{"id":120331,"date":"2023-08-13T13:59:14","date_gmt":"2023-08-13T12:59:14","guid":{"rendered":"https:\/\/agadirtoday.info\/?p=120331"},"modified":"2023-10-11T16:45:09","modified_gmt":"2023-10-11T15:45:09","slug":"la-cinematheque-memoire-et-cinephilie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/agadirtoday.com\/?p=120331&lang=fr","title":{"rendered":"La cin\u00e9math\u00e8que, m\u00e9moire et cin\u00e9philie"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<ul>\n<li><u>Mohammed Bakrim<\/u><\/li>\n<\/ul>\n<p>Flashback. \u00ab\u00a0En 1936, Henri Langlois, Georges Franju et Jean Mitry fondent \u00e0 Paris la Cin\u00e9math\u00e8que fran\u00e7aise, con\u00e7ue comme une salle et un mus\u00e9e du cin\u00e9ma disposant de dix films. Son premier pr\u00e9sident : Paul Auguste Harl\u00e9, assist\u00e9 par Henri Langlois et Georges Franju, secr\u00e9taires g\u00e9n\u00e9raux, et Jean Mitry, archiviste. En 1970, le catalogue de la Cin\u00e9math\u00e8que liste plus de 60 000 films, dont la plupart en cellulo\u00efd.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Avec un rythme qui lui est particulier, la cin\u00e9math\u00e8que marocaine envoie par intermittence des signes de regain. Les derniers en date concernent un chantier crucial, celui de la num\u00e9risation des films marocains. L\u2019annonce a \u00e9t\u00e9 faite autour de l\u2019organisation d\u2019un \u00e9v\u00e9nement hautement symbolique, la projection de la version num\u00e9ris\u00e9e du film Soleil de printemps (1969), premier long m\u00e9trage du v\u00e9t\u00e9ran des cin\u00e9astes marocain, Latif Lahlou. Plusieurs autres films sont trait\u00e9s y compris l\u2019embl\u00e9matique Le fils maudit (1958) de Mohamed Ousfour qui a \u00e9t\u00e9 institutionnalis\u00e9 en 2008 comme premier film marocain.<\/p>\n<p>Des signes accueillis positivement par les professionnels et les cin\u00e9philes mais sans grand enthousiasme\u2026Car ils en ont vu tant depuis le lancement du projet un certain \u00e9t\u00e9 de 1995. La cin\u00e9math\u00e8que marocaine a \u00e9t\u00e9 inaugur\u00e9e en effet il y a bient\u00f4t trente ans. Occasion de rendre hommage ici \u00e0 l\u2019initiateur du projet le cin\u00e9aste-producteur Souheil Benbarka, \u00e0 l\u2019\u00e9poque directeur du Centre cin\u00e9matographique marocain.<\/p>\n<p>Les fondements \u00e9taient pos\u00e9s avec une structure architecturale relativement r\u00e9ussie qui avait l\u2019avantage, en tant que b\u00e2timent, d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0ind\u00e9pendante\u00a0\u00bb de l\u2019administration du CCM. Une programmation diversifi\u00e9e avait \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9poque sans grande r\u00e9ussite\u00a0; malgr\u00e9 les tarifs r\u00e9duits, le public n\u2019avait pas suivi.<\/p>\n<p>Des contraintes de nature juridique et administrative concernant le statut de la cin\u00e9math\u00e8que et son identit\u00e9 ont tr\u00e8s vite enterr\u00e9 le projet. Sans statut propre, la cin\u00e9math\u00e8que \u00e9tait r\u00e9duite \u00e0 un service administratif d\u00e9pendant selon l\u2019organigramme du CCM, du directeur g\u00e9n\u00e9ral. Le b\u00e2timent quant \u00e0 lui fonctionnait comme une annexe, voire comme un \u00ab\u00a0d\u00e9barras\u00a0\u00bb aussi bien pour le mat\u00e9riel que pour le personnel en disgr\u00e2ce.<\/p>\n<p>Pour Feu Nour-Eddine Sa\u00efl qui \u00e9tait arriv\u00e9 au CCM en septembre 2003, la Cin\u00e9math\u00e8que \u00e9tait un souci majeur mais avec une vision compl\u00e8tement radicale, \u00e0 savoir transf\u00e9rer ses activit\u00e9s \u00e0 la salle Septi\u00e8me art, situ\u00e9e au c\u0153ur de la ville de Rabat avec la nomination \u00e0 sa t\u00eate d\u2019un cin\u00e9phile. Cette vision in\u00e9dite n\u2019a pu voir le jour. L\u2019impasse juridique et administrative qui emp\u00eachait de d\u00e9bloquer la situation de la cin\u00e9math\u00e8que le ramena \u00e0 changer de fusil\u00a0\u00a0 d\u2019\u00e9paule et \u00e0 d\u00e9ployer ses efforts sur la r\u00e9novation et la mise \u00e0 niveau du laboratoire du CCM.<\/p>\n<p>Le choix \u00e9tait de nature strat\u00e9gique et politique. Un laboratoire performant assurait au cin\u00e9ma marocain qui connaissait une r\u00e9elle dynamique de production gr\u00e2ce au syst\u00e8me du fonds d\u2019aide, une ind\u00e9pendance et une ma\u00eetrise de son destin. Et sur un plan politique, le laboratoire \u00e9tait un formidable outil diplomatique puisqu\u2019il \u00e9tait ouvert aux cin\u00e9astes du Maghreb et de l\u2019Afrique Sub-saharienne. Feu Semb\u00e8ne Ousmane m\u2019avait d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 son bureau \u00e0 Dakar \u00ab\u00a0tant qu\u2019il y a le CCM, je n\u2019ai plus besoin de l\u2019Europe\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La mutation technologique men\u00e9e de haute main (et souvent dans la douleur) a permis effectivement au CCM de jouer son r\u00f4le de pionnier en mati\u00e8re de coop\u00e9ration sud-sud. Il faut pr\u00e9ciser \u00e0 ce propos qu\u2019en mati\u00e8re de conservation, la cin\u00e9math\u00e8que abrite des films de plusieurs pays fr\u00e8res (la Tunisie, le Mali\u2026) et le Maroc avait pilot\u00e9 pendant un certain temps une mission men\u00e9e avec la France et les pays de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest pour la num\u00e9risation et la sauvegarde des archives. Il est triste de constater aujourd\u2019hui que ce r\u00f4le diplomatique du CCM a \u00e9t\u00e9 r\u00e9duit \u00e0 n\u00e9ant \u00e0 cause de la crise institutionnelle qu\u2019il traverse depuis un certain temps, ramen\u00e9 \u00e0 une simple succursale du minist\u00e8re de la communication.<\/p>\n<p>L\u2019arriv\u00e9e de Sarim Fassi Fihri en 2014 va relancer le dossier de la cin\u00e9math\u00e8que qui trouva une premi\u00e8re issue dans l\u2019\u00e9laboration d\u2019un premier projet de statut et surtout avec la nomination d\u2019une directrice en la personne de la r\u00e9alisatrice Narjiss Nejjar en 2018. Un communiqu\u00e9 du CCM ne manquait pas d\u2019optimisme en pr\u00e9sentant cette annonce\u00a0: \u00ab\u00a0Gr\u00e2ce aux efforts conjugu\u00e9s des Minist\u00e8res de l\u2019Economie et des Finances, de la Culture et de la Communication, et du Centre Cin\u00e9matographique Marocain, la Cin\u00e9math\u00e8que Marocaine va enfin pouvoir remplir le r\u00f4le d\u00e9volu aux Cin\u00e9math\u00e8ques nationales dans le monde \u00e0 savoir la restauration, la conservation et la diffusion du patrimoine cin\u00e9matographique national et mondial.<\/p>\n<p>L\u2019exp\u00e9rience de Mme Narjiss Nejjar et les relations professionnelles qu\u2019elle a su d\u00e9velopper dans le monde tout au long de son parcours, contribueront sans nul doute au succ\u00e8s de cette nouvelle entreprise.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Connue pour son enthousiasme et sa combattivit\u00e9, Mme Nejjar se mit \u00e0 la t\u00e2che tr\u00e8s vite en lan\u00e7ant plusieurs chantiers. Un \u00e9lan vite bris\u00e9 et le projet sombra de nouveau dans l\u2019oubli exacerb\u00e9 par les ann\u00e9es de la pand\u00e9mie.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, l\u2019espoir rena\u00eet pour voir la cin\u00e9math\u00e8que jouer pleinement son r\u00f4le. Par rapport \u00e0 l\u2019histoire, les param\u00e8tres ont chang\u00e9\u00a0; notamment dans un contexte o\u00f9 le cin\u00e9ma avec le num\u00e9rique est partout\u2026et nulle part en m\u00eame temps. Certes les fonctions fondamentales demeurent\u00a0: pour Nejjar et ses \u00e9quipes il s\u2019agit d\u2019un vaste chantier o\u00f9 il s\u2019agit d\u2019acqu\u00e9rir, sauvegarder et diffuser.<\/p>\n<p>Certes, la sauvegarde de la m\u00e9moire est prioritaire. Des films marocains doivent \u00eatre \u00ab\u00a0sauv\u00e9s\u00a0\u00bb, au sens propre du mot. Parfois, il s\u2019agit d\u2019abord de les trouver. L\u2019histoire passionnante du \u00ab\u00a0sauvetage\u00a0\u00bb du film culte de Derkaoui, De quelques \u00e9v\u00e9nements sans signification est \u00e9difiante \u00e0 cet \u00e9gard. Des originaux de films marocains son des otages de laboratoires \u00e9trangers \u00e0 Rome, Paris, Madrid\u2026Il faut les r\u00e9cup\u00e9rer, les restaurer. De m\u00eame pour le cin\u00e9ma dit colonial, certains films sont \u00ab\u00a0marocains\u00a0\u00bb de fait\u00a0; je pense en particulier \u00e0 Itto (1934) de Jean-Beno\u00eet L\u00e9vy et Marie Epstein. Je pense aux films de Andr\u00e9 Zwobada notamment La septi\u00e8me porte (1948) produit par \u2026Mohamed Laghzaoui et Studio Maghreb\u00a0!<\/p>\n<p>Acqu\u00e9rir, sauvegarder\u2026mais surtout montrer. On conna\u00eet tous la c\u00e9l\u00e8bre formule\u00a0: une \u00e9cole de cin\u00e9ma forme des assistants-r\u00e9alisateurs, la cin\u00e9math\u00e8que forme des cin\u00e9astes. Pour ce faire, des formules in\u00e9dites peuvent \u00eatre imagin\u00e9es\u00a0: des accords de partenariat avec des salles relevant d\u2019institutions, l\u2019acquisition de certaines salles, des partenariats avec des cin\u00e9-clubs actifs et projetant dans des salles de cin\u00e9ma.<\/p>\n<p>Des ambitions et des id\u00e9es qui restent tributaires du statut de la cin\u00e9math\u00e8que. Dans ce sens, la cin\u00e9math\u00e8que doit \u00eatre per\u00e7ue comme un \u00e9tablissement public jouissant d\u2019une autonomie financi\u00e8re et administrative, ind\u00e9pendante du CCM et du minist\u00e8re de la communication. Le cin\u00e9ma n\u2019est pas une affaire de fonctionnaires.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Mohammed Bakrim Flashback. \u00ab\u00a0En 1936, Henri Langlois, Georges Franju et Jean Mitry fondent \u00e0 Paris la Cin\u00e9math\u00e8que fran\u00e7aise, con\u00e7ue comme une salle et un mus\u00e9e du cin\u00e9ma disposant de dix films. 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