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Dans les coulisses des barrages : Adil Arbaï en explique le fonctionnement et la gestion

À chaque annonce de lâchers d’eau depuis un barrage, les réactions oscillent entre incompréhension et inquiétude, surtout en période de sécheresse. Pourtant, ces opérations ne sont jamais improvisées : elles répondent à des calculs techniques précis visant avant tout la sécurité des populations et la préservation des infrastructures hydrauliques.

Dans ce cadre, Adil Arbaï, a bien voulu répondre à nos questions en expert, fort de son expérience de terrain.Ingénieur d’État en génie civil, spécialisé en hydraulique et environnement, il a travaillé plus de dix ans au ministère de l’Équipement dans la gestion et l’exploitation de plusieurs barrages au nord du Maroc.

Avant tout, qu’est-ce qu’un barrage exactement ?

Un barrage est une grande infrastructure hydraulique destinée à stocker l’eau pour plusieurs usages : l’alimentation en eau potable, l’irrigation agricole, la production d’énergie hydroélectrique et la protection contre les inondations.

Mais il ne s’agit pas simplement d’un mur qui retient l’eau ; c’est un système technique complet composé de plusieurs organes de sécurité et d’exploitation.

Quels sont les principaux éléments qui assurent la sécurité du barrage ?

Le premier organe de sécurité est le déversoir de crue (évacuateur de crues). Il sert à évacuer les fortes crues lorsque le niveau d’eau devient élevé. Son rôle est crucial : empêcher l’eau de dépasser la crête du barrage, car cela pourrait menacer sa stabilité.

Ensuite, il y a la vidange de fond, située à la base du barrage. Elle permet de baisser le niveau d’eau lorsque c’est nécessaire et surtout d’évacuer les sédiments accumulés. Sans cette opération, le barrage s’envaserait progressivement et perdrait sa capacité de stockage.

Enfin, on trouve les prises d’eau, placées à différentes hauteurs selon l’usage : eau potable, irrigation ou production d’électricité. Cette disposition permet aussi de garantir une meilleure qualité d’eau.

Comment se fait la gestion pendant les fortes pluies ?

La gestion est permanente et anticipative. Le niveau d’eau est surveillé en continu, les prévisions météorologiques et hydrologiques sont analysées, puis la décision est prise d’ouvrir le déversoir ou la vidange au moment opportun.

Des opérations appelées chasses sont également réalisées : il s’agit de lâchers puissants destinés à évacuer la boue, les troncs d’arbres et les débris apportés par les crues. Cela prolonge la durée de vie du barrage et maintient sa capacité.

Pourquoi relâcher de l’eau alors que le barrage n’est pas encore plein ?

Il s’agit de lâchers préventifs de sécurité. Il faut toujours conserver une marge de stockage en cas de crue soudaine.

Si le niveau atteint la capacité maximale, certaines installations peuvent devenir inaccessibles et les systèmes de contrôle risquent d’être perturbés. Le lâcher préventif est donc une mesure de protection et non un gaspillage d’eau.

Que se passerait-il en cas de débordement incontrôlé ?

C’est le scénario que tout gestionnaire cherche à éviter. Un débordement non maîtrisé peut provoquer des inondations importantes en aval et mettre en danger les populations.

C’est pourquoi la gestion des barrages repose sur l’anticipation plutôt que sur la réaction.

Conclusion

Les barrages ne sont pas de simples réservoirs, mais de véritables systèmes de sécurité stratégique. Ainsi, lorsqu’un lâcher d’eau est annoncé, il s’agit le plus souvent d’une décision technique visant à protéger à la fois l’ouvrage et les habitants situés en aval.

 

          

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