{"id":112822,"date":"2023-06-03T14:53:35","date_gmt":"2023-06-03T13:53:35","guid":{"rendered":"https:\/\/agadirtoday.info\/?p=112822"},"modified":"2024-02-06T23:47:13","modified_gmt":"2024-02-06T22:47:13","slug":"a-laffiche-malikates-de-yasmine-benkiran-briser-le-retroviseur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/agadirtoday.com\/?p=112822&lang=fr","title":{"rendered":"A l\u2019affiche\u00a0: Malikates de Yasmine Benkiran..Briser le r\u00e9troviseur\u2026"},"content":{"rendered":"<ul>\n<li><u>Mohammed Bakrim \/\/<\/u><\/li>\n<\/ul>\n<p>Si on \u00e9tait en Egypte, pays o\u00f9 les diff\u00e9rents corps de m\u00e9tiers affichent une grande frilosit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019image que le cin\u00e9ma v\u00e9hicule d\u2019eux, le film Reines\/Malikates de Yasmine Benkiran aurait \u00e9t\u00e9 poursuivi en justice par les \u00e9piciers trait\u00e9s par le film comme \u00ab\u00a0agents de la DST\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Lanc\u00e9 \u00e0 la poursuite de trois femmes en fuite, un des flics dit en effet \u00e0 sa coll\u00e8gue que nul besoin d\u2019alerter tous les gendarmes du pays puisque \u00ab nous disposons du meilleur r\u00e9seau mondial de renseignements avec les \u00e9piciers\u2026 \u00bb.<\/p>\n<p>Mais on n\u2019est pas en Egypte \u2013 heureusement- et l\u2019\u00e9picier du coin \u00e0 d\u2019autres chats \u00e0 fouetter avec la hausse des prix, la baisse du pouvoir d\u2019achat, la concurrence des grandes surfaces et autres formes de commerce \u00e9lectronique.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/reines-2.jpg?ssl=1\"><img data-attachment-id=\"112824\" data-permalink=\"https:\/\/agadirtoday.com\/?attachment_id=112824\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/reines-2.jpg?fit=536%2C315&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"536,315\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;1&quot;}\" data-image-title=\"reines 2\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/reines-2.jpg?fit=300%2C176&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/reines-2.jpg?fit=536%2C315&amp;ssl=1\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-112824 aligncenter\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/reines-2.jpg?resize=536%2C315&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"536\" height=\"315\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/reines-2.jpg?w=536&amp;ssl=1 536w, https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/reines-2.jpg?resize=300%2C176&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"(max-width: 536px) 100vw, 536px\" title=\"\" data-recalc-dims=\"1\"><\/a><\/p>\n<p>A ce niveau donc, les promoteurs du film n\u2019ont pas de soucis \u00e0 se faire. Ce qui laisse la voie libre pour d\u2019autres \u00ab jugements \u00bb.<\/p>\n<p>Cette fois dans la stricte sph\u00e8re du cin\u00e9ma, dans sa double dimension, esth\u00e9tique et culturelle. Que nous dit alors le film de Benkiran \u00e0 ce propos ?<\/p>\n<p>Dans le sillage d\u2019Andr\u00e9 Bazin, le fondateur de la critique cin\u00e9matographique moderne, on peut poser comme hypoth\u00e8se de travail qu\u2019au sein du cin\u00e9ma marocain on pourrait distinguer les cin\u00e9astes qui croient \u00e0 l\u2019image et les cin\u00e9astes qui croient \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>Avec son premier long m\u00e9trage, Reines (France, 2021) Yasmine Benkiran affiche la volont\u00e9 de s\u2019inscrire ind\u00e9niablement dans le courant du cin\u00e9ma de l\u2019image.<\/p>\n<p>Un premier indice dans ce sens, le choix d\u2019opter au niveau de sa forme cin\u00e9matographique pour un genre fortement cod\u00e9 en termes esth\u00e9tiques, le road-movie.<\/p>\n<p>Avant de voir quels sont les \u00e9l\u00e9ments qui caract\u00e9risent ce choix et comment s\u2019effectue le transfert d\u2019un genre essentiellement marqu\u00e9 par son espace d\u2019origine \u00e0 savoir l\u2019Am\u00e9rique, je rappelle bri\u00e8vement que ce choix n\u2019est pas absolument in\u00e9dit dans la filmographie marocaine.<\/p>\n<p>Dans un registre identique \u00e0 Reines, (le policier avec un couple en fuite) je pense \u00e0 l\u2019excellent Mektoub de Nabil Ayouch. Dans un registre diff\u00e9rent, je peux citer Cheval de vent de Daoud Aoulad Syad avec ce duo inoubliable constitu\u00e9 par Feu Mohamed Majd et Faouzi Bensa\u00efdi.<\/p>\n<p>Ou encore Le grand voyage de Smail Ferroukhi. Et puis pour rester dans le road-movie f\u00e9minin je cite Deux femmes sur la route de Farida Bourquia dont les deux protagonistes (Amina et Lalla Rahma) prennent la route et font le voyage dans le sens inverse (du sud du vers le nord) des femmes de Benkiran (du nord vers le sud).<\/p>\n<p>Et un film encore in\u00e9dit au Maroc, le tr\u00e8s attendu D\u00e9serts de Faouzi Bensa\u00efdi\u2026<\/p>\n<p>En optant pour le road-movie, la jeune cin\u00e9aste s\u2019offre un exercice de style. Cependant, on peut dire aussi que la r\u00e9appropriation de ce genre tr\u00e8s pris\u00e9, par une cin\u00e9aste, \u00e0 l\u2019instar de plusieurs autres cin\u00e9astes africains notamment \u00e0 partir des ann\u00e9es 1990, indique une volont\u00e9 de faire acc\u00e9der un cin\u00e9ma tr\u00e8s peu visible \u00e0 l\u2019international \u00e0 une l\u00e9gitimit\u00e9 cin\u00e9matographique au-del\u00e0 du partage qui les enferme dans des ghettos.<\/p>\n<p>En d\u2019autres termes, \u00ab\u00a0prouver\u00a0\u00bb qu\u2019un cin\u00e9ma issu de la p\u00e9riph\u00e9rie (m\u00eame si en termes de production stricto sensu le film est majoritairement fran\u00e7ais) en l\u2019occurrence le cin\u00e9ma marocain, a les moyens de jouer dans la cour des grands genres.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re r\u00e9ception du film va dans le sens de cette lecture\u00a0: voir par exemple les extraits de presse s\u00e9lectionn\u00e9s pour accompagner la promotion du film (affiche, abande annonce\u2026).<\/p>\n<p>Mais le cin\u00e9ma ne se r\u00e9duit pas \u00e0 une recette que l\u2019on pourrait transposer au-del\u00e0 des fronti\u00e8res. C\u2019est un langage universel certes mais nourri de codes culturels.<\/p>\n<p>Le road-movie n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 cette r\u00e8gle. \u00a0Genre am\u00e9ricain par excellence, le road-movie fonctionne aussi comme indicateur culturel.<\/p>\n<p>Il se pr\u00eate \u00e9loquemment \u00e0 l\u2019illustration de l\u2019\u00e9tat d\u2019une soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Yasmine Benkiran adopte le sch\u00e9ma narratif du road-movie avec comme point de d\u00e9part fondateur des personnages qui s\u2019arrachent \u00e0 un espace-temps initial (social, familial, g\u00e9ographique\u2026) .<\/p>\n<p>En l\u2019occurrence une m\u00e8re c\u00e9libataire (Zineb) qui refuse de voir sa fille confi\u00e9e \u00e0 la charit\u00e9 sociale, s\u2019\u00e9vade de prison, enl\u00e8ve sa fille (Iness), kidnappe une jeune m\u00e9canicienne (Asmae), elle-m\u00eame mal dans son couple, s\u2019empare d\u2019un camion et prennent la route toutes les trois. Errance sans rep\u00e8res, pr\u00e9carit\u00e9\u2026les personnages se d\u00e9voilent au fur et \u00e0 mesure de l\u2019\u00e9volution du r\u00e9cit.<\/p>\n<p>Deux sc\u00e8nes me semblent pertinentes qui assurent au film d\u2019un c\u00f4t\u00e9 un ancrage politico-culturel\u00a0; et de l\u2019autre permettent d\u2019aborder le film comme expression d\u2019un point de vue. D\u2019abord, celle du m\u00e9canicien chez qui travaille Asmae.<\/p>\n<p>Celle-l\u00e0 m\u00eame qui va se trouver embarquer dans l\u2019aventure. On d\u00e9couvre le m\u00e9canicien en train de r\u00e9parer le moteur d\u2019une voiture tout en ass\u00e9nant un discours sur le Maroc et les Marocains ( le moteur en panne m\u00e9taphore d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 malade\u00a0?. L\u2019autre sc\u00e8ne est celle du coup du r\u00e9troviseur.<\/p>\n<p>Zineb et sa fille ont affin\u00e9 une m\u00e9thode pour arnaquer des gens en simulant un accident et accuser la victime d\u2019avoir bris\u00e9 le r\u00e9troviseur du v\u00e9hicule. Mais au-del\u00e0 de la dimension anecdotique r\u00e9v\u00e9latrice de la nature des personnages et du degr\u00e9 de complicit\u00e9 entre la m\u00e8re et le sa fille, briser le r\u00e9troviseur est une parabole qui \u00e9claire encore davantage le profil des personnages.<\/p>\n<p>Trois figures f\u00e9minines qui renvoient \u00e0 un \u00e9tat de frustration et de d\u00e9ception sentimentale et sociale. Asmae, exploit\u00e9e doublement, se r\u00e9fugie dans le mutisme ancestral des victimes.<\/p>\n<p>Zineb, m\u00e8re c\u00e9libataire (r\u00f4le de pr\u00e9dilection de Nisrine Erradi\u00a0?) se r\u00e9fugie dans la r\u00e9volte par la d\u00e9linquance.<\/p>\n<p>Iness encore enfant trouve son refuge dans les contes. La pr\u00e9sence de personnages incapables de s\u2019inscrire dans un monde qui les rejette donne au film une dimension de scepticisme \u00e0 la Stanley Cavell.<\/p>\n<p>Le vide quasi d\u00e9sertique que le camion traverse renvoie \u00e0 un vide existentiel que les diff\u00e9rentes rencontres ne parviennent pas \u00e0 combler.<\/p>\n<p>Le camion vol\u00e9 transporte, \u00f4 paradoxe, des paraboles : m\u00eame avec ce gadget figure d\u2019une certaine modernit\u00e9 qui vient du ciel, les personnages ne trouvent pas leur rep\u00e8re.<\/p>\n<p>Comme cet \u00e9picier qui capte difficilement les ondes d\u2019une station de radio \u00e9trang\u00e8re, en d\u00e9phasage total avec son environnement. En brisant le r\u00e9troviseur, les personnages signent leur perte car ils n\u2019aboutissent que vers le vide (m\u00eame l\u2019oc\u00e9an reste loin dans l\u2019horizon) ; vers la mort.<\/p>\n<p>En fait, la fuite vers les grands espaces du sud se r\u00e9v\u00e8lent un huis clos : doublement enferm\u00e9es, ces femmes. Enferm\u00e9es souvent dans des v\u00e9hicules, le camion, la voiture\u2026<\/p>\n<p>Un grand \u00e9crivain disait que le voyageur moderne transporte avec lui sa prison ! et enferm\u00e9es dans le sch\u00e9ma\/ les r\u00f4les que le sc\u00e9nario leur impose.<\/p>\n<p>En confrontant ses personnages \u00e0 l\u2019ext\u00e9riorit\u00e9 absolue qu\u2019offre le voyage (l\u2019alt\u00e9rit\u00e9), le film p\u00e2tit de ce que je pourrai qualifier d\u2019un regard exotique, n\u00e9o-orientaliste sur la r\u00e9alit\u00e9 cens\u00e9e constituer le background culturel du film.<\/p>\n<p>Un catalogue de clich\u00e9s culturels (sur les institutions notamment\u00a0: le couple, la prison, la police) et visuels (un peu de Thelma et Louise, un peu d\u2019 X-files\u2026) emp\u00eache le film de se constituer en projet autonome avec ses maladresse endog\u00e8nes et sinc\u00e8res sans recours \u00e0 des b\u00e9quilles us\u00e9es par d\u2019autres approches qui condamne notre jeune cin\u00e9ma, comme les personnages du film, \u00e0 une ext\u00e9riorit\u00e9 absolue.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mohammed Bakrim \/\/ Si on \u00e9tait en Egypte, pays o\u00f9 les diff\u00e9rents corps de m\u00e9tiers affichent une grande frilosit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019image que le cin\u00e9ma v\u00e9hicule d\u2019eux, le film Reines\/Malikates de Yasmine Benkiran aurait \u00e9t\u00e9 poursuivi en justice par les \u00e9piciers trait\u00e9s par le film comme \u00ab\u00a0agents de la DST\u00a0\u00bb. 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