquille, paisible sur la route de Tizi N\u2019test, a fait brutalement irruption dans l\u2019espace public par la force d\u2019un \u00e9v\u00e9nement quasi tragique, le s\u00e9isme du 8 septembre. 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