{"id":113371,"date":"2023-06-10T09:39:34","date_gmt":"2023-06-10T08:39:34","guid":{"rendered":"https:\/\/agadirtoday.info\/?p=113371"},"modified":"2023-10-11T16:45:10","modified_gmt":"2023-10-11T15:45:10","slug":"le-bleu-du-caftan-de-meriem-touzani-les-couleurs-inedites-de-lamour","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/agadirtoday.com\/?p=113371&lang=fr","title":{"rendered":"Le bleu du Caftan de Meriem Touzani ..Les couleurs in\u00e9dites de l\u2019amour"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<ul>\n<li style=\"font-weight: 400;\" aria-level=\"1\"><span style=\"font-weight: 400;\">Mohammed Bakrim<\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Pour tout un pan du nouveau cin\u00e9ma marocain, les succ\u00e8s ind\u00e9niables r\u00e9alis\u00e9s ici et l\u00e0 am\u00e8nent une premi\u00e8re interrogation de nature strat\u00e9gique : un tel accueil \u00e0 l\u2019international est-il inh\u00e9rent aux qualit\u00e9s intrins\u00e8ques du film ou est-ce le r\u00e9sultat d\u2019une strat\u00e9gie professionnelle d\u2019orientation de l\u2019\u00e9criture (un effet atelier\u00a0!), de marketing ? <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">L\u2019interrogation est l\u00e9gitime quand on conna\u00eet les puissants moyens mobilis\u00e9s par l\u2019occident n\u00e9o-lib\u00e9ral pour pr\u00e9server sa mainmise sur les industries de l\u2019imaginaire. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Pour le cin\u00e9ma, des tendances et des th\u00e9matiques sont mises en exergue par les diff\u00e9rents r\u00e9seaux de financement, d\u2019aide au d\u00e9veloppement de sc\u00e9nario (r\u00e9\u00e9criture), et de promotion. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">On constate ainsi la mise en avant de tout un courant de cin\u00e9ma \u00ab post-printemps arabe \u00bb privil\u00e9giant des th\u00e9matiques r\u00e9currentes tels les enfants de la rue, la grossesse hors mariage ou les m\u00e8res c\u00e9libataires\u2026l\u2019homosexualit\u00e9 en milieu conservateur. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Apr\u00e8s la vague des films \u00ab engag\u00e9s \u00bb, \u00ab politiques \u00bb, la balance penche d\u00e9sormais pour le cin\u00e9ma soci\u00e9tal impr\u00e9gn\u00e9 d\u2019un regard n\u00e9o-orientaliste. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Celui-ci r\u00e9side dans la prise en charge de th\u00e9matiques \u00ab socio-exotiques \u00bb, cette fois, par des artistes locaux (autochtones, indig\u00e8nes) b\u00e9n\u00e9ficiant des appuis et de fen\u00eatres \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Le titre choisi par la r\u00e9f\u00e9rence parisienne, le journal Le monde pour sa critique du film Le bleu du caftan de Meriem Touzani, \u00ab Un amour gay dans la M\u00e9dina de Sal\u00e9\u00a0\u00bb, est la parfaite illustration de cette hypoth\u00e8se. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Pousser trop loin le bouchon \u00ab\u00a0soci\u00e9tal\u00a0\u00bb pour mettre \u00e0 l\u2019\u00e9preuve la r\u00e9ception locale du film aussi bien institutionnelle que publique.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Le film est aujourd\u2019hui dans les salles marocaines (le peu qui en reste) port\u00e9 par un prestige glan\u00e9 un peu partout\u00a0: Prix de la critique \u00e0 Cannes, Prix du jury \u00e0 Marrakech\u2026Mais aussi b\u00e9n\u00e9ficiant de la pr\u00e9sence in\u00e9dite d\u2019une cin\u00e9aste marocaine, Meriem Touzani sa r\u00e9alisatrice, au jury de la comp\u00e9tition officielle \u00e0 Cannes. Le film arrive ainsi dans le paysage serein d\u2019un cin\u00e9ma local, marqu\u00e9 par des com\u00e9dies l\u00e9g\u00e8res port\u00e9es par des stars des s\u00e9ries t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Comme un coup d\u2019\u00e9clair, il pourrait secouer ses eaux calmes pour les transformer en torrent d\u2019interrogations. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Ce faisant, il pourrait faire sortir carr\u00e9ment le public de sa l\u00e9thargie. De la paresse du rire facile. Oui, le Bleu du Caftan peut porter ce projet car c\u2019est un film clivant. On n\u2019en sort pas neutre. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Il bouscule certains clich\u00e9s sur une certaine masculinit\u00e9. Certes, l\u2019homosexualit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sente d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre dans un certain nombre de film marocains. De La porte close de Abdelkader Lagta\u00e2 \u00e0 L\u2019arm\u00e9e du salut de Abdellah Ta\u00efa avec une pr\u00e9sence explicite sans citer les allusions ici et l\u00e0 dans d\u2019autres \u0153uvres plus suggestives. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Mais la masculinit\u00e9 est interrog\u00e9e dans Le bleu du caftan dans une approche plus large -d\u2019o\u00f9 le titre r\u00e9ducteur du Monde- \u00a0 pour l\u2019ouvrir sur les sentiers \u00e9difiants de l\u2019amour dans ses dimensions multiples. Il y a \u00e0 ce niveau quelque chose d\u2019Ibn Arabi, et sa philosophie de l\u2019amour.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Touzani pourrait mettre son film sous le signe de la citation du Grand ma\u00eetre quand il dit \u00abje crois en la religion de l\u2019amour \u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\"> Avec ce personnage sublime de Mina qui, mourante dit \u00e0 son mari Halim, aux penchants sexuels doubles homo et h\u00e9t\u00e9ro : \u00ab Halim, n\u2019aie pas peur d\u2019aimer !\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Une Mina incarn\u00e9e par une immense Loubna Azabal. Quelle g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, quel don de soi, quelle vari\u00e9t\u00e9 de registre et de facettes. Face \u00e0 elle un grand com\u00e9dien, Saleh Bakri (fils du cin\u00e9aste et grand com\u00e9dien palestinien Mohamed Bakri) qui a mis son corps, son jeu, son image \u00e0 la disposition du r\u00f4le, du film et de la cin\u00e9aste.\u00a0\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Le film situe son r\u00e9cit dans le milieu d\u2019artisans de la M\u00e9dina mais la r\u00e9f\u00e9rentialit\u00e9 spatio-temporelle n\u2019est pas un enjeu majeur. Le film est local certes avec la multiplication d\u2019indices, mais il est universel dans ses enjeux autour du fameux triangle amoureux,\u00a0r\u00e9\u00e9crit dans une version in\u00e9dite.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\"> Deux hommes et une femme mais les rapports \u00e9voluent sans cesse dans des directions diverses. Inattendues. Le film assure quand il est dans ce qui fait la touche de Touzani d\u00e8s ses courts m\u00e9trages : l\u2019allusion, la suggestion, l\u2019ellipse. Ici, pendant longtemps, le r\u00e9cit traine, \u00e0 l\u2019image de la pr\u00e9paration lente du Caftan. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">La sc\u00e8ne phare qui fait basculer le r\u00e9cit dans un sens ou dans l\u2019autre tarde \u00e0 venir. La r\u00e9currence des sc\u00e8nes de Hammam des hommes en est responsable. D\u00e8s la premi\u00e8re fois on a compris ; inutile de surligner.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">La r\u00e9p\u00e9tition de ces sc\u00e8nes fait passer le film d\u2019un r\u00e9cit intime, po\u00e9tique \u00e0 un film \u00e0 th\u00e8se (on peut aimer qui on veut ; un film LGTB candidat pour Mubi ?).\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Cependant cette sc\u00e8ne forte, attendue par les cin\u00e9philes, va finir par arriver et va nous enchanter, nous faire adh\u00e9rer d\u00e9finitivement pour danser, avec ce trio original au rythme de la c\u00e9l\u00e8bre Reggada. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Une danse men\u00e9e tout pr\u00e8s de la fen\u00eatre ouverte sur un monde et ses contradictions : la voisine qui n\u2019aime pas la musique (clin d\u2019\u0153il \u00e0 ceux qui n\u2019aimeront pas le film) et aussi une fen\u00eatre qui rend hommage \u00e0 la musique populaire avec le passage d\u2019un cort\u00e8ge fun\u00e9raire et Halim qui dit \u00e0 Mina : \u00ab ce sont les obs\u00e8ques de Cheikha Hadda\u00a0! \u00bb signant pour ainsi dire le retour de l\u2019inconscient du film.\u00a0<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Mohammed Bakrim Pour tout un pan du nouveau cin\u00e9ma marocain, les succ\u00e8s ind\u00e9niables r\u00e9alis\u00e9s ici et l\u00e0 am\u00e8nent une premi\u00e8re interrogation de nature strat\u00e9gique : un tel accueil \u00e0 l\u2019international est-il inh\u00e9rent aux qualit\u00e9s intrins\u00e8ques du film ou est-ce le r\u00e9sultat d\u2019une strat\u00e9gie professionnelle d\u2019orientation de l\u2019\u00e9criture (un effet atelier\u00a0!), de marketing ? 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