Économie

Regards sur le secteur touristique au niveau de la province de Sidi Ifni

Entretien avec Benoit et Dominique, propriétaires de la maison d’hôtes « Logis La Marine » à Sidi Ifni.

Réalisé par Mohamed Laghouizi

Parmi les établissements touristiques de haute gamme de la ville de sidi Ifni, figure la Maison d’Hôtes « Logis La Marine ». Une vieille bâtisse qui date à l’époque espagnole et qui a bel et bien une histoire extraordinaire. C’est une bâtisse qui s’étend sur 750m2, , achetée par un français qui l’a bien restauré et transformé en chambres d’hôtes puis revendue au couple Smal  qui a craqué sous le charme de la ville d’une part et de la maison d’une autre part.

Pour partager leur aventure, nous les avons invités pour nous en parler et avoir en même temps leurs impressions ainsi que leurs points de vue sur le secteur touristique dans la ville en particulier et la province en général.

Q1 : Comment avez-vous vécu votre expérience en tant qu’investisseurs dans le secteur touristique à Sidi Ifni ?

 R : On est ici depuis onze ans et je dois avouer que le départ n’a pas été facile mais, nous avons eu la chance de tomber sur une personne du Centre régional d’investissement (CRI) de Tiznit qui nous a beaucoup aidé et facilité la tâche auprès des administrations surtout au niveau des statuts. Certes, nous sommes des étrangers et nous ne connaissons pas le fonctionnement du pays mais grâce à cette personne, nous avons pu avancer quoique l’administration au Maroc reste assez compliquée du fait qu’on ne sait pas à qui s’adresser. C’est un peu la difficulté que rencontrent les étrangers et je suppose que c’est la même chose pour les marocains qui vivent en Belgique.

Q2 : M maintenant que vous êtes installés depuis onze ans, comment voyez-vous l’activité touristique à Sidi Ifni, quels sont selon vous les points forts et les points faibles du secteur ?

 R : Disons que la ville de Sidi Ifni a un charme par elle-même ce qui veut dire qu’elle a beaucoup d’atouts qui ne sont pas mis en valeur. En effet, lorsqu’on voit tous ces bâtiments qu’on essaie de maintenir lorsqu’ils pourraient être exploités pour des projets touristiques. A cela s’ajoute l’inexistence d’un centre touristique où l’on peut s’informer sur les circuits touristiques, les différents établissements, les plans de la région…en un mot, il y a un manque d’infrastructures et c’est ce qui nous oblige à tout faire par nous-même. Sur le plan pratique, la ville ne dispose pas de restaurants où les touristes peuvent bien manger tout en s’offrant un verre de vin à table. Cela veut dire qu’ils ne sont pas des alcooliques mais comme vous le savez, cela fait partie des coutumes.  Nous avons le même problème puisqu’on n’est pas autorisé à servir de l’alcool. Conséquence, on les envoie à l’hôtel Ait Baâmrane. Cependant, le seul restaurant digne de ce nom reste le Nomad. Donc, il faut bien que d’autres restaurants ouvrent et soient dotés d’une licence d’alcool voire même d’autres entités pour augmenter la capacité d’accueil et améliorer et diversifier les prestations de services.

Q3 :  Parlant des maisons, nous savons bien que des bâtisses à Sidi Ifni appartiennent toujours au gouvernement espagnol et sont en train de tomber en ruine lorsqu’elles peuvent  contribuer à l’expansion du secteur touristique ; ne voyez-vous pas qu’il est temps d’agir et de les récupérer pour en faire quelque chose d’utile et de bénéfique pour cette belle ville et qu’on se penche vraiment sur la question du foncier pour encourager d’autres investissements dans le secteur, que ce soit par les étrangers ou par les nationaux ?

R : Effectivement et je dois dire que c’est très compliqué au niveau du foncier. De ce fait, on nous a souvent posé des questions sur des maisons à vendre ou des terrains et le problème est toujours le même : manque de titre de propriété et prix exorbitants. En un mot, c’est très difficile pour un étranger d’acquérir un bien foncier et de s’installer à Sidi Ifni. Quant aux bâtiments qui sont toujours sous l’emprise du gouvernement espagnol, on ne peut pas cacher notre peine de les voir dans un tel état et on pense que c’est aux décideurs politiques de faire quelque chose. Ce sont de beaux bâtiments qui peuvent donner une plus-value à la ville et contribuer à créer de l’emploi et la promotion culturelle et touristique. In fine, c’est un patrimoine qui s’éteint sous les yeux des gens de Sidi Ifni sans qu’on fasse quoi que ce soit pour le sauvegarder. D’autant plus, il y a une demande croissante que ce soit de la part des visiteurs marocains ou étrangers et il faut vraiment trouver des solutions pour récupérer ces bâtiments et les mettre en valeur.

Q 4 : En dépit de tous ces goulots, peut-on être optimiste au niveau d’une vraie relance du secteur touristique à Sidi Ifni ?

R : je dois dire que la ville de Sidi Ifni est tellement caractéristique et je crois qu’à un moment donné, il faut que quelqu’un prenne l’initiative, que ce soit de la part des décideurs politiques, des représentants de la société civile et cela ne risque pas de tarder. D’ailleurs, notre expérience nous a permis de développer des contacts et de jouir d’une chaleur humaine auprès de nos clients. Nous sommes très confiants dans les compétences des marocains et il suffirait d’une initiative commune pour que cette ville occupe la place qui lui convient dans le processus de l’expansion touristique, surtout avec son arrière-pays, son histoire et finalement ses belles et magnifiques plages. Nous avons la conviction que cela ne tarderait pas à se produire.     

          

اترك رد

Bouton retour en haut de la page