
La Fondation Dar si Hmad s’investit dans le domaine agricole
| Réalisé par Mohamed Laghouizi |
Dans le cadre d’un dossier dédié à la province de Sidi Ifni, nous avons eu l’immense plaisir d’inviter Jamila Bargach, directrice exécutive de la Fondation Dar Si Hmad pour une interview sur les différentes activités de la Fondation, plus particulièrement sur l’unique expérience dans le domaine de la lutte contre le stress hydrique dans la région qui s’est couronnée par le projet de collecte de l’eau du brouillard, expérience unique en Afrique ainsi que les projets far dans le domaine de l’agriculture.
Q : Tout d’abord, comment l’idée de collecte de l’eau du brouillard est-elle née ?
En ce qui concerne la collecte de l’eau du brouillard (fogQuest), il faut savoir que c’est une vieille pratique qui a apparu dès les années soixante-dix au Chili. Un peu plus tard vers les années quatre-vingt, elle fut préconisée par les habitants d’une communauté de pêcheurs et suscita l’intérêt de plusieurs chercheurs qui s’étaient lancés dans son développement. En ce qui nous concerne, cette idée du projet revient à Aissa Derhem qui durant ses études au Canada s’était inspiré de cette idée et l’avait bien travaillé dans son esprit avant de la concrétiser dans sa propre région qui est celle de Boutmezigda, compte tenu des conditions climatiques favorables au lancement de cette expérience et qui a été un grand succès.
Q : Le projet de la collecte de l’eau du brouillard a été un modèle de lutte contre le manque d’eau dans les milieux ruraux, entendez-vous étendre cette expérience sur d’autres régions du pays ?
En effet, la collecte de l’eau du brouillard est une solution de lutte contre les problèmes de l’eau que connaissent certains villages dans des zones arides et peut contribuer dans la mesure où des conditions sont offertes de remédier à ce problème. Cependant, la collecte de l’eau du brouillard s’appuie sur plusieurs facteurs techniques et surtout climatiques. Pour nous, le fruit de notre expérience est tout d’abord la maitrise de la technologie et le processus d’études. A ce titre nous avons élaboré un manuel dans lequel nous expliquons les différentes étapes pour monter un projet de collecte de l’eau du brouillard ainsi que celle des études de terrain. D’autant plus, il faut souligner que chaque région jouit de ses propres caractéristiques que ce soit au niveau des reliefs et du climat. Cependant, cela ne nous empêche pas de nous engager dans d’autres projets et pour le moment, nous sommes en concertation avec le ministère de l’équipement et de l’eau sur des études pour l’évaluation du potentiel hydrique dans d’autres régions.
Q : Depuis 2018, la région de Sidi Ifni, classée comme le premier producteur de la figue de barbarie a été ravagée par la Cochenille pour perdre cette place au niveau national, la Fondation Dar Si H’mad a lancé un projet pilote de sauvegarde des plantes endémiques en particulier Aissa et Moussa, pourrez-vous nous éclairer davantage sur les objectifs de cette initiative ?
Certes, le cactus d’autant qu’il est un atout économique pour les communautés, il contribue aussi à la lutte contre l’érosion des sols et à la préservation des espèces locales d’insectes. Cependant, avec l’apparition de la cochenille, Dactylopius Opuntiae, au Maroc en 2014 et sa propagation dévastatrice dans d’autres régions du sud (signalée dans la zone du projet en 2018), les dégâts causés par cette cochenille se sont aggravés et ont mis en péril des milliers d’hectares, menaçant non seulement l’équilibre écologique de tout l’écosystème, mais privant également les populations locales d’une source de revenus importante.
A cet égard, la Fondation Dar Si H’mad avec ses partenaires techniques, la communauté bénéficiaire, et grâce aux fonds du PNUD et au Partenariat public/privé (PPP) , a mis en place en 2021 un projet à petite échelle qui utilise un processus de contrôle biologique intégré pour contenir la cochenille du cactus. L’adoption d’une telle solution a permis de mettre fin à l’utilisation de traitements chimiques massifs qui menacent la biodiversité de Boutimezguida SIBE ainsi que la santé publique. Dans ce projet, nous continuons à bénéficier de l’implication de l’Institut Marocain de Recherche Agronomique (INRA d’Agadir), du soutien de nos partenaires privés, ainsi que de nos communautés. Notre but ultime est d’atteindre un équilibre naturel entre la cochenille et ses prédateurs, en fournissant aux communautés des moyens écologiques de traiter leurs champs infectés et de continuer à vivre de leurs fruits.
C’est une expérience en cours et nous continuons à travailler avec l’INRA pour atteindre nos objectifs et dans une certaine mesure faire bénéficier tous ceux qui sont intéressés par nos nouvelles techniques de sauvegarde des plantes endémiques d’une part, de la lutte biologique contre la cochenille d’une autre part et finalement de l’introduction des plantes résistantes à la cochenille. A noter également que dans le cadre de notre expérience, nous avons fait appel à des mexicains pour une démonstration de nouvelles méthodes de plantation du cactus étant donné leur expertise dans le domaine et aussi du fait que l’espèce de cactus, opuntia ficus-indica, ait été introduite au Maroc au XVIe siècle à la suite de la découverte du continent américain. Une plante qui s’est adaptée avec les conditions climatiques locales et a joué un rôle essentiel dans la survie des famines au cours des siècles, en particulier la famine de 1927 dans le sud-ouest du Maroc.
Biographie express:
Jamila est cofondatrice de Dar Si Hmad avec le Dr. Aissa Derhem. Anthropologue titulaire d’un doctorat de l’université de Rice, elle a enseigné à l’École nationale d’architecture de Rabat et a travaillé pour plusieurs ONG au Maroc et à l’étranger. Jamila Bargach a publié plusieurs articles sur les pratiques d’adoption, les mères célibataires, le genre et le développement et l’initiative DSH fog. Elle est une amoureuse du Sud et croit sincèrement que cette région offre des opportunités uniques d’apprendre sur le Maroc et de découvrir comment les projets de développement appliqués se déroulent dans des contextes spécifiques.
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