Maroc aujourd'hui

Des voix internationales réunies à Fès pour promouvoir une diplomatie de la dignité

Les travaux du Sommet « Karamah 2026 » se sont ouverts, samedi à Fès, avec la participation de personnalités politiques, diplomatiques, intellectuelles et académiques issues de différents continents, dans le but d’impulser une nouvelle dynamique internationale faisant de la culture, du patrimoine et de la dignité humaine des leviers essentiels de coopération et de paix.

Organisé par l’Association mondiale de la culture et du patrimoine (WACH International), en partenariat avec l’Institute for Cultural Diplomacy et le Centre international Nizami Ganjavi, sous le thème « Le dialogue des civilisations au cœur de la dignité humaine », cet événement se veut un espace de réflexion et d’échange autour des moyens de consolider les valeurs universelles dans un monde multipolaire confronté à de profondes mutations et à des défis croissants, notamment sur les plans climatique, technologique et géopolitique.

Dans une déclaration à la presse à cette occasion, l’ancien secrétaire général de la Ligue arabe et ex-ministre égyptien des Affaires étrangères, M. Amr Moussa, a souligné le rôle fondamental du soft power et de l’action culturelle dans la construction de relations internationales fondées sur la paix et la coexistence, estimant que la préservation de la dignité humaine demeure au cœur de cette ambition universelle.

Il a indiqué que l’objectif ultime consiste à mettre fin aux guerres, aux agressions et aux violations qui frappent les populations civiles, relevant que le renforcement des liens culturels et le recours aux politiques de puissance douce constituent des vecteurs essentiels au service de la paix et de la coopération entre les peuples.

  1. Moussa a également mis en garde contre certaines évolutions « préoccupantes » des relations internationales, estimant que le dépassement du cadre du droit international constitue une menace pour la stabilité de l’ordre mondial, et appelant à un retour aux principes consacrés par les conventions et conférences internationales afin de garantir le respect de la dignité humaine.

Il a, par ailleurs, insisté sur l’importance de la dimension culturelle et des droits humains dans l’édification d’un système international plus juste et plus humain, saluant le rôle du mouvement associatif international dans l’élaboration d’initiatives porteuses de ces valeurs.

Intervenant à l’ouverture du Sommet, le wali de la région Fès-Meknès, gouverneur de la préfecture de Fès, M. Khalid Aït Taleb, a souligné, dans une allocution lue en son nom, que le choix de Fès pour accueillir cet événement « n’est nullement fortuit », eu égard à son statut de cité du savoir et de la spiritualité, ainsi qu’aux valeurs de paix, de tolérance et d’ouverture qu’elle incarne depuis des siècles.

Il a affirmé que les enjeux liés au patrimoine ne se limitent plus à sa préservation, mais concernent également sa valorisation en tant que moteur du développement durable et de création de richesses au profit des populations locales.

Dans ce cadre, il a appelé à l’adoption de modèles innovants et d’une gouvernance transparente pour la gestion des sites historiques, de manière à concilier les impératifs de sauvegarde et les exigences d’investissement, faisant du patrimoine un véritable levier de développement économique et social.

Le responsable territorial a, en outre, indiqué que le Sommet ambitionne de contribuer à l’élaboration d’un « nouveau cadre éthique des relations internationales », dans lequel les valeurs humaines deviennent des instruments effectifs de gouvernance.

Il a ajouté que les monuments emblématiques de Fès, tels que l’Université Al Quaraouiyine, la Médersa Attarine ou encore le mausolée de Moulay Idriss, incarnent l’esprit de cette « diplomatie de la dignité » appelée à renouveler le modèle humaniste mondial.

  1. Aït Taleb a estimé que l’accueil de cette rencontre internationale traduit l’attachement du Royaume du Maroc à son histoire et à ses valeurs fondées sur le dialogue et la coexistence, exprimant le souhait que la « Déclaration de Fès sur la dignité humaine et l’humanité universelle » devienne une référence pour les générations futures dans la promotion d’une culture de paix et d’entente.

Pour sa part, le président du Conseil de la région Fès-Meknès, M. Abdelouahed El Ansari, a considéré que la dignité humaine constitue aujourd’hui, dans un contexte marqué par la multiplication des conflits et des discours de haine, « un véritable enjeu civilisationnel permettant de mesurer la capacité des nations et des institutions à relever les défis contemporains ».

Selon lui, le dialogue entre les civilisations n’est plus un choix secondaire mais une « nécessité existentielle » pour favoriser la compréhension mutuelle et prévenir les tensions.

Il a souligné que le Maroc, sous la conduite éclairée de SM le Roi Mohammed VI, offre un modèle singulier de gestion de la diversité culturelle et du dialogue interreligieux.

  1. El Ansari a rappelé que la Constitution marocaine consacre cette vision à travers la reconnaissance d’une identité nationale unifiée, nourrie de ses affluents arabe, islamique, amazigh et hassani, et ouverte sur ses dimensions africaine, andalouse, hébraïque et méditerranéenne.

De son côté, la présidente de l’Association mondiale de la culture et du patrimoine, Mme Hakima El Haïti, a affirmé que la dignité humaine constitue la raison d’être de cette rencontre internationale, dans un contexte mondial marqué par des crises successives et des défis majeurs nécessitant de nouvelles approches fondées sur la coopération et le dialogue.

Elle a relevé que la communauté internationale est confrontée à des enjeux cruciaux, notamment les changements climatiques qui menacent la sécurité alimentaire et les écosystèmes, ainsi que les mutations induites par l’intelligence artificielle, qui transforment profondément les sociétés et soulèvent des interrogations quant à l’adéquation des cadres juridiques actuels pour protéger les droits humains.

Mme El Haïti a estimé que les conflits armés, les défis environnementaux et l’accélération du progrès technologique imposent une réflexion renouvelée sur les instruments de l’action internationale, mettant en avant le rôle central de la culture comme vecteur de rapprochement entre les peuples et de réduction des tensions.

Dans cette perspective, elle a souligné que la « diplomatie de la dignité » est en mesure d’apporter des réponses novatrices dépassant les limites de la diplomatie traditionnelle, en faisant de la culture et du patrimoine des instruments de paix, de dialogue et de compréhension mutuelle.

Évoquant la portée symbolique de Fès, qu’elle a qualifiée de « cité majestueuse », Mme El Haïti a rappelé que son héritage exceptionnel témoigne de siècles de coexistence entre civilisations, cultures et religions, faisant de la capitale spirituelle du Royaume un message vivant de paix et de fraternité adressé au monde.

Le programme du Sommet « Karamah 2026 » prévoit quatre panels consacrés notamment à la médiation culturelle et à la préservation du patrimoine, à l’investissement touristique et à l’ingénierie patrimoniale comme levier de dignité économique, ainsi qu’à la diplomatie culturelle et au soft power au service de la paix et de la prévention des conflits.

Les travaux de cette première journée devront être couronnés par l’adoption de la « Déclaration de Fès sur la dignité humaine et l’humanité universelle », une feuille de route destinée à faire du patrimoine et de la dignité humaine des piliers de la diplomatie mondiale, de la coopération internationale et de la consolidation de la paix.

 

          

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