Agadir aujourd'hui

Le pouvoir magique des mots

.Mohamed Laghouizi//

Il est vrai que le temps nous dévoile des vérités et des réalités qu’on ignore sur soi et sur les autres. C’est le seul vecteur qui met en exergue cette confiance en soi et cette approche profonde de notre existence et celle de notre environnement le plus familier mais aussi le plus lointain.

Tout dépend de cette relation qui se tisse entre notre capacité de perception et d’action dans cet espace qui nous procure les ingrédients de notre existence voire même de notre survie et aussi celle de ceux qui nous entourent.  Nous sommes tous liés par cet instinct de survie et aussi par ce sentiment de besoin de l’autre avec tout ce qu’il a de différent et d’indésirable.

On essaie de se réfugier derrière des masques qu’on porte du matin au soir pour pouvoir jouer un rôle insignifiant dans un système qui nous écrase et nous anéantit lentement selon des procédés scientifiques qu’il ne cesse d’inventer et de perfectionner tout en prétendant que c’est dans notre intérêt et pour nous faciliter notre vie quotidienne et nous nous laissons faire comme un troupeau qui suit son berger.

Je quitte ce monde corrompu et perdu dans une sorte de labyrinthe sans fin et retourne à ma cave secrète. J’ai hâte de replonger dans la stupidité humaine et la fantaisie de cette morale qu’on nous impose avec des postulats qui n’ont rien de spirituel ou de culturel et surtout de concret. Je tente de remonter le temps et de repeindre le monde d’Ulysse, le héros de l’Odyssée avec tout ce qu’il a de fantastique, de merveilleux et surtout de cette rencontre purement imaginaire de l’homme avec les pouvoirs célestes invisibles.

Dans ma cave, j’ai l’impression d’être un prophète qui attend des révélations de Dieu par un ange, un émissaire de l’au-delà pour les retransmettre à l’humanité. Je pars du fait de ma singularité, un inconnu qui n’a aucun lien biologique avec lequel il peut s’identifier et me réjouis de cette particularité et de cette absence des racines à part le fait d’être un être humain comme les autres.

J’attends dans le noir la parution de mon ange gardien. Tout est calme et paisible dans cet espace ténébreux où les chauves-souris montent la garde et empêchent tout intrus. C’est une armée invisible et dangereuse sans pitié qui guette tranquillement tout aventurier qui ose pénétrer son domaine privé. Elles sont là à m’observer sans déranger ma méditation, cet instant de parfaite émancipation et d’abjection du monde extérieur.

Seul dans cette profondeur, je vois la terre d’un autre regard et d’une autre façon. Je me rends compte de cette résurrection tant décrite dans les livres sacrés avec les moindres détails après ce temps de décomposition de l’être une fois mort. Nudité et misère absolues nous attendent de l’autre côté quelle que soit notre rang social ou nos richesses… Tout est vanité comme disait l’Ecclésiaste !

Mon ange apparut enfin. Il tint dans une main un petit coffret. Il est habillé en blanc et de lui jaillit une lumière qui éclaire cette cave ténébreuse. Il me scruta lentement avant de se mettre en œuvre. Un beau sourire illumina son beau visage que j’ai du mal à regarder en face. Il est d’une beauté et d’un lyrisme indescriptibles et du coup j’ai honte de moi-même.

Je me sens envahi par une peur et un malaise qui me serrent la gorge et m’empêchent de bouger. Je suis comme bouleversé et pétrifié par quelque chose d’étrange, de plus fort et d’insurmontable. Le regard de l’ange ne me quitte pas et au fur et à mesure que le temps s’écoule, je retrouve petit à petit mon calme et ma sérénité. C’est certes la même impression que tout prophète a eu à la première rencontre avec ces envoyés de Dieu, de l’Éternel de qui on attend grâce, pardon et miséricorde.

Je saisis le petit coffret et me précipite vers la sortie. Il fait nuit. Ce ne fut qu’un rêve ou plutôt un cauchemar terrible. Je suis seul dans ma chambre. J’allume la lumière et tente de retrouver ce coffret. Ce cadeau de Dieu mais je ne retrouve rien à part ma misère et mes vieux bouquins. Peut-être ces derniers portent en eux les derniers commandements, pourtant, je les ai tous lus voire et même relus dans des moments d’oisiveté ou de recherche d’une information quelconque. Ou peut-être c’est la vie de celui qui est amoureux des mots…

Ah les mots !…

 

          

اترك رد

Bouton retour en haut de la page