{"id":108379,"date":"2023-04-26T19:54:49","date_gmt":"2023-04-26T18:54:49","guid":{"rendered":"https:\/\/agadirtoday.info\/?p=108379"},"modified":"2023-10-11T17:15:18","modified_gmt":"2023-10-11T16:15:18","slug":"recit-de-voyage-1-souss-sur-les-traces-de-mes-ancetres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/agadirtoday.com\/?p=108379&lang=fr","title":{"rendered":"R\u00e9cit de voyage (1)..Souss, sur les traces de mes anc\u00eatres"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<ul>\n<li><u>Mohammed Bakrim<\/u><\/li>\n<\/ul>\n<p>Je prends la route t\u00f4t le matin. J\u2019aime voyager de jour y compris quand il fait chaud. Destination Souss. L\u2019itin\u00e9raire que j\u2019ai choisi pour mon voyage ne manque pas de nostalgie\u00a0; il est charg\u00e9 de m\u00e9moire et d\u2019histoire. J\u2019ai programm\u00e9 d\u2019effectuer le chemin emprunt\u00e9 jadis par mes anc\u00eatres mais dans le sens inverse\u00a0: Casablanca \u2013 Taroudant \u00e0 travers le col de Tizi N\u2019test\u00a0; c\u2019est-\u00e0-dire franchir de nouveau le Haut Atlas. Eux, mes parents, \u00e9migr\u00e9s de l\u2019int\u00e9rieur mais aussi tous mes anc\u00eatres amazighs ont fait ce chemin dans le sens Sud-nord pour r\u00e9pondre aux diff\u00e9rents appels o\u00f9 se conjuguent le sacr\u00e9 et la profane.<\/p>\n<p>J\u2019effectue \u00e9galement ce voyage sous le signe de deux auteurs\u00a0: C.L Strauss avec cette citation \u00e9clairante de ma d\u00e9marche\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Tout autre est le monde o\u00f9 nous p\u00e9n\u00e9trons \u00e0 pr\u00e9sent, monde <\/em>o\u00f9 l\u2019humanit\u00e9 se trouve abruptement confront\u00e9e \u00e0 des d\u00e9terminismes plus durs\u00a0\u00bb. L\u2019autre auteur est Hassan Rachik, anthropologue du \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb, de l\u2019int\u00e9rieur en quelque sorte puisque c\u2019est un intellectuel issu du terroir, enfant lui-m\u00eame de ce Haut Atlas fascinant et \u00e9nigmatique.<\/p>\n<p>Anthropologue confirm\u00e9, de renomm\u00e9e internationale, Hassan Rachik a \u00e9t\u00e9 attentif aux changements sociaux qui traversent et bouleversent les structures ancestrales.<\/p>\n<p>Le titre de l\u2019un de ses livres r\u00e9sume la probl\u00e9matique qui cl\u00f4t mon itin\u00e9raire\u00a0: <em>Comment rester nomade\u00a0!<\/em> Je me permets de le citer longuement car interpell\u00e9 par les changements que j\u2019ai observ\u00e9s dans la vie sociale de mon espace d\u2019origine (le pays du Souss, plus pr\u00e9cis\u00e9ment en amont du fleuve du m\u00eame nom)\u00a0; j\u2019ai \u00e9t\u00e9 confront\u00e9\u00a0\u00a0\u00a0 \u00e0 un dilemme th\u00e9orique\u00a0: est-ce cela la modernit\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>Cette perdition des rites, des comportements, des pratiques\u2026 est-elle le prix fort \u00e0 payer au changement\u00a0? Hassan Rachik note au terme de son enqu\u00eate passionnante sur la soci\u00e9t\u00e9 nomade de l\u2019oriental du pays\u00a0: <em>\u00ab La compr\u00e9hension d\u2019un processus de transformation suppose d\u2019abord la reconstitution des processus sociaux r\u00e9p\u00e9titifs qui le pr\u00e9c\u00e8dent. <\/em><\/p>\n<p><em>Nous\u00a0pensons que pour l\u2019\u00e9tude des changements sociaux, la description de cette continuit\u00e9 empirique (qui, d\u2019un autre point de vue, peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme une discontinuit\u00e9, voire une rupture) entre les deux types de processus est fondamentale dans la mesure o\u00f9 elle nous donne l\u2019occasion de d\u00e9crire et de comprendre \u00e0 la fois d\u2019actions nouvelles et l\u2019abandon d\u2019anciennes pratiques<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le passage d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 nomade \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 s\u00e9dentaire peut repr\u00e9senter la parabole de grands bouleversements qui touchent la structure sociale composite de notre pays. Notamment dans sa dimension culturelle.<\/p>\n<p>L\u2019impression forte qui s\u2019impr\u00e8gne dans l\u2019esprit au terme de ces p\u00e9r\u00e9grinations dans le Maroc profond est la d\u00e9perdition qui frappe toute la dimension symbolique des rapports sociaux. Nous assistons en effet \u00e0 un processus de standardisation culturelle qui an\u00e9antit toute sp\u00e9cificit\u00e9 locale et r\u00e9gionale. Je suis de plus en plus convaincu, suite \u00e0 ce que j\u2019ai vu et observ\u00e9, de la pertinence d\u2019un concept forg\u00e9 par le cin\u00e9aste et \u00e9crivain italien, Paolo Pasolini, celui du <strong>g\u00e9nocide culturel<\/strong>.<\/p>\n<p>Concept qu\u2019il a forg\u00e9 en constatant que son pays \u00e9tait plong\u00e9 \u00ab\u00a0dans une vulgarit\u00e9, dans une ignorance et dans une m\u00e9diocrit\u00e9 jamais connue auparavant\u00a0\u00bb. Je reprends \u00e0 mon compte le concept de g\u00e9nocide culturel constatant que ce que l\u2019on appelle le Maroc authentique et qui fait sa sp\u00e9cificit\u00e9 est en train de p\u00e9rir sous les coups de boutoir d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 de consommation effr\u00e9n\u00e9e qui balaie sur son chemin pratiques culturelles, traditions culinaires, vies sociales collectives&#8230;<\/p>\n<p>Une violence symbolique, \u00ab\u00a0symbolique\u00a0\u00bb car ses victimes la subissent avec leur propre consentement, transforme les rapports sociaux dans un sens m\u00e9canique, impos\u00e9e d\u2019en haut.<\/p>\n<p>C\u2019est une modernit\u00e9 superficielle qui casse des acquis historiques pour leur substituer des gadgets souvent inadapt\u00e9s au contexte social et \u00e0 l\u2019environnement naturel.<\/p>\n<p>J\u2019ai cit\u00e9 le cas des pratiques culinaires (la pr\u00e9paration du pain en est un meilleur exemple) mais il y a le cas flagrant de l\u2019architecture et des nouvelles constructions.<\/p>\n<p>Certes, on peut noter avec une certaine fiert\u00e9 l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019eau courante, de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 dans des villages jadis d\u00e9munis de tout acc\u00e8s aux moyens de la vie urbaine.<\/p>\n<p>Cependant, cette arriv\u00e9e bouleverse certains \u00e9quilibres forg\u00e9s dans la dur\u00e9e et dans un rapport harmonieux avec l\u2019environnement. Les nouvelles habitations, signe des nouvelles richesses, construites avec des briques en ciment et des charpentes en fer et selon des normes qui ne prennent pas en compte la sp\u00e9cificit\u00e9 climatique du sud.<\/p>\n<p>Le droit au confort comme exigence citoyenne a \u00e9t\u00e9 men\u00e9 loin de toute approche pens\u00e9e et \u00e9labor\u00e9e en fonction d\u2019un d\u00e9veloppement harmonieux. Ce confort de fa\u00e7ade se r\u00e9v\u00e8le tr\u00e8s vite incompatible avec le rythme de vie forg\u00e9e par la tradition.<\/p>\n<p>De nouveaux villages naissent ainsi dans un m\u00e9lange de genre qui produit de nombreuses cons\u00e9quences sociales, hygi\u00e9niques et culturelles.<\/p>\n<p>Le d\u00e9veloppement chaotique de nos campagnes explique l\u2019apparition d\u2019un certain nombre de ph\u00e9nom\u00e8nes in\u00e9dits dans nos contr\u00e9es : le vol ; la recrudescence de la criminalit\u00e9 ; l\u2019apologie des th\u00e8ses religieuses extr\u00e9mistes.<\/p>\n<p>C\u2019est dans un contexte p\u00e9riurbain ou pr\u00e9urbain marqu\u00e9 par une fragmentation sociale et culturelle que se d\u00e9veloppent les ph\u00e9nom\u00e8nes extr\u00eames. Un simple parcours des banlieues de nos villes, ou carr\u00e9ment dans les nouveaux centres urbains en fournit une illustration\u2026<\/p>\n<p>J\u2019arrive \u00e0 Marrakech sous une chaleur torride. Le ciel est rouge\u00e2tre, cela augure d\u2019un orage quelque part vers les hauteurs.<\/p>\n<p>Je ne m\u2019attarde pas dans la ville ocre, le temps d\u2019un rafraichissement et de quelques t\u00e9l\u00e9phones puis j\u2019aborde la mont\u00e9e en prenant la route nationale 203, celle qui traverse justement le Haut Atlas par le biais du col de Tzi N\u2019test.<\/p>\n<p>Chemin mythique charg\u00e9 de souvenirs, de m\u00e9moire et de l\u00e9gendes.<\/p>\n<p><strong>Adrar N\u2019dern<\/strong>. Le Haut Atlas, cha\u00eene embl\u00e8me de tamazgha ; barri\u00e8re naturelle aux allures infranchissable n\u2019a jamais constitu\u00e9 une fronti\u00e8re entre le nord et le sud du pays.<\/p>\n<p>Ses chemins sinueux sont anim\u00e9s de souvenirs de passages qui ont ciment\u00e9 l\u2019unit\u00e9 politique et religieuse du pays. Chaque village, chaque vestige est t\u00e9moin de ce mouvement incessant qui \u00e9mane du sud pour nourrir le nord de son apport multiple, politique, mystique et culturel (\u00e0 suivre)&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Mohammed Bakrim Je prends la route t\u00f4t le matin. J\u2019aime voyager de jour y compris quand il fait chaud. Destination Souss. L\u2019itin\u00e9raire que j\u2019ai choisi pour mon voyage ne manque pas de nostalgie\u00a0; il est charg\u00e9 de m\u00e9moire et d\u2019histoire. J\u2019ai programm\u00e9 d\u2019effectuer le chemin emprunt\u00e9 jadis par mes anc\u00eatres mais dans le sens &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":8,"featured_media":108381,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"googlesitekit_rrm_CAowteS_DA:productID":"","footnotes":"","iawp_total_views":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[43],"tags":[3573,3575,3577],"jetpack_publicize_connections":[],"lang":"fr","translations":{"fr":108379},"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/Mohammed-Bakrim.png?fit=564%2C472&ssl=1","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/peJLke-sc3","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_likes_enabled":false,"jetpack-related-posts":[],"pll_sync_post":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/108379"}],"collection":[{"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/8"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=108379"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/108379\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/108381"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=108379"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=108379"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/agadirtoday.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=108379"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}