Société

Quand la pratique médicale trahit l’éthique : plaidoyer pour le respect du patient.

Il est des silences qui deviennent complices. Face à la multiplication de pratiques choquantes et moralement inacceptables dans certaines structures médicales et paramédicales, il devient aujourd’hui impératif de prendre la parole, non par esprit de polémique, mais par devoir citoyen et humain.

Le corps médical — médecins, pharmaciens, spécialistes — occupe une place singulière dans notre société. Il ne s’agit pas d’un simple prestataire de services, mais d’un pilier fondamental de la dignité humaine, de la protection de la vie et du soulagement de la souffrance. Cette responsabilité exceptionnelle est encadrée par le serment d’Hippocrate, socle de la déontologie médicale, fondé notamment sur le respect du patient, la bienveillance, la non-discrimination et l’obligation de ne pas nuire.

Or, le vécu réel de nombreux patients révèle un décalage inquiétant entre ces principes et certaines pratiques sur le terrain.

1-Des exigences financières abusives et dangereuses :
Il est aujourd’hui malheureusement fréquent que des patients se voient imposer un paiement exclusivement en espèces pour l’achat de médicaments ou pour des actes médicaux, sous prétexte d’absence ou de panne de terminal de paiement électronique. Ces montants peuvent atteindre 500, 1 000 dirhams (chez les pharmacies), voire davantage, y compris à des heures nocturnes tardives.

Exiger d’un patient – parfois affaibli, âgé ou seul – de parcourir la ville de nuit à la recherche d’un guichet automatique, avec tous les risques que cela comporte (agressions, accidents, détresse), relève non seulement de l’irresponsabilité, mais aussi d’un manquement grave à l’éthique professionnelle.

2-Le patient réduit à un simple client solvable :
Plus grave encore, certaines situations vécues dans des cabinets médicaux interrogent profondément notre conscience collective.

Comment justifier qu’un patient dans un état de santé alarmant, présentant vertiges, déséquilibres et douleurs aiguës, soit contraint d’attendre plusieurs heures avant d’être examiné, au seul motif qu’un examen radiologique n’a pas été payé à l’avance (cas d’u patent chez un pneumologue) ?

Comment accepter que l’urgence médicale soit subordonnée à la capacité de paiement immédiat ?
Dans de tels contextes, le patient n’est plus considéré comme un être humain en détresse, mais comme un dossier administratif ou une source de revenus, ce qui constitue une déshumanisation intolérable de l’acte médical.

À cela s’ajoutent parfois des comportements humiliants : refus d’accès aux toilettes sous prétexte qu’elles sont « réservées au médecin », absence totale d’empathie, paroles sèches, voire méprisantes. Ces attitudes laissent des séquelles psychologiques profondes, bien au-delà du mal physique initial.

3-Le refus injustifié des moyens de paiement légaux :
Dans d’autres cas, des cabinets médicaux refusent catégoriquement les chèques ou les moyens de paiement scripturaux, sans justification valable, contraignant les patients à des situations de stress, d’humiliation ou de confrontation inutile. Ces pratiques, en plus d’être contraires à l’esprit de service public que devrait incarner la médecine, posent également question sur le plan légal et fiscal.

4-Une problématique loin d’être isolée :
Un simple sondage informel auprès de citoyens suffit à constater que ces expériences ne sont ni rares ni isolées. Elles touchent des patients de tous horizons et participent à une érosion dangereuse de la confiance entre la population et le corps médical.
Or, sans confiance, il n’y a ni médecine efficace, ni relation thérapeutique saine.

5-Un appel à la responsabilité et à la conscience professionnelle :
Il ne s’agit nullement ici de généraliser ni de jeter l’opprobre sur l’ensemble des professionnels de santé, dont beaucoup exercent avec dévouement, humanité et sacrifice. Mais le silence face aux dérives revient à les banaliser.

Les Ordres professionnels, garants de la déontologie, ont la responsabilité morale et institutionnelle de rappeler fermement les règles éthiques, de sanctionner les abus avérés et de réaffirmer que la médecine n’est ni un commerce ordinaire, ni un privilège réservé aux plus solvables.

Le serment d’Hippocrate n’est pas un simple rituel symbolique prononcé en début de carrière. Il est un engagement permanent, qui oblige chaque praticien à placer l’humain avant le profit, la compassion avant la rigidité administrative, et la conscience avant l’intérêt matériel.

6-Pour une médecine digne, humaine et responsable :
La dignité du patient n’est pas négociable.

La souffrance humaine ne doit jamais être instrumentalisée.
Et l’acte médical ne saurait être conditionné à des pratiques humiliantes ou dangereuses.

Ce plaidoyer se veut un appel à la réflexion, à l’autocritique et à la réforme des pratiques, dans l’intérêt premier du citoyen, mais aussi dans celui de l’honneur et de la crédibilité du corps médical lui-même.

ⵎⵓⵏⵉⵔ ⵙⴳⵔⵓⵛⵏⵉ Mounir SEGHROUCHNI

          

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