Monde Aujourd’hui

Quand le terrorisme risque de masquer le racisme : qui sème la haine et qui en récolte les conséquences?

  • Par Mohamed Mellouk//

Ce vendredi 23 octobre 2026, vers 10 h 30, une fusillade survenue à Trappes et à La Verrière, dans les Yvelines, a fait, selon le premier bilan, un mort et quatre blessés graves, dont une fillette de 12 ans.

La personne décédée serait un jeune homme de 26 ans d’origine africaine. Le suspect, âgé de 39 ans, a été interpellé. Le Parquet national antiterroriste s’est saisi de l’enquête, notamment pour examiner l’hypothèse d’un mobile raciste.

Une question s’impose : la qualification terroriste risque-t-elle d’invisibiliser la dimension raciste ou islamophobe de cette attaque ? Terrorisme, racisme et haine religieuse ne s’excluent nullement.

La haine de l’autre peut précisément constituer le moteur d’un acte terroriste. Le fait que cette attaque ait eu lieu un vendredi, à proximité présumée d’une mosquée, mérite également d’être examiné, sans préjuger des conclusions de l’enquête.

Ce qui m’inquiète, c’est que le racisme puisse disparaître derrière le seul mot « terrorisme », ou derrière une éventuelle explication psychiatrique. Pourquoi, face à certains crimes, cherche-t-on d’abord à comprendre les troubles psychologiques de leur auteur, tandis que, dans d’autres cas, son origine ou sa religion deviennent immédiatement centrales ?

Pourquoi le criminel est-il parfois considéré comme un individu, et parfois comme le représentant de toute une communauté ? La justice et le traitement médiatique devraient obéir aux mêmes exigences, quelles que soient les origines du suspect ou des victimes.

Ce drame intervient dans un climat politique et médiatique où certains discours de l’extrême droite présentent les étrangers, les immigrés, les Africains et les musulmans comme les responsables de tous les maux de la France : chômage, insécurité, crise du logement, dégradation des hôpitaux et des écoles, baisse du pouvoir d’achat.

Comme si les difficultés économiques, sociales et politiques du pays pouvaient se résumer à une seule cause : les étrangers ! À cela s’ajoutent les propositions de déchéance de nationalité, d’expulsion et de restriction des droits des étrangers, qui interrogent sur leurs effets dans la banalisation des préjugés et des discriminations.

Depuis les manifestations du 17 octobre, la circulation de publications controversées sur les réseaux sociaux soulève également des inquiétudes : informations trompeuses, images sorties de leur contexte, vidéos suspectées d’avoir été manipulées, parfois à l’aide de l’intelligence artificielle.

Ces éléments demandent à être vérifiés, mais le danger de la désinformation lorsqu’elle nourrit la haine des migrants et des musulmans ne saurait être ignoré.

Il serait irresponsable d’attribuer directement cette fusillade à un parti politique ou à un discours particulier sans preuves. Mais il serait tout aussi préoccupant de refuser de s’interroger sur les effets d’un climat où l’étranger et le musulman deviennent des suspects permanents. Les mots ne tirent pas de balles, mais ils peuvent contribuer à rendre la haine ordinaire.

Et derrière ces débats, il y a d’abord des vies humaines : un jeune homme de 26 ans qui ne rentrera plus chez lui et une enfant de 12 ans grièvement blessée. Une enfant qui devrait être à l’école, entourée de ses camarades, occupée à construire ses rêves, et non à subir la violence des adultes.

Quand la France retrouvera-t-elle pleinement l’esprit de ses valeurs républicaines de liberté, d’égalité et de fraternité ? Quand cessera-t-on de faire des étrangers, des immigrés et des musulmans les boucs émissaires de toutes les crises ?

La France que nous connaissons et que nous aimons n’est pas celle qui exclut et divise, mais celle qui protège chacun et garantit sa dignité, quelles que soient ses origines, sa religion ou sa nationalité.

L’égalité ne peut être une promesse réservée à quelques-uns. Elle doit valoir pour toutes et tous, sans distinction d’origine, de croyance ou de nationalité. Le racisme n’est pas seulement une affaire de préjugés individuels : il devient un danger pour toute la société lorsqu’il s’installe dans les discours publics, banalise les discriminations et fragilise notre exigence commune d’égalité.

Il ne s’agit pas de condamner avant que la justice ait établi les faits, mais d’exiger toute la vérité. Si le mobile raciste ou islamophobe est établi, il ne doit pas être effacé par la qualification terroriste. La vérité ne se divise pas et les victimes ne se hiérarchisent pas.

Le racisme tue. Et le silence face à la haine ne protège personne.

اترك رد

Bouton retour en haut de la page
dentotodentotodentotodentotodentotodentoto