Économie

Le CESE appelle à l’adoption d’un plan d’action ciblé pour la réduction du gaspillage alimentaire

Le président du Conseil économique, social et environnemental (CESE), Abdelkader Amara, a appelé, mercredi à Rabat, à l’adoption d’un plan d’action ciblé pour la réduction des pertes et du gaspillage alimentaires (PGA).

S’exprimant à l’ouverture d’une rencontre consacrée à la présentation des conclusions de l’avis du Conseil intitulé “Pertes et gaspillage alimentaires au Maroc : ampleur du phénomène et enjeux pour une intervention efficace”, M. Amara a souligné que le choix d’étudier cette question tient à l’importance économique, sociale et environnementale croissante des pertes et du gaspillage alimentaires, ainsi qu’aux défis qu’ils soulèvent en matière de modèles de production, de distribution et de consommation alimentaires, afin de garantir une utilisation optimale des ressources et de renforcer leur durabilité pour le Maroc.

Ce phénomène, a précisé M. Amara, s’observe tout au long de la chaîne de valeur alimentaire avec certaines filières agricoles, notamment les fruits, les légumes et les céréales, qui enregistrent des pertes comprises entre 20 et 40 % au cours des phases de production, de récolte, de stockage et de transport.

À cet égard, le Président du CESE a insisté sur la nécessité d’intégrer l’objectif de réduction des pertes et du gaspillage alimentaires au cœur d’une future stratégie nationale d’alimentation durable, visant à renforcer la souveraineté et la sécurité alimentaires, à préserver les ressources naturelles, à optimiser les importations alimentaires et à instaurer un modèle alimentaire plus durable, socialement équitable et résilient face aux crises et aligné sur le mode de consommation des Marocains.

Dans ce sens, il a proposé un ensemble de recommandations articulées autour de différents axes basées sur l’élaboration d’une loi anti-gaspillage et pertes alimentaires, la clarification et l’harmonisation des dates de péremption, en distinguant “à consommer jusqu’au” (sécurité) et “à consommer de préférence avant” (qualité), tout en permettant, lorsque cela est possible, de prolonger la durée de vie des produits ou de supprimer certaines dates jugées inutiles.

Par ailleurs, il s’agit de mettre en place un mécanisme de gouvernance fédérant les ministères, le secteur privé et la société civile, afin de coordonner les actions et assurer la cohérence des interventions de lutte contre les PGA à tous les niveaux outre la nécessité de créer un observatoire national chargé de centraliser les données, produire des indicateurs et analyses stratégiques et proposer des mesures correctives adaptées aux réalités locales.

Le Conseil recommande également le développement d’infrastructures adaptées de stockage et de transport dans les zones à fort potentiel agricole, notamment des silos hermétiques et des chambres froides solaires, pour prolonger la durée de vie des produits périssables.

A l’échelle communale, le CESE préconise l’installation d’unités de transformation de proximité, y compris des mini-unités mobiles pour traiter rapidement les récoltes et valoriser localement les produits périssables. Il est aussi crucial de favoriser les circuits courts et de renforcer la régulation des marchés dans l’optique de réduire le nombre d’intermédiaires, limiter les pertes liées au transport et à la logistique et améliorer la rémunération des producteurs.

De même, le Conseil appelle à inciter et soutenir les entreprises à intégrer des pratiques de recyclage et de réutilisation dans leurs processus de production et de distribution, à encourager les entreprises intervenant à différents maillons de la chaîne alimentaire à effectuer des dons en nature, portant sur leurs surplus ou sur des produits exposés au risque de perte ou de gaspillage, dans le cadre des incitations fiscales en vigueur.

En outre, il est question de développer des applications numériques dédiées à la gestion des stocks, à la traçabilité des produits et à la redistribution rapide des invendus, notamment au profit des réseaux de solidarité et d’action caritative et de soutenir les solutions citoyennes anti-gaspillage, telles que les frigos solidaires et les applications de dons alimentaires, pour renforcer les actions locales à fort impact social.

De son côté, Mina Rouchati, membre du Conseil et rapporteure de l’avis, a indiqué que les pertes et le gaspillage alimentaires constituent un défi multidimensionnel en raison de leurs impacts économiques, sociaux et environnementaux, notant que les ménages marocains ont jeté environ 4,2 millions de tonnes de denrées alimentaires en 2022, soit 113 kilogrammes par habitant et par an.

Au-delà de leur coût économique qui affecte la disponibilité des produits alimentaires, ces pertes et ce gaspillage exercent une pression accrue sur les ressources naturelles, avec plus de 1,6 milliard de mètres cubes d’eau mobilisés chaque année pour produire des denrées alimentaires qui n’atteignent pas le stade de la consommation finale, a-t-elle ajouté.

Mme Rouchati a expliqué que les pertes alimentaires se concentrent principalement au niveau de la production, de la récolte, du stockage et du transport dans les zones rurales et agricoles, tandis que dans les zones urbaines, le gaspillage se concentre au niveau des ménages, de la restauration et de la grande distribution.

Élaboré sur la base d’une approche participative, l’avis du CESE est le fruit d’un large débat entre les différentes catégories qui composent le Conseil et des auditions organisées avec les principales parties prenantes concernées. Il s’est également basé sur des consultations lancées sur la plateforme digitale de la participation citoyenne “ouchariko.ma”.

 

 

          

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