
Maha Marouan, une spécialiste du féminisme et des migrations au pays de l’Oncle Sam
Professeure à Penn State University, aux États-Unis, Maha Marouan, spécialiste des questions liées aux femmes, aux migrations et aux féminismes africains, s’est donné une mission claire : déconstruire l’image stéréotypée de la femme musulmane, souvent perçue dans l’Occident comme “sans voix” ou dépourvues de droits.
Originaire de Tétouan, cette universitaire porte dans les amphithéâtres américains une parole ancrée dans son histoire personnelle et dans les réalités complexes des femmes africaines. “En tant qu’universitaire marocaine aux États-Unis, l’une de mes missions est de remettre en question ces clichés”, affirme-t-elle dans une interview à la MAP.
Son parcours commence dans le nord du Maroc. Enfant, elle nourrit une profonde admiration pour la force et la résilience des femmes marocaines. Elle évoque sa mère et ses tantes, “desquelles j’ai appris la valeur du travail et de l’autonomie financière”, ainsi que ses grands-mères qui, malgré une instruction limitée et l’absence d’activité professionnelle à l’extérieur du foyer, “étaient de puissantes matriarches”. “Les mères marocaines exercent une autorité sociale considérable”, souligne-t-elle.
Cette conviction s’est renforcée lorsqu’elle a poursuivi ses études en Europe puis aux États-Unis. Alors qu’au Maroc les mères jouissent d’un “profond respect et d’une autorité morale incontestable” au sein du foyer, quel que soit leur niveau d’instruction ou leur situation professionnelle, “ce type d’influence maternelle est rare dans de nombreux contextes occidentaux”, observe-t-elle.
Grandir à Tétouan, ville à la lisière de deux cultures, où le passage entre l’arabe, le français et l’espagnol est naturel, l’a également amenée très tôt à s’interroger sur les frontières et les dynamiques de genre liées au travail. Les frontières, explique-t-elle, n’étaient pas pour elle “des lignes abstraites sur une carte, mais des divisions réelles et vécues séparant des lieux proches géographiquement, mais pourtant très différents”.
Forte de ces convictions, mais aussi d’autant de questionnements, elle poursuit une formation en littérature comparée en Grande-Bretagne puis aux États-Unis, avec une spécialisation en littérature féminine. Les questions de migration, de genre et de féminismes africains deviennent le cœur de ses recherches.
À Penn State University, où elle enseigne aujourd’hui, Maha Marouan co-dirige le Centre de féminisme africain, créé pour “combler l’absence des expériences des femmes africaines dans des programmes universitaires dominés par des approches occidentales”.
Pour elle, le féminisme consiste avant tout à défendre l’égalité des droits, des opportunités et de la protection juridique – un combat que les Marocaines ont été pionnières à mener depuis des générations, “avec ou sans étiquette”.
“En tant qu’universitaire marocaine aux États-Unis, l’une de mes missions est de lutter contre le stéréotype qui présente les femmes marocaines et musulmanes comme étant sans voix ou opprimées”, tranche-t-elle.
Son engagement vise également à corriger l’idée selon laquelle le Maroc serait “détaché de l’Afrique”. Aux États-Unis comme au Maroc, elle organise des conférences pour “affirmer l’ancrage africain du pays et encourager des solidarités transcontinentales”. Ce travail passe aussi par un effort d’introspection, dit-elle, afin de “reconnaître les stéréotypes hérités du passé colonial et réapprendre à se penser pleinement africain”.
Malgré son ancrage académique américain, ses liens avec le Maroc restent indéfectibles. “Les États-Unis sont ma deuxième patrie, mais mon cœur et mon esprit sont toujours au Maroc”, confie-t-elle. Conférences, débats publics, actions associatives et visites familiales rythment ses déplacements réguliers au Royaume, dont elle salue les profondes transformations.
“Je n’ai jamais été aussi fière d’être Marocaine qu’aujourd’hui. Notre pays connaît un renouveau et un rayonnement international croissant, grâce à la Vision et au Leadership de Sa Majesté le Roi Mohammed VI”, affirme-t-elle, estimant que cette évolution a “profondément transformé la façon dont les Marocains se perçoivent et appréhendent leur histoire et leur place dans le monde”.
Aujourd’hui l’un des talents marocains dans le monde universitaire américain, Maha Marouan, qui a expérimenté les systèmes éducatifs français, britannique et américain, reconnaît que ce dernier est particulièrement exigeant, mais aussi parmi les plus gratifiants.
“La réussite en Amérique, notamment dans le milieu universitaire, exige travail acharné, passion, engagement et beaucoup de persévérance”, conclut-elle.
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