{"id":105351,"date":"2023-04-01T13:56:32","date_gmt":"2023-04-01T13:56:32","guid":{"rendered":"https:\/\/agadirtoday.info\/?p=105351"},"modified":"2023-10-11T16:45:11","modified_gmt":"2023-10-11T15:45:11","slug":"revoir-zeft-de-tayeb-saddiki-le-film-des-annees-secheresse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/agadirtoday.com\/?p=105351&lang=fr","title":{"rendered":"Revoir Zeft de Tayeb Saddiki..Le film des ann\u00e9es s\u00e9cheresse!"},"content":{"rendered":"<blockquote>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Tout le film est ainsi construit : il est autant\u00a0 \u00ab\u00a0visible\u00a0\u00bb que \u00ab\u00a0lisible\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<ul>\n<li><u>Mohammed Bakrim<\/u><\/li>\n<\/ul>\n<p>A l\u2019occasion de la Journ\u00e9e internationale du th\u00e9\u00e2tre (31 mars) la \u00a0Fondation Tayeb Saddiki a organis\u00e9 des Journ\u00e9es d\u00e9di\u00e9es \u00e0 la m\u00e9moire du ma\u00eetre fondateur (1939-2016).<\/p>\n<p>Des journ\u00e9es comprenant notamment une exposition, un \u00e9change autour du th\u00e8me \u00ab th\u00e9\u00e2tre et cin\u00e9ma \u00bb et surtout\u00a0 la projection de la version\u00a0 restaur\u00e9e du film Zeft (1984) ; premier long m\u00e9trage de fiction du Grand ma\u00eetre.<\/p>\n<p>Une initiative louable \u00e0 plusieurs titres. Et d\u2019abord pour permettre aux nouvelles g\u00e9n\u00e9rations de cin\u00e9philes et de jeunes cin\u00e9astes d\u2019avoir une id\u00e9e sur un pan important de notre cin\u00e9ma qui n\u2019est pas parti ex-nihilo. Revoir le film aujourd\u2019hui est \u00e9galement opportun au moment o\u00f9 le pays ne cesse de subir de plein fouet les effets d\u2019une s\u00e9cheresse terrible.<\/p>\n<p>Tout le film de Saddiki est r\u00e9v\u00e9lateur de l\u2019omnipr\u00e9sence de cette catastrophe dans l\u2019imaginaire collectif de notre soci\u00e9t\u00e9. Abord\u00e9e dans le film comme m\u00e9taphore d\u2019autres secheresses\u2026<\/p>\n<p>Feu Tayeb Saddiki avait eu d\u2019intenses rapports avec le septi\u00e8me art o\u00f9 il avait trouv\u00e9 un des vecteurs d\u2019expression de sa qu\u00eate d\u2019un art total.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s jeune com\u00e9dien de la troupe de la jeunesse et des sports dans les ann\u00e9es 1950, il tient son premier r\u00f4le dans un court m\u00e9trage, Le poulet, de Jean Fl\u00e9chet (1954)\u00a0; un sketch largement inspir\u00e9 des contes populaires marocains o\u00f9 on le voit c\u00f4toyer de grands noms du th\u00e9\u00e2tre marocain.<\/p>\n<p><img data-attachment-id=\"105353\" data-permalink=\"https:\/\/agadirtoday.com\/?attachment_id=105353\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/Film-zeft-.jpg?fit=729%2C454&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"729,454\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;1&quot;}\" data-image-title=\"Film zeft\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/Film-zeft-.jpg?fit=300%2C187&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/Film-zeft-.jpg?fit=729%2C454&amp;ssl=1\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-105353 aligncenter\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/Film-zeft-.jpg?resize=300%2C187&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"187\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/Film-zeft-.jpg?resize=300%2C187&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/agadirtoday.com\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/Film-zeft-.jpg?w=729&amp;ssl=1 729w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" title=\"\" data-recalc-dims=\"1\"><\/p>\n<p>Le cin\u00e9aste fran\u00e7ais, Jean Fl\u00e9chet qui a choisi de continuer \u00e0 travailler au Maroc ind\u00e9pendant a \u00e9t\u00e9 fort impressionn\u00e9 par le jeu de Tayeb Saddiki.<\/p>\n<p>Il fit appel \u00e0 lui de nouveau pour son film Le collier de beignets qui repr\u00e9senta le Maroc \u00e0 Berlin en 1957.<\/p>\n<p>Pr\u00e9sent dans le film en tant que com\u00e9dien aux c\u00f4t\u00e9s de Hassan Skalli amis aussi en tant que conseiller artistique.<\/p>\n<p>Ce fut alors le d\u00e9but d\u2019une riche carri\u00e8re de cin\u00e9ma qu\u2019il mena en parall\u00e8le de son immense travail pour le th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<p>Il joua ainsi dans de grandes productions internationales (Lawrence d\u2019Arabie, Le message\u2026). Il collabora \u00e0 plusieurs films marocains en tant que com\u00e9dien mais aussi en tant que conseiller \u00e0 l\u2019\u00e9criture.<\/p>\n<p>Il ne tarda pas alors \u00e0 passer derri\u00e8re la cam\u00e9ra r\u00e9alisant ses propres films, beaucoup de courts m\u00e9trages documentaires et surtout son premier et grand film de fiction, Zeft (1984).<\/p>\n<p>Revoir le film aujourd\u2019hui, pr\u00e8s de 40 ans apr\u00e8s sa sortie donne la mesure de la force, de la richesse et de l\u2019originalit\u00e9 de ce film.<\/p>\n<p>Zeft m\u00e9rite en effet d\u2019\u00eatre r\u00e9habilit\u00e9 \u00e0 l\u2019a une des d\u00e9veloppements post\u00e9rieurs du cin\u00e9ma marocain pour se rendre compte de sa place de pr\u00e9curseur dans l\u2019histoire de ce cin\u00e9ma.<\/p>\n<p>Mon hypoth\u00e8se, avanc\u00e9e un peu hasardeusement au d\u00e9part mais dont je suis d\u00e9sormais convaincu apr\u00e8s avoir revu le film, est que tout un cin\u00e9ma que je qualifierai de <strong><u>d\u00e9construction postmoderne<\/u><\/strong> dont le chef de fil aujourd\u2019hui est Hicham Lasri trouve ses pr\u00e9mices dans le film de Tayeb Saddiki. Zeft est en quelque sorte l\u2019anc\u00eatre lointain de The se ais behind (2014).<\/p>\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, Tayeb Saddiki, rejoignant ainsi, quoique travaillant sur d\u2019autres registres, des cin\u00e9astes comme Mostafa Derkaoui, Aboulouakar\u2026dans une d\u00e9marche de d\u00e9construction du discours fictionnel dominant, nous propose non pas un r\u00e9cit classique mais un montage hilarant donnant lieu \u00e0 la radioscopie d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 en bute aux mutations de la modernit\u00e9.<\/p>\n<p>Un village, microcosme d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 complexe est travers\u00e9e par deux courants contradictoires.<\/p>\n<p>D\u2019un c\u00f4t\u00e9 l\u2019enterrement de Sidi Yassine un saint des saints et de l\u2019autre l\u2019arriv\u00e9e d\u2019une autoroute.<\/p>\n<p>Les deux \u00e9v\u00e9nements optent pour le m\u00eame lopin de terre, celui du pauvre Bouazza (interpr\u00e9t\u00e9 par Saddiki himself).<\/p>\n<p>Toutes les contradictions historiques, sociales sont revisit\u00e9es par un jeu de clins d\u2019\u0153il, de mise en abyme\u00a0: la bureaucratie, le syst\u00e8me \u00e9ducatif, les m\u0153urs, la tentation migratoire.<\/p>\n<p>Des s\u00e9quences sont devenues mythiques\u00a0: la procession organis\u00e9e \u00e0 l\u2019occasion de la s\u00e9cheresse, les diff\u00e9rentes variantes des discours officiels ; les r\u00e9unions des cadres pour d\u00e9terminer le trac\u00e9 de l\u2019autoroute\u2026<\/p>\n<p>L\u2019ensemble est (d\u00e9)construit, hors les normes canoniques de la narration. Chaque s\u00e9quence dispose de sa propre logique ind\u00e9pendamment du r\u00e9f\u00e9rent auquel elle est cens\u00e9e renvoyer.<\/p>\n<p>Je voudrai dans ce sens proposer un arr\u00eat sur images de la s\u00e9quence d\u2019ouverture, pr\u00e9-g\u00e9n\u00e9rique. Elle se d\u00e9roule \u00e0 Paris et va signifier l\u2019impasse du projet migratoire.<\/p>\n<p>On y voit Nordine Bikr qui vit le d\u00e9but d\u2019une idylle amoureuse avec son amie fran\u00e7aise. Mais tr\u00e8s vite cela va buter sur le mur de la bureaucratie et des visas.<\/p>\n<p>La s\u00e9quence est port\u00e9e par une rh\u00e9torique de l\u2019image \u00e0 travers la figure du montage. D\u2019abord au niveau de la succession des plans\u00a0: on voit le couple s\u2019installer \u00e0 la terrasse d\u2019un caf\u00e9. Suit un plan de d\u2019un camion de nettoyage de la chauss\u00e9e avec en arri\u00e8re fond le jeune couple.<\/p>\n<p>Le camion arrive de la gauche du plan, cache les protagonistes et sort par la droite\u00a0; un mouvement gauche droite accompagne l\u2019arriv\u00e9e de deux policiers. D\u2019un nettoyage l\u2019autre.<\/p>\n<p>Le plan suivant, on voit les deux policiers interpeller le jeune marocain. L\u00e0 intervient un autre niveau de montage, celui interne au plan.<\/p>\n<p>Le jeune couple qui fait face au plocier qui v\u00e9rifie le passeport est film\u00e9 en effet avec en arri\u00e8re fond l\u2019enseigne du caf\u00e9 \u00ab La Libert\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Au pays des droits de l\u2019homme, on n\u2019est pas \u00e0 une contradiction pr\u00e8s. Un autre plan nous montre cette fois les deux policiers cadr\u00e9s rapproch\u00e9 avec en arri\u00e8re fond l\u2019inscription \u00ab\u00a0sauvage\u00a0\u00bb. Tout le film est ainsi construit, il est autant \u00ab\u00a0visible\u00a0\u00bb que \u00ab\u00a0lisible\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le r\u00e9cit puise dans une multitude de registres artistiques (le script est tir\u00e9 d\u2019une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre \u00e9ponyme)\u2026tous les ingr\u00e9dients d\u2019une esth\u00e9tique post moderne sont r\u00e9unis pour nous donner une \u0153uvre pr\u00e9monitoire.<\/p>\n<p>Pour ceux qui auraient reproch\u00e9 au cin\u00e9aste son d\u00e9phasage par rapport au r\u00e9alisme en vogue, il glisse dans son film une s\u00e9quence documentaire o\u00f9 le r\u00e9el surpasse la fiction ; c\u2019est la s\u00e9quence o\u00f9 la cam\u00e9ra capte des moments quasi surr\u00e9alistes quand des populations traversent la route \u00e0 double voie \u00e0\u00a0 des endroits absolument in\u00e9dits ; chacun tentant \u00e0 sa mani\u00e8re de trouver une astuce pour transgresser l\u2019interdit.<\/p>\n<p>L\u2019autoroute symbolisant dans le film le dernier gadget de la modernit\u00e9 subit ainsi des contournements qui mettent \u00e0 nu son caract\u00e8re inop\u00e9rant.<\/p>\n<p>On n\u2019adopte pas la modernit\u00e9, on l\u2019adapte. La fiction se r\u00e9v\u00e8le en de\u00e7\u00e0 du r\u00e9el. Tout l\u2019art de Tayeb Saddiki est d\u2019avoir su capter ses moments dans une forme qui continue de nous parler aujourd\u2019hui encore davantage.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tout le film est ainsi construit : il est autant\u00a0 \u00ab\u00a0visible\u00a0\u00bb que \u00ab\u00a0lisible\u00a0\u00bb Mohammed Bakrim A l\u2019occasion de la Journ\u00e9e internationale du th\u00e9\u00e2tre (31 mars) la \u00a0Fondation Tayeb Saddiki a organis\u00e9 des Journ\u00e9es d\u00e9di\u00e9es \u00e0 la m\u00e9moire du ma\u00eetre fondateur (1939-2016). 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