{"id":114966,"date":"2023-06-25T15:01:31","date_gmt":"2023-06-25T14:01:31","guid":{"rendered":"https:\/\/agadirtoday.info\/?p=114966"},"modified":"2023-10-11T16:45:09","modified_gmt":"2023-10-11T15:45:09","slug":"le-mont-moussa-de-driss-mrini-letre-et-le-paraitre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/agadirtoday.com\/?p=114966&lang=fr","title":{"rendered":"Le Mont Moussa de Driss Mrini : L\u2019\u00eatre et le para\u00eetre"},"content":{"rendered":"<ul>\n<li><u>Mohammed Bakrim<\/u><\/li>\n<\/ul>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong style=\"color: #0000ff;\">Je formule l\u2019hypoth\u00e8se qu\u2019avec Aida, Lahnach, et Le Mont Moussa nous sommes en pr\u00e9sence d\u2019une trilogie, une variation autour du th\u00e8me <\/strong><b style=\"color: #0000ff;\">l\u2019\u00eatre et le <\/b><span style=\"color: #0000ff;\"><b>para\u00eetre<\/b><\/span><b style=\"color: #0000ff;\">.<\/b><\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Il n&rsquo;y a qu&rsquo;un seul monde et il est faux, cruel, contradictoire, s\u00e9duisant et d\u00e9pourvu de sens. Un monde ainsi constitu\u00e9 est le monde r\u00e9el. Nous avons besoin de mensonges pour conqu\u00e9rir cette r\u00e9alit\u00e9, cette v\u00e9rit\u00e9<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<figure id=\"attachment_114967\" aria-describedby=\"caption-attachment-114967\" style=\"width: 375px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/elmerni-et-bakrim.jpeg?ssl=1\"><img data-attachment-id=\"114967\" data-permalink=\"https:\/\/agadirtoday.com\/?attachment_id=114967\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/elmerni-et-bakrim.jpeg?fit=640%2C311&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"640,311\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"elmerni et bakrim\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/elmerni-et-bakrim.jpeg?fit=300%2C146&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/elmerni-et-bakrim.jpeg?fit=640%2C311&amp;ssl=1\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"wp-image-114967 \" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/elmerni-et-bakrim.jpeg?resize=375%2C182&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"375\" height=\"182\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/elmerni-et-bakrim.jpeg?w=640&amp;ssl=1 640w, https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/elmerni-et-bakrim.jpeg?resize=300%2C146&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"(max-width: 375px) 100vw, 375px\" title=\"\" data-recalc-dims=\"1\"><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-114967\" class=\"wp-caption-text\">Driss Mrini et Med BAKRIM<\/figcaption><\/figure>\n<p>Oui, ouvrir avec une citation du philosophe du d\u00e9senchantement, Nietzsche, est une entr\u00e9e pertinente pour rester dans l\u2019ambiance du huis clos m\u00e9taphysique du film Le Mont Moussa de Driss Mrini (Maroc, 2022). Le film en effet est une construction intellectuelle dont l\u2019essentiel du drame se ram\u00e8ne \u00e0 des joutes oratoires aux r\u00e9f\u00e9rences philosophiques multiples entre ses deux principaux personnages.<\/p>\n<p>Avec un grand mensonge que nous d\u00e9couvrons au terme d\u2019une ascension vers la v\u00e9rit\u00e9. Celle du personnage principal. C\u2019est, en outre, un exercice de style sp\u00e9cifique que s\u2019offre Driss Mrini, pour souligner, si besoin est, l\u2019inscription du film dans une d\u00e9marche cin\u00e9matographique pens\u00e9e et construite. Driss Mrini, une figure historique du cin\u00e9ma et du PAM (lire\u00a0: paysage audiovisuel marocain)\u00a0; un homme du cin\u00e9ma par choix et par conviction\u00a0; un homme de t\u00e9l\u00e9vision, par formation et je dirai par d\u00e9faut. Contrairement \u00e0 d\u2019autres, lui, il a commenc\u00e9 par la t\u00e9l\u00e9vision pour aboutir au cin\u00e9ma.<\/p>\n<p>Il appartient \u00e0 cette g\u00e9n\u00e9ration qui a brav\u00e9 la travers\u00e9e du d\u00e9sert. Une g\u00e9n\u00e9ration de r\u00e9sistance pour maintenir vive la flamme sur la voie de l\u2019\u00e9laboration d\u2019un projet de cin\u00e9ma national, partie prenante d\u2019un projet global, culturel et social. C\u2019est ce qui a anim\u00e9 son engagement et a nourri sa fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 son choix de d\u00e9part. Il a ainsi marqu\u00e9 son passage \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision notamment par des \u00e9missions phares qui sont entr\u00e9es dans les annales de la jeune t\u00e9l\u00e9vision marocaine.<\/p>\n<p>Geste significatif dans un environnement institutionnel tr\u00e8s particulier par les conditions de l\u2019\u00e9poque. La t\u00e9l\u00e9vision, en effet, \u00e9tait\/est consid\u00e9r\u00e9e, per\u00e7ue comme le principal outil dans la panoplie des appareils id\u00e9ologiques de l\u2019Etat (selon la d\u00e9finition soft de Wikip\u00e9dia\u00a0: \u00ab\u00a0la notion d\u00e9signe l&rsquo;ensemble des moyens de diffusion d&rsquo;id\u00e9ologie dont l&rsquo;\u00c9tat dispose\u00a0\u00bb). On comprend alors l\u2019ambiance qui \u00e9touffait toute vell\u00e9it\u00e9 de cr\u00e9ation libre.<\/p>\n<p>Se sentant \u00e0 l\u2019\u00e9troit avec le petit \u00e9cran, il r\u00e9alise un tournant professionnel dans sa carri\u00e8re et investit le champ du cin\u00e9ma. Avec une premi\u00e8re observation qui se d\u00e9gage d\u2019embl\u00e9e. Il r\u00e9alise des films (5 longs m\u00e9trages jusqu\u2019au d\u2019aujourd\u2019hui) marqu\u00e9s et port\u00e9s par ce que je pourrai appeler la culture de la prise de risque\u00a0; culture inh\u00e9rente \u00e0 toute pratique artistique qui refuse de remonter les sentiers battus.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi que d\u00e8s son premier long m\u00e9trage Bamou (1983), il aborde la question d\u00e9licate de la reconstitution historique pour relater un \u00e9pisode de la r\u00e9sistance lors du protectorat. Prise de risque en termes de co\u00fbt de production comme en termes de r\u00e9f\u00e9rences politiques. \u00a0Pour son deuxi\u00e8me film, Larbi (2010), il propose un genre rare, un biopic (biographical picture) autour de la figure l\u00e9gendaire du football, Larbi Benbarek, la c\u00e9l\u00e8bre perle noire et son destin tragique. Avec A\u00efda (2014), il se livre \u00e0 une arch\u00e9ologie de la m\u00e9moire avec l\u2019histoire d\u2019une jeune musicienne juive qui d\u00e9cide de rentrer au pays.<\/p>\n<p>Restituer une part de son identit\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019univers physique et humain de son enfance. \u00a0Lahnech (2017) place son r\u00e9cit au sein d\u2019une institution tr\u00e8s frileuse \u00e0 l\u2019\u00e9gard de son image (la police, la prison) pour construire une com\u00e9die riche d\u2019enseignements. Le film marquera le box-office.<\/p>\n<p>Le Mont Moussa (2022) tranche avec le succ\u00e8s de la com\u00e9die et le succ\u00e8s de Lahnach pour aborder un univers et un monde parall\u00e8le, celui d\u2019une subjectivit\u00e9 en crise d\u2019identit\u00e9. Un film port\u00e9 par une dimension philosophique et charg\u00e9 d\u2019allusions et de r\u00e9f\u00e9rences litt\u00e9raires. Il s\u2019agit d\u2019une adaptation rejoignant une pratique courante chez Driss Mrini\u00a0: partir d\u2019un r\u00e9cit litt\u00e9raire ou collaborer avec des sc\u00e9naristes confirm\u00e9s.<\/p>\n<p>Au vu de cette filmographie, d\u2019aucuns parleront d\u2019\u00e9clectisme\u00a0; voire de rupture. Pour ma part, je parle plut\u00f4t d\u2019une certaine coh\u00e9rence dans les th\u00e8mes et d\u2019une diversit\u00e9 dans l\u2019expression. Dans ce sens je formule l\u2019hypoth\u00e8se qu\u2019avec Aida, Lahnach, et Le Mont Moussa nous sommes en pr\u00e9sence d\u2019une trilogie, une variation autour du th\u00e8me de l\u2019\u00eatre \u00a0et du paraitre.<\/p>\n<p>Les personnages passent par le faux, l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re, le mensonge (le para\u00eetre) pour camoufler leur vraie identit\u00e9 qui finit par se d\u00e9voiler (l\u2019\u00eatre). A\u00efda musicienne parisienne\u00a0? C\u2019est le para\u00eetre\u00a0; son \u00eatre r\u00eave d\u2019un retour \u00e0 Essaouira. Son ami d\u2019enfance Youssef, ing\u00e9nieur accompli\u00a0?<\/p>\n<p>Non c\u2019est le para\u00eetre\u00a0; l\u2019\u00eatre c\u2019est le musicien qui attend de reprendre ses droits. Lahnach, le flic n\u2019est pas un vrai flic mais au fond de lui c\u2019est un grand amoureux\u00a0; un romantique qui s\u2019ignore. Hakim dans Le Mont Moussa a d\u00e9velopp\u00e9 une strat\u00e9gie du para\u00eetre o\u00f9 le muet n\u2019est pas muet et l\u2019handicap\u00e9 souffre d\u2019un autre handicap\u00a0; d\u00e9\u00e7u par la floraison de mensonges qui ont condamn\u00e9 son \u00eatre \u00e0 dis-para\u00eetre. En somme, une trilogie avec des personnages en bute \u00e0 un monde qu\u2019ils refusent. Solitaires, passionn\u00e9s, ils r\u00eavent d\u2019un autre monde.<\/p>\n<p>Si Le Mont Moussa valide cette hypoth\u00e8se avec un Hakim solitaire, souffrant, exclu du monde social, il n\u2019en demeure pas moins que le film d\u00e9veloppe une sp\u00e9cificit\u00e9 dans les approches esth\u00e9tiques et dramaturgiques qui ont marqu\u00e9 la filmographie de l\u2019auteur.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi qu\u2019il r\u00e9habilite le d\u00e9bat sur la sp\u00e9cificit\u00e9 du cin\u00e9ma en le confrontant au r\u00e9cit litt\u00e9raire. Le texte cible (le film) reste-t-il prisonnier \/ d\u00e9pendant du texte source (le roman)\u00a0? Quelle somme d\u2019additions (ajouter de nouveaux \u00e9l\u00e9ments) et de soustraction (retrancher d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments) pour parvenir \u00e0 une autonomie de l\u2019\u0153uvre cin\u00e9matographique par rapport \u00e0 l\u2019\u0153uvre litt\u00e9raire\u00a0?<\/p>\n<p>Une principale distinction par rapport au roman \u00e9ponyme de Abderrahim Bahir, le film opte pour un autre espace\u00a0; un lieu g\u00e9ographique diff\u00e9rent. Une autre configuration\u00a0qui ne manque pas de cons\u00e9quences en termes esth\u00e9tiques et dramatiques. Certes, la montagne, enjeu dramatique majeur reste omnipr\u00e9sente, dans le titre du film comme du roman et va offrir au r\u00e9cit son climax\u00a0; le point de bascule o\u00f9 le personnage principal va finir par se d\u00e9voiler.<\/p>\n<p>Le Mont Moussa continue \u00e0 enrichir l\u2019imaginaire du spectateur avec une r\u00e9f\u00e9rence religieuse (coranique\/biblique) quasiment explicite offrant des \u00e9l\u00e9ments \u00e9clairant davantage la sc\u00e8ne finale qui tient lieu pratiquement de r\u00e9v\u00e9lation. La v\u00e9rit\u00e9, une certaine v\u00e9rit\u00e9, est au bout d\u2019un \u00ab\u00a0chemin de croix\u00a0\u00bb, revisit\u00e9 en fonction d\u2019autres r\u00e9f\u00e9rences culturelles impos\u00e9es par Hakim.<\/p>\n<p>Cependant, les nouveaux lieux du drame vont offrir un nouvel horizon d\u2019image fortement marqu\u00e9es par un usage touristique. La r\u00e9gion choisie, Mirleft, est archic\u00e9l\u00e8bre avec ses beaux sites c\u00f4tiers\u00a0; ils sont n\u00e9anmoins\u00a0 porteurs de risque de d\u00e9rives esth\u00e9tiques vers une approche \u00ab\u00a0carte postale\u00a0\u00bb\u00a0; risque accentu\u00e9 par les possibilit\u00e9s qu\u2019offre l\u2019usage des drones.<\/p>\n<p>Mrini a su \u00e9viter ce pi\u00e8ge en faisant bon usage de la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9\/la beaut\u00e9 du site. Il fait intervenir des moments de pause du regard qui nous font d\u00e9couvrir la beaut\u00e9 du lieu. Des sorties vers la plage se laissant aborder comme le contre-champ de la r\u00e9clusion volontaire de Hakim mais aussi le lieu de moments de confession (la balade de Marouane avec la tante\/la m\u00e8re de Hakim).<\/p>\n<p>Le r\u00e9cit se ram\u00e8ne dans sa dimension spatiale \u00e0 un double fonctionnement narratif et di\u00e9g\u00e9tique\u00a0: la petite ville c\u00f4ti\u00e8re comme espace narratif. Un espace qui prend son sens par l\u2019action. Il peut \u00eatre incoh\u00e9rent (les plans de la mer\u00a0; les plans de la montagne), voire m\u00eame invraisemblable (c\u2019est un Mirleft du cin\u00e9ma et non celui de la carte). Il est construit d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment pour accueillir l\u2019action et le d\u00e9veloppement du r\u00e9cit. Plus int\u00e9ressant est l\u2019espace di\u00e9g\u00e9tique.<\/p>\n<p>C\u2019est celui construit par le mouvement des personnages. Il est illustr\u00e9 par la villa de la m\u00e8re de Hakim. Un espace construit autour d\u2019une configuration \u00e0 partir d\u2019une double dualit\u00e9\u00a0: le haut et le bas\u00a0; le dehors et l\u2019ext\u00e9rieur. La pr\u00e9sence des portes, des seuils, des escaliers, des balcons, le jeu de lumi\u00e8re entre le naturel et le superficiel contribuent \u00e0 cette double organisation. Mais c\u2019est Marwane, jeune professeur affect\u00e9 dans cette ville qui est le catalyseur de cette structure qui contribue \u00e0 donner au drame une consistance.<\/p>\n<p>La s\u00e9quence d\u2019ouverture du film est \u00e9clairante \u00e0 double titre. Elle commence par une sc\u00e8ne, celle de l\u2019accident, que je qualifierai de la sc\u00e8ne \u00ab\u00a0trauma\u00a0\u00bb. Elle laissera une double blessure, physique et psychologique. Suit une s\u00e9quence plus classique, constitutive du sch\u00e9ma canonique du r\u00e9cit de transformation\u00a0: un jeune h\u00e9ros arrive quelque part\u00a0; il sera appel\u00e9 \u00e0 agir sur un r\u00e9el pour le transformer.<\/p>\n<p>Une sc\u00e8ne embl\u00e9matique dans ce sens : une fois install\u00e9 au rez-de-chauss\u00e9e de la petite villa, Marouane \u00ab monte \u00bb d\u00e9couvrir l\u2019\u00e9tage sup\u00e9rieur, le repaire de Hakim. En d\u00e9couvrant les lieux, il passe pr\u00e8s d\u2019un \u00e9chiquier ; spontan\u00e9ment il remarque qu\u2019une pi\u00e8ce n\u2019est pas en bonne position ; c\u2019est une pi\u00e8ce majeure de la premi\u00e8re rang\u00e9e. Il la redresse. Tout le destin narratif du personnage est dans ce premier geste inaugural.<\/p>\n<p>L\u2019intrigue est minimaliste ; le film d\u00e9marre quand le mal est d\u00e9j\u00e0 fait. Une s\u00e9rie de flash-backs offrent une s\u00e9rie d\u2019informations pour \u00e9clairer certains aspects du drame. L\u2019enjeu du film n\u2019est pas une intrigue forte, mais plut\u00f4t mettre en sc\u00e8ne une transformation.<\/p>\n<p>C\u2019est Marwane face \u00e0 Hakim. Un professionnel du verbe (Marwane est professeur) dans un duel avec un passionn\u00e9 de lecture et de musique. \u00a0Deux univers que le r\u00e9cit va mettre en position d\u2019antagonisme. Confrontation Intellectuelle qui aboutit \u00e0 une synth\u00e8se.<\/p>\n<p>Situation appel\u00e9e, en effet, \u00e0 se transformer devant nous. Comme les deux protagonistes. Ceux du d\u00e9part ne seront pas ceux de l\u2019arriv\u00e9e. Une image symbolise la m\u00e9tamorphose de Hakim par exemple, celle o\u00f9 ion le voit remonter l\u2019horloge\u00a0;\u00a0\u00a0 la remettant \u00e0 l\u2019heure signifiant ainsi la fin de son temps mort.<\/p>\n<p>L\u2019effet Marouane, qui lui-m\u00eame a chang\u00e9 au contact de Hakim. Une figure mystique plane sur cette rencontre\u00a0; celle d\u2019Al-Hallaj. \u00ab\u00a0Je suis devenu celui que j\u2019aime, et celui que j\u2019aime est devenu moi. Nous sommes deux esprits fondus en un seul corps ! \u00bb.<\/p>\n<p>La sc\u00e8ne qui cl\u00f4t le film est tr\u00e8s hall\u00e2djienne, l\u2019ultime d\u00e9marche mystique\u00a0: quand les deux corps fusionnent dans un jeu jubilatoire\u00a0; la cam\u00e9ra quitte les deux personnages r\u00e9concili\u00e9s et op\u00e8re un mouvement vertical rejoignant les cieux. La v\u00e9rit\u00e9 est atteinte ouvrant la voie \u00e0 l\u2019an\u00e9antissement de soi, tout absorb\u00e9 dans l\u2019Etre divin comme le souligne la derni\u00e8re r\u00e9plique de Hakim. Et c\u2019est Nietzsche finalement qui est mort.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mohammed Bakrim Je formule l\u2019hypoth\u00e8se qu\u2019avec Aida, Lahnach, et Le Mont Moussa nous sommes en pr\u00e9sence d\u2019une trilogie, une variation autour du th\u00e8me l\u2019\u00eatre et le para\u00eetre. \u00ab\u00a0Il n&rsquo;y a qu&rsquo;un seul monde et il est faux, cruel, contradictoire, s\u00e9duisant et d\u00e9pourvu de sens. Un monde ainsi constitu\u00e9 est le monde r\u00e9el. 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