{"id":122264,"date":"2023-08-30T13:47:45","date_gmt":"2023-08-30T12:47:45","guid":{"rendered":"https:\/\/agadirtoday.info\/?p=122264"},"modified":"2023-10-11T16:45:08","modified_gmt":"2023-10-11T15:45:08","slug":"mort-a-vendre-le-crepuscule-des-heros","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/agadirtoday.com\/?p=122264&lang=fr","title":{"rendered":"Mort \u00e0 vendre : Le cr\u00e9puscule des h\u00e9ros"},"content":{"rendered":"<ul>\n<li>MOHAMMED BAKRIM \/\/<\/li>\n<\/ul>\n<p>Une ville, trois destins. C\u2019est une autre mani\u00e8re de faire le r\u00e9sum\u00e9 du nouveau film de Faouzi Bensaidi \u00ab Mort \u00e0 vendre \u00bb.<\/p>\n<p>Il met d\u2019embl\u00e9e en sc\u00e8ne trois personnages : Malik et Soufiane qu\u2019on d\u00e9couvre l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre \u00e0 la porte d\u2019une prison ; ils sont vite rejoints par leur ami Allal qui vient de purger sa peine ; il salue rapidement un homme d\u2019un certain \u00e2ge \u2013 on comprendra plus tard qu\u2019il s\u2019agit de son p\u00e8re- avant d\u2019aller vers sa vraie \u00ab famille \u00bb, son clan, ses compagnons d\u2019infortune.<\/p>\n<p>La s\u00e9quence nous les montre d\u00e9ambuler en ville. Entre en sc\u00e8ne alors l\u2019autre composante du r\u00e9cit, l\u2019espace. Des indices iconiques et g\u00e9ographiques nous permettent de reconna\u00eetre la ville de T\u00e9touan.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s vite aussi l\u2019accumulation de certains \u00e9l\u00e9ments filmiques (l\u2019ambiance, les d\u00e9cors) et cin\u00e9matographiques (la lumi\u00e8re, certains cadrages nocturnes\u2026) am\u00e8nent le cin\u00e9phile averti \u00e0 se poser une premi\u00e8re hypoth\u00e8se : pour son troisi\u00e8me long m\u00e9trage, Faouzi Bensaidi a choisi de s\u2019inscrire dans une tradition de genre, le policier am\u00e9ricain ou ce que les th\u00e9oriciens fran\u00e7ais du cin\u00e9ma qualifient de film noir.<\/p>\n<p>Dans Mille mois, nous sommes en pr\u00e9sence d\u2019un r\u00e9cit lin\u00e9aire port\u00e9 par une \u00e9criture quasi acad\u00e9mique s\u2019inspirant du n\u00e9or\u00e9alisme et de l\u2019esth\u00e9tique asiatique avec une touche personnelle qui renvoie \u00e0 des \u00e9l\u00e9ments de la culture locale et personnelle du cin\u00e9aste donnant in fine une \u0153uvre fortement structur\u00e9e.<\/p>\n<p>A ce propos Faouzi avait parl\u00e9, sur un ton amus\u00e9, lors de la pr\u00e9sentation de son film \u00e0 Cannes \u00ab d\u2019un film de vieux \u00bb ; \u00e0 prendre bien s\u00fbr non pas au sens biologique mais professionnel du mot.<\/p>\n<p>WWW pour sa part ouvre une autre piste dans le cheminement du travail du cin\u00e9aste ; plus ludique dans sa mise en sc\u00e8ne avec un jeu de r\u00e9f\u00e9rences et de clins d\u2019\u0153il clairement affich\u00e9s \u00e0 toute l\u2019histoire du cin\u00e9ma mais avec au fond une th\u00e9matique constante : de la d\u00e9chirure et l\u2019incommunicabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Le nouvel opus offre une premi\u00e8re synth\u00e8se de cette d\u00e9marche en stabilisant les choix esth\u00e9tiques autour des codes du cin\u00e9ma de genre, en l\u2019occurrence le film noir. Genre tr\u00e8s stylis\u00e9 d\u2019abord au niveau de l\u2019image avec des caract\u00e9ristiques qui rel\u00e8vent quasiment de la signature et au niveau dramatique avec des personnages embl\u00e9matiques fortement marqu\u00e9s et une \u00e9volution vers une fin incertaine.<\/p>\n<p>Rapidement on pourrait rappeler quelques indications dans ce sens ; le film noir, dans sa majorit\u00e9, se distingue par la r\u00e9currence des donn\u00e9es suivantes :<\/p>\n<p>&#8211; <em>Un espace urbain hostile ou indiff\u00e9rent film\u00e9 majoritairement la nuit ; ici, T\u00e9touan, ville \u00e9nigmatique \u00ab\u00a0f\u00e9minine\u00a0\u00bb qui cache son jeu\u00a0; offre un cadre idoine \u00e0 une intrique aux multiples ficelles<\/em><\/p>\n<p><em>&#8211; Une atmosph\u00e8re d\u2019angoisse et d\u2019incertitude ; film\u00e9e la nuit, ou au cr\u00e9puscule\u00a0; un jeu d\u2019alternance entre l\u2019int\u00e9rieur et l\u2019ext\u00e9rieur accentue cette dimension d\u2019incertitude. <\/em><\/p>\n<p><em>&#8211; Le r\u00e9alisme social autour des trois personnages, le r\u00e9cit installe un environnement ancr\u00e9 sociologiquement\u00a0: le boulanger\u00a0; la classe ouvri\u00e8re \u00e0 l\u2019aube\u00a0; le flic ripoux\u00a0; le trafic illicite des marques <\/em><\/p>\n<p><em>&#8211; La fragilit\u00e9 des personnages principaux ; pris d\u2019embl\u00e9e \u00e0 la porte d\u2019une prison, les personnages \u00e9voluent dans un espace ferm\u00e9\u00a0; fragilis\u00e9s d\u2019embl\u00e9e<\/em><\/p>\n<p><em>&#8211; La femme fatale\u00a0; dans le film, elle porte bien son nom\u00a0: Dounia\/la vie. Elle fonctionnera comme r\u00e9v\u00e9lateur, comme moteur narratif et comme dynamique actantielle<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0&#8211; L\u2019organisation et la r\u00e9alisation d\u2019un coup de force ; de petits larcins, le trio passe \u00e0 un coup\u00a0: l\u2019attaque de la bijouterie. Mais comme dans une logique diff\u00e9renci\u00e9e, chacun compte y trouver une forme de sortie de secours ou de r\u00e9demption <\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0&#8211; L\u2019issue tragique. Elle est inscrite dans le titre du film\u00a0; dans la s\u00e9quence d\u2019ouverture et en filigrane du r\u00e9cit<\/em><\/p>\n<p>En fait, nous avons synth\u00e9tis\u00e9 ces donn\u00e9es avec en filigrane le cas pr\u00e9cis du film de Faouzi Bensaidi.<\/p>\n<p>C\u2019est presque le conducteur du film ; nous sommes pratiquement partis du film vers le genre qui le fonde. N\u00e9anmoins, il ne s\u2019agit nullement d\u2019une grille ou d\u2019une recette qu\u2019il suffit de transposer ou de mettre en application pour s\u2019afficher film noir.<\/p>\n<p>C\u2019est beaucoup plus un feeling et une attitude qu\u2019une technique. Certes, le genre a vu son \u00e9mergence et a connu ses ann\u00e9es de forte pr\u00e9sence dans l\u2019Am\u00e9rique des ann\u00e9es 40 et des ann\u00e9es 50. Des cin\u00e9astes, John Huston par exemple, des films, \u00ab Assurance sur la mort \u00bb, pour ne citer qu\u2019un, lui ont donn\u00e9 ses lettres de noblesse.<\/p>\n<p>Tout cela dans un contexte politique et social particulier. La guerre froide, l\u2019affrontement id\u00e9ologique, la chasse aux sorci\u00e8res ont fatalement favoris\u00e9 l\u2019\u00e9mergence d\u2019une ambiance que le film noir a parfaitement illustr\u00e9e. Mais le style, la touche\u2026 ont transcend\u00e9 le contexte am\u00e9ricain pr\u00e9cis pour revenir en Europe et dans d\u2019autres contr\u00e9es, dans d\u2019autres contextes socio-culturels qui l\u2019ont adopt\u00e9\/adapt\u00e9 \u00e0 leur d\u00e9marche.<\/p>\n<p>L\u2019esth\u00e9tique du film noir ne trouve-t-elle pas ses origines elle aussi en Europe avec l\u2019expressionnisme, le n\u00e9or\u00e9alisme avant de trouver sa synth\u00e8se aux USA\u00a0?<\/p>\n<p>C\u2019est une tendance et non un dogme avec un cahier de charges \u00e9tabli pour \u00eatre appliqu\u00e9. Il y a au sein des genres, la place pour l\u2019exercice de la libert\u00e9\u2026pour ceux qui ont bien compris le jeu.<\/p>\n<p>C\u2019est la d\u00e9monstration que nous en offre Faouzi Bensaidi : il revisite un genre dans une d\u00e9marche tr\u00e8s personnelle. Tr\u00e8s libre.<\/p>\n<p>Originale en somme. Mon hypoth\u00e8se est que l\u2019originalit\u00e9, install\u00e9e par rapport aux codes du genre, r\u00e9side d\u2019abord dans le syst\u00e8me des personnages construit autour du trio central.<\/p>\n<p>Les trois personnages arrivent au sein du r\u00e9cit par touches successives pour aboutir \u00e0 des profils bien ancr\u00e9s dans un contexte social et psychologique.<\/p>\n<p>Des \u00eatres fragilis\u00e9s par leur origine, leur parcours et par l\u2019impasse qui cl\u00f4t leur parcours. Ce ne sont pas des marginaux, apathiques et d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9s de la vie. Le trio de Mort \u00e0 vendre, au contraire, carbure \u00e0 la vie et charrie du d\u00e9sir \u00e0 en mourir.<\/p>\n<p>D\u00e9sir d\u2019un ailleurs, d\u2019une utopie\u2026avec Malik, Soufiane et Allal nous passons du film noir \u00e0 Shakespeare. Trois parcours, trois destins \u00e9cras\u00e9s par l\u2019histoire. Il est alors utile de voir comment ils g\u00e8rent ce destin qui les m\u00e8ne vers une issue tragique.<\/p>\n<p>Malik (Fehd Benchemsi magnifique) me semble \u00eatre marqu\u00e9 par le romantisme ; il croit \u00e0 l\u2019amour. Il a un rapport sentimental et platonique avec les femmes. D\u2019abord sa s\u0153ur Awatif (belle interpr\u00e9tation de Nezha Rahil) ; il la comprend, la d\u00e9fend et devient fou de vengeance quand elle meurt dans des circonstances terribles.<\/p>\n<p>Quand il croise Dounia (Imane Mechrafi, la surprise agr\u00e9able du film) sa vie change d\u00e9finitivement. Le film les fait rencontrer dans l\u2019une de ses plus belles sc\u00e8nes faite de po\u00e9sie, de beaut\u00e9 et de paradoxes : l\u2019\u00e9change idyllique entam\u00e9 autour d\u2019une boisson se fait par-dessus une\u2026d\u00e9charge publique. Beaut\u00e9 et laideur.<\/p>\n<p>Une sc\u00e8ne oxymore ! Pasolini n\u2019est pas loin. Pour l\u2019amour de Dounia, Malik se livrera tout entier comme il livrera les siens pour elle\u2026le co\u00fbt sera fatal. Le jeu des noms propres des personnages n\u2019est pas un hasard : Dounia (la vie)= dnia ghdara ! En face il y a Malik= malak (l\u2019ange).<\/p>\n<p>La sc\u00e8ne finale nous confirme cette dimension ang\u00e9lique du personnage. Il rejoindra peut-\u00eatre le ciel\u2026 Le ciel, c\u2019est le choix radical de Soufiane (Fouad Labied, l\u2019acteur f\u00e9tiche de Bensaidi). A Malik le romantique, s\u2019oppose Soufiane le mystique.<\/p>\n<p>Ayant v\u00e9cu de petits vols, des sacs \u00e0 main de pr\u00e9f\u00e9rence (sa cible de pr\u00e9f\u00e9rence ce sont les lyc\u00e9ennes !) il voit sa vie basculer lorsqu\u2019il a \u00e9t\u00e9 pris et lynch\u00e9 par des jeunes sauvageons de la ville ; il est sauv\u00e9 par des fondamentalistes qu\u2019il rejoindra corps et \u00e2me.<\/p>\n<p>Sa r\u00e9demption est extr\u00eame, illustr\u00e9e par cette sc\u00e8ne \u00e9nigmatique du feu de la for\u00eat. Cette s\u00e9quence m\u00e9rite un traitement \u00e0 part, tellement elle se d\u00e9marque de l\u2019ensemble et s\u2019offre comme un acte fondateur de quelque chose qui vient. Les trois personnages ne reviendront pas indemnes de cette vir\u00e9e.<\/p>\n<p>Le spectateur de Faouzi Bensaidi aussi. Reste le troisi\u00e8me, Allal (tr\u00e8s belle prestation de Mouhcine Malzi, la r\u00e9v\u00e9lation). A c\u00f4t\u00e9 du romantique et du mystique, Allal offre la figure du rebelle. Face au sentimentalisme de Malik, \u00e0 l\u2019absolu th\u00e9ologique de Soufiane, Allal d\u00e9veloppe une logique pragmatique, terre \u00e0 terre. Conscient des enjeux, il est aussi lucide. Avec lui, on sait que l\u2019homme est seul.<\/p>\n<p>Il r\u00e9invente son humanit\u00e9 au moment o\u00f9 il est trop tard. C\u2019est cet ultime moment que capte Mort \u00e0 vendre. La mort est gratuite en fait l\u00e0 omnipr\u00e9sente dans un espace qui accule au d\u00e9sespoir.<\/p>\n<p>Les images du film nous situent, gr\u00e2ce \u00e0 un magnifique traitement de la couleur et de la lumi\u00e8re, dans une ambiance cr\u00e9pusculaire ; dans un hiver psychologique o\u00f9 l\u2019espace agit comme actant opposant : nulle part cette ville, calme d\u2019apparence, n\u2019offre de lieux de r\u00e9pit pour ses h\u00e9ros issus de notre monde. Partout, les antagonismes \u00e9clatent et entrainent les personnages dans un engrenage infernal.<\/p>\n<p>La bo\u00eete, la maison, la famille\u2026partout la petite violence pr\u00e9pare et annonce la grande violence. Appara\u00eet alors une figure qui nous ram\u00e8ne au genre, l\u2019inspecteur Debbaze (Faouzi Bensaidi, excellent) flic-ripoux, ma\u00eetre d\u2019\u0153uvre de ce drame, tirant les ficelles et nourrissant certainement le fol espoir lui aussi de r\u00e9ussir un super coup qui lui permettra de s\u2019en sortir : c\u2019est ce qui explique la forte pr\u00e9sence des m\u00e9dias pour filmer l\u2019arrestation du gang ? r\u00eavant, \u00e0 l\u2019instar de ceux d\u2019en face d\u2019un ailleurs.<\/p>\n<p>Sa pr\u00e9sence, finalement nous sort du r\u00e9alisme social et nous ram\u00e8ne au cin\u00e9ma dans sa version spectaculaire avec la tr\u00e8s belle s\u00e9quence d\u2019action de l\u2019attaque de la bijouterie.<\/p>\n<p>Il met en sc\u00e8ne sa prestation comme il dirige ses d\u00e9tenus comme un cin\u00e9aste dirige des acteurs : la sc\u00e8ne dans la voiture de police quand il demande \u00e0 Malik et \u00e0 Dounia de s\u2019embrasser est \u00e0 forte charge symbolique notamment par les temps qui courent !<\/p>\n<p>Au premier degr\u00e9, celui inh\u00e9rent au r\u00e9cit (\u00e0 la di\u00e9g\u00e8se) c\u2019est l\u2019inspecteur Debbaze qui demande \u00e0 son prot\u00e9g\u00e9 Malik (il veut d\u2019en faire un indic) d\u2019embrasser Dounia (fille de nuit qui travaille dans une bo\u00eete que Malik aime beaucoup).<\/p>\n<p>Une mise en sc\u00e8ne qui approfondit le profil et le caract\u00e8re du personnage atypique, fait de paradoxes et d\u2019extravagance.<\/p>\n<p>Mais la sc\u00e8ne peut se lire aussi au deuxi\u00e8me degr\u00e9 \u00e0 savoir que c\u2019est quasiment le making of d\u2019un tournage o\u00f9 Faouzi Bensaidi, r\u00e9alisateur, dirige ses acteurs, Fehd et Imane, et leur demande de s\u2019embrasser\u2026 ou encore, \u00e0 un niveau plus symbolique, c\u2019est l\u2019institution cens\u00e9e s\u00e9vir contre les atteintes aux bonnes m\u0153urs qui invite deux jeunes \u00e0 s\u2019embrasser\u2026au cin\u00e9ma !<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/faouzi-bensaidi.jpeg?ssl=1\"><img data-attachment-id=\"122271\" data-permalink=\"https:\/\/agadirtoday.com\/?attachment_id=122271\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/faouzi-bensaidi.jpeg?fit=480%2C581&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"480,581\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"faouzi bensaidi\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/faouzi-bensaidi.jpeg?fit=248%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/faouzi-bensaidi.jpeg?fit=480%2C581&amp;ssl=1\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"aligncenter wp-image-122271\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/faouzi-bensaidi.jpeg?resize=349%2C422&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"349\" height=\"422\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/faouzi-bensaidi.jpeg?resize=248%2C300&amp;ssl=1 248w, https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/faouzi-bensaidi.jpeg?w=480&amp;ssl=1 480w\" sizes=\"(max-width: 349px) 100vw, 349px\" title=\"\" data-recalc-dims=\"1\"><\/a><\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Faouzi Bensa\u00efdi\u00a0:Filmer la ville comme le visage d\u2019un acteur<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong>Le chiffre 3 renvoie forc\u00e9ment \u00e0 trilogie\u00a0: peut-on alors dire qu\u2019apr\u00e8s Mille mois et WWW, Mort \u00e0 vendre, ton troisi\u00e8me long-m\u00e9trage vient boucler une \u00e9tape dans ton cheminement cin\u00e9matographique\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>On peut le voir \u00e0 la fois comme une exp\u00e9rience \u00e0 part enti\u00e8re, car je m\u2019attaque pour la premi\u00e8re fois au classique, dans ce qu\u2019il a de beau et fort, je reprends les sch\u00e9mas et les codes du film noir mais je ne les pervertis pas autant que dans \u00ab\u00a0WWW\u00a0\u00bb, je les revisite, je donne une version. En m\u00eame temps c\u2019est un film synth\u00e8se des deux premiers. Il y a le souffle tragique, le rapport \u00e0 la nature, le romanesque, le r\u00e9alisme de l\u2019atmosph\u00e8re et des personnages comme dans \u00ab\u00a0Mille Mois\u00a0\u00bb\u00a0; et il y a le film de genre, l\u2019urbain, la contemporan\u00e9it\u00e9, l\u2019envie de filmer des sc\u00e8nes cl\u00e9s dans l\u2019histoire du cin\u00e9ma comme la poursuite, la mort des amants dans \u00ab\u00a0www\u00a0\u00bb ou alors le vol d\u2019une bijouterie dans \u00ab\u00a0Mort \u00e0 vendre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Le sc\u00e9nario de Mort \u00e0 vendre est tr\u00e8s dense, d\u2019abord parce qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un groupe de personnages \u00e0 suivre ensuite par l\u2019importance accord\u00e9e \u00e0 leur environnement aussi bien physique (la ville est omnipr\u00e9sente) que sociale (la famille\u2026)<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est entre le roman noir am\u00e9ricain et la trag\u00e9die shakespearienne. La ville ses faubourgs, la nuit, les personnages de la marge, la violence, une famille qui se d\u00e9chire, des destins qui pousse vers le sans issus. J\u2019ai toujours voulu que ce film de genre atteint la force d\u2019une trag\u00e9die moderne. C\u2019est vrai qu\u2019on m\u2019a dit que j\u2019aurais pu faire un film entier sur chacun des personnages, la s\u0153ur est un formidable personnage, \u00e0 qui Nezha donne beaucoup de sensibilit\u00e9, peut faire un drame intimiste sur le destin de cette jeune femme, instruite, libre qui assume un amour interdit. Sa relation avec son fr\u00e8re est tr\u00e8s belle. Les deux sensibilit\u00e9s des acteurs, celle de fehd aussi, ont donn\u00e9 une grande force \u00e0 cette intrigue secondaire. Lui le petit voyou de la rue, capable de grandeur, car il la comprend et lui pardonne.<\/p>\n<p><strong>Cette importance du sc\u00e9nario ne semble pas cependant influencer l\u2019\u00e9criture du film qui semble plut\u00f4t \u00eatre\u00a0 port\u00e9 par le d\u00e9sir de mettre en sc\u00e8ne, de s\u2019inscrire dans le cin\u00e9ma, davantage encore que dans WWW o\u00f9 ce d\u00e9sir de cin\u00e9ma s\u2019affiche presque dans une approche ludique. Tu pousses \u00e0 l\u2019extr\u00eame l\u2019envie d\u2019un \u00e9difice construit autour du style.<\/strong><\/p>\n<p>Exactement, la mise en sc\u00e8ne doit \u00eatre aussi forte, belle et sensible. Pas une beaut\u00e9 pour la beaut\u00e9 elle-m\u00eame, \u00e7a ce n\u2019est pas int\u00e9ressant. Mais que la mise en sc\u00e8ne prend en charge l\u2019ensemble, sa coh\u00e9rence, traduire cette vision du monde et des \u00eatres par la force de l\u2019invisible. Le cin\u00e9ma qui est l\u2019art du \u00ab\u00a0visible\u00a0\u00bb par excellence devient int\u00e9ressant quand il atteint cette force de l\u2019invisible et parle \u00e0 notre inconscient, procure un plaisir et une \u00e9motion que seule la musique \u00e9gale.\u00a0 La suite des plans, le mouvement des acteurs et des \u00e9l\u00e9ments du monde dans un cadre, les bruits, les sons, les musiques cr\u00e9ent \u00ab\u00a0un monde qui se substitue \u00e0 notre regard\u00a0\u00bb\u2026N\u2019est-ce pas\u00a0!!!Bien s\u00fbr les dialogues, l\u2019histoire, les personnages mais s\u2019il n\u2019y a pas \u00e7a, pour moi, c\u2018est m\u00eame pas la peine de faire un film. Car dans beaucoup de films, il n\u2019y a pas de cin\u00e9ma<\/p>\n<p><strong>Le travail de l\u2019image donne au film une dimension picturale ind\u00e9niable\u00a0; les plans larges sont de v\u00e9ritables tableaux de peinture. Comment tu as men\u00e9 ce travail avec ton directeur de photo pour obtenir ce rendu de la couleur qui est presque du noir et blanc\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Nous avons d\u00e9j\u00e0 travaill\u00e9 ensemble lors de mes courts m\u00e9trages, \u00e7a aide, on se comprend. Il comprend l\u2019image que je veux et nous partageons le m\u00eame d\u00e9sir du cin\u00e9ma, c\u2019est vrai aussi avec les acteurs ou l\u2019ing\u00e9nieur de son. Se nourrir de ce que je leur donne pour qu\u2019ils cr\u00e9ent. L\u2019essentiel de l\u2019image sur \u00ab\u00a0Mort \u00e0 vendre\u00a0\u00bb c\u2019est cette superbe lumi\u00e8re d\u2019hiver, presque unique \u00e0 T\u00e9touan et comment la ville et la nature autour la prend et la refl\u00e8te. Le gris vert bleu est la tonalit\u00e9 du film. La cam\u00e9ra devait regarder la ville comme le visage d\u2019un acteur.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>MOHAMMED BAKRIM \/\/ Une ville, trois destins. C\u2019est une autre mani\u00e8re de faire le r\u00e9sum\u00e9 du nouveau film de Faouzi Bensaidi \u00ab Mort \u00e0 vendre \u00bb. Il met d\u2019embl\u00e9e en sc\u00e8ne trois personnages : Malik et Soufiane qu\u2019on d\u00e9couvre l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre \u00e0 la porte d\u2019une prison ; ils sont vite rejoints par leur ami &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":8,"featured_media":122272,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"googlesitekit_rrm_CAowteS_DA:productID":"","footnotes":"","iawp_total_views":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[144],"tags":[13713,13711,13709],"jetpack_publicize_connections":[],"lang":"fr","translations":{"fr":122264},"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/mort-a-vendre.jpeg?fit=640%2C360&ssl=1","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/peJLke-vO0","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_likes_enabled":false,"jetpack-related-posts":[],"pll_sync_post":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/122264"}],"collection":[{"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/8"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=122264"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/122264\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/122272"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=122264"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=122264"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=122264"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}