{"id":109849,"date":"2023-05-10T13:17:21","date_gmt":"2023-05-10T12:17:21","guid":{"rendered":"https:\/\/agadirtoday.info\/?p=109849"},"modified":"2023-10-11T16:45:10","modified_gmt":"2023-10-11T15:45:10","slug":"cine-club-aimer-un-filmmeme-si-on-ne-le-comprend-pas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/agadirtoday.com\/?p=109849&lang=fr","title":{"rendered":"Cin\u00e9-club: Aimer un film\u2026m\u00eame si on ne le comprend pas\u00a0!"},"content":{"rendered":"<ul>\n<li><u>Mohammed Bakrim<\/u><\/li>\n<\/ul>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>\u00ab La t\u00e9l\u00e9vision fabrique de l\u2019oubli ; le cin\u00e9ma fabrique des souvenirs \u00bb<\/strong>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong><u>J.- L. Goddard<\/u><\/strong><\/p>\n<p>Le cin\u00e9-club Nour-Eddine Sa\u00efl (Agadir) propose dans le cadre de la deuxi\u00e8me \u00e9dition des journ\u00e9es du film marocain (11\/12\/13\/14 mai) quatre longs m\u00e9trages r\u00e9cents\u00a0: Murs effondr\u00e9s de Hakim Belabb\u00e8s (2022), Lalla Aicha de Mohamed Elbadaoui (2020), Ziara de Simone Bitton (2022), Laazib de Jaouad Babili (2022).<\/p>\n<p>Des films inscrits dans des registres diff\u00e9rents, en termes de genre (documentaire\/fiction) et en termes de grammaire cin\u00e9matographique. Des choix esth\u00e9tiques qui disent une certaine vari\u00e9t\u00e9 d\u2019un cin\u00e9ma inscrit lui-m\u00eame dans une soci\u00e9t\u00e9 plurielle.<\/p>\n<p>Dans ce sens, on comprend que ce n\u2019est pas un hasard de proposer en ouverture de ces journ\u00e9es le film de Hakim Belabb\u00e8s, Murs effondr\u00e9s. Un choix qui dessine carr\u00e9ment une ligne \u00e9ditoriale\u00a0; une bande annonce de ce que serait le projet d\u2019un cin\u00e9-club face au tsunami visuel qui envahit notre environnement \u00e0 travers une multiplication d\u2019\u00e9crans et de supports.<\/p>\n<p>C\u2019est un message \u00e0 peine crypt\u00e9 et qui dit en effet l\u2019ambition sur quel niveau les organisateurs souhaitent placer le curseur de r\u00e9ception de ces journ\u00e9es.<\/p>\n<p>Si d\u2019une mani\u00e8re classique voire lapidaire, on peut situer le film dans le courant du \u00ab\u00a0cin\u00e9ma d\u2019auteur\u00a0\u00bb, notion vague j\u2019en conviens, <u>ce film est aussi une invitation des spectateurs, cin\u00e9philes, puisque membre d\u2019un cin\u00e9-club, \u00e0 tester leur degr\u00e9 de tol\u00e9rance \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019une \u0153uvre &#8211; au sens artistique &#8211; qui se distingue de prime abord par sa singularit\u00e9<\/u>.<\/p>\n<p>En somme une sorte de concours d\u2019entr\u00e9e pour d\u00e9crocher sa carte de cin\u00e9phile\u00a0! Le film va situer sa r\u00e9ception \u00e0 un niveau in\u00e9dit qui suppose de la part du spectateur un engagement. Conclure avec l\u2019auteur\/ avec le film \u00ab\u00a0un pacte\u00a0\u00bb de r\u00e9ception fait de tol\u00e9rance et d\u2019hospitalit\u00e9\u00a0: suivre plusieurs trames\u00a0; une mosa\u00efque de personnages et de destins.<\/p>\n<p>Le film de Hakim Belabb\u00e8s va nous mener \u00e0 travers une dizaine d\u2019histoires qui se suivent et ne se ressemblent pas. Des histoires nourries de souvenirs d\u2019enfances\u00a0: des images, des r\u00e9cits de grands-m\u00e8res ou tout simplement des r\u00e9miniscences n\u00e9es du croisement d\u2019un regard et d\u2019un espace.<\/p>\n<p>Le film erre d\u2019une m\u00e9moire \u00e0 l\u2019autre, d\u2019un espace \u00e0 un autre. Un lieu embl\u00e9matique va fournir le cadre de ce voyage, la salle de cin\u00e9ma. Celle-l\u00e0 m\u00eame de l\u2019enfance de l\u2019auteur.<\/p>\n<p>La salle de cin\u00e9ma de sa ville natale, propri\u00e9t\u00e9 familiale, merveilleusement film\u00e9e dans l\u2019auto-documentaire, Fragments (2010). Revisit\u00e9e ici alors qu\u2019elle est tomb\u00e9e en ruine, hant\u00e9e par des ombres et des voix remontant des temps h\u00e9ro\u00efques.<\/p>\n<p>En fait, c\u2019est une programmation qui rel\u00e8ve, in fine, d\u2019une strat\u00e9gie de lutte contre ce qui est imm\u00e9diatement consommable. Une pause esth\u00e9tique\/intellectuelle face au zapping g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9.<\/p>\n<p>La diversit\u00e9 esth\u00e9tique des films programm\u00e9s cherche \u00e0 rester fid\u00e8le au credo d\u2019un cin\u00e9-club\u00a0: refuser de remonter les sentiers battus\u00a0; refuser les diktats de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation\u00a0; se situer en contre-champ de \u00ab\u00a0la culture de peu de fatigue c\u00e9r\u00e9brale\u00a0\u00bb distill\u00e9e par la t\u00e9l\u00e9vision\u00a0; popularis\u00e9e par la surconsommation cathodique que les spectateurs ont subi durant le mois de Ramadan.<\/p>\n<p>Ces diktats rendent de plus en plus difficile la disposition (Simone Weil parle de consentement) \u00e0 aimer des films qui proposent autre chose que le fast-food audiovisuel.<\/p>\n<p>Notre ambition est une nouvelle utopie\u00a0: amener nos jeunes adh\u00e9rents, les jeunes et les moins jeunes \u00e0 aimer des films m\u00eame s\u2019ils ne les comprennent pas. En les regardant jusqu\u2019au bout, ils finiront par les comprendre et les aimer\u2026une nouvelle fois. Nous parions sur le temps, sur la dur\u00e9e.<\/p>\n<p>Il y a un peu de Nietzsche dans ce projet. C\u2019est lui, en effet, qui parle, dans son ouvrage <em>Le gai savoir,<\/em> de \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9tranget\u00e9\u00a0\u00bb d\u2019une \u0153uvre d\u2019art. Celle-ci n\u2019est pas imm\u00e9diatement accessible\u00a0; elle demande un effort pour se r\u00e9v\u00e9ler \u00e0 nous dans un rythme qui n\u2019est pas celui des r\u00e9seaux sociaux.<\/p>\n<p>Avec cet effort, avec cet esprit d\u2019hospitalit\u00e9 cin\u00e9phile, \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9tranget\u00e9\u00a0\u00bb finit par se dissiper\u00a0; c\u00e9der \u00e0 la tendresse d\u2019une rencontre intelligente.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nous finissons toujours par \u00eatre r\u00e9compens\u00e9 pour notre bonne volont\u00e9, notre patience, notre \u00e9quit\u00e9, notre tendresse envers l\u2019\u00e9tranget\u00e9, du fait que l\u2019\u00e9tranget\u00e9 peu \u00e0 peu se d\u00e9voile et vient s\u2019offrir \u00e0 nous en tant que nouvelle et indicible beaut\u00e9\u00a0: c\u2019est l\u00e0 sa gratitude pour notre hospitalit\u00e9\u00a0\u00bb \u00e9crit Nietzsche qui conclut\u00a0\u00ab\u00a0L\u2019amour aussi doit s\u2019apprendre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019amour des films dits difficiles aussi. C\u2019est le parcours initiatique au sein d\u2019un cin\u00e9-club.<\/p>\n<p>Il faut signaler en outre que ces journ\u00e9es de films se tiennent sous le signe de la pluralit\u00e9 et de la diversit\u00e9 de la culture marocaine avec comme titre g\u00e9n\u00e9rique \u00ab\u00a0Le Maroc pluriel\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Un clin d\u2019\u0153il qui se veut en fait un hommage \u00e0 un grand \u00e9crivain, \u00e0 un brillant intellectuel, Feu Abdelkbir Khatibi (1938-2009).<\/p>\n<p>C\u2019est lui qui nous a appris tr\u00e8s t\u00f4t \u00e0 capter les signes multiples qui \u00e9manent d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 r\u00e9duite au silence par l\u2019h\u00e9g\u00e9monie d\u2019une culture dominante. La pluralit\u00e9 en effet \u00e9tait toujours l\u00e0, mais elle n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 prise en charge\u2026en tout cas d\u2019une mani\u00e8re pens\u00e9e.<\/p>\n<p><u>Khatibi nous invite \u00e0 tendre l\u2019oreille pour \u00e9couter notre soci\u00e9t\u00e9 r\u00e9sonner dans sa pluralit\u00e9<\/u>. Pour se faire, il faut s\u2019\u00e9manciper des d\u00e9terminations dominantes qui r\u00e9duisaient l\u2019acc\u00e8s \u00e0 cette culture \u00e0 travers le prisme du seul \u00e9crit par exemple.<\/p>\n<p>La complexit\u00e9 de la culture marocaine impose de prendre en consid\u00e9ration des syst\u00e8mes de signes de natures tr\u00e8s vari\u00e9es. Les multiples signes qui \u00e9manent du corps, de l\u2019espace.<\/p>\n<p>Du silence et du non-dit du hors champ social. Ziara de Simone Bitton avec les interstices de la m\u00e9moire tue, refoul\u00e9e en revisitant un lieu embl\u00e9matique du silence et de l\u2019oubli, celui des cimeti\u00e8res juifs avec des musulmans d\u00e9vou\u00e9s \u00e0 la sauvegarde des lieux et des traces.<\/p>\n<p>Laazib de Jaouad Babili \u00ab\u00a0donne l\u2019image\u00a0\u00bb comme on dit \u00ab\u00a0donner la parole\u00a0\u00bb \u00e0 un espace dit d\u00e9sertique mais \u00e9loquent par ses multiples signes revus \u00e0 partir du regard de deux femmes recluses mais non enferm\u00e9es. Lalla Aiche filme des corps en qu\u00eate d\u2019\u00e9mancipation et de r\u00e9alisation de soi en interaction avec un espace o\u00f9 se jouent des rapports de pouvoir.<\/p>\n<p>C\u2019est un programme de cin\u00e9ma et non de t\u00e9l\u00e9vision.<\/p>\n<p>On dirait alors en paraphrasant Goddard que si la t\u00e9l\u00e9vision fabrique de l\u2019oubli, le cin\u00e9ma construit de la m\u00e9moire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mohammed Bakrim \u00ab La t\u00e9l\u00e9vision fabrique de l\u2019oubli ; le cin\u00e9ma fabrique des souvenirs \u00bb. J.- L. 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